Pas peur du mot féminisme

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Beyoncé a brandi fièrement l'étiquette de féministe en spectacle.

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(Québec) féminisme (n.m.) 1837, du latin femina. Attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes. (Définition du féminisme dans Le Petit Robert)

Une ministre de la Condition féminine qui refuse l'étiquette de «féministe» à quelques jours de la Journée internationale des femmes. Il n'en fallait pas plus pour que le débat s'enflamme. La ministre Lise Thériault est dénoncée de toutes parts avant de prendre la plume pour s'expliquer : elle est avant tout «égalitariste», féministe, oui, mais «à sa manière».

Qu'est-ce que ça veut dire? Chacun met du sien : personnalités publiques, chroniqueurs et chroniqueuses, groupes de femmes sautent dans le débat. On parle de féminisme, mais aussi d'égalité, d'humanisme, d'individualisme.

Dans cet océan de «isme», que veux encore dire féminisme au Québec en 2016? Ce mot fait-il peur? Le Soleil s'est entretenu avec des femmes aux parcours différents qui ont en commun de ne pas hésiter à se dire féministes.

Aurélie Lanctôt, femme d'aujourd'hui

Aurélie Lanctôt croyait que le mot féminisme avait perdu son... (Archives La Presse) - image 3.0

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Aurélie Lanctôt croyait que le mot féminisme avait perdu son côté «péjoratif». La déclaration de Lise Thériault l'a fait tomber de haut. 

Archives La Presse

Avec les Emma Watson et Beyoncé de ce monde qui ont brandi fièrement l'étiquette de féministes ces derniers temps, Aurélie Lanctôt avait l'impression que ce mot était en voie de perdre son «côté péjoratif». Mieux encore, qu'il était devenu «à la mode». Mais les discussions de la dernière semaine l'ont fait tomber de haut.

«J'ai été vraiment surprise dans les derniers jours. Cette espèce de désaveu m'a vraiment scié», lance la femme de 24 ans, féministe, étudiante en droit et auteure du livre Les libéraux n'aiment par les femmes - essai sur l'austérité, paru en octobre.

«J'avais l'impression que depuis deux ou trois ans, il y avait une espèce de réhabilitation de ce mot-là», poursuit celle selon qui le féminisme d'aujourd'hui est toujours pertinent. Non seulement parce qu'il prône une égalité toujours à atteindre, mais parce qu'il aborde de front des sujets contemporains comme la violence sexuelle, la «culture du viol».

Or, voir une ministre de la Condition féminine refuser de se dire féministe et tous les commentaires qui ont suivi a fait réaliser à Aurélie Lanctôt que la vieille image persiste.

«On est retourné à quelque chose d'ancien, cette peur de se définir comme féministe parce qu'on voit ça comme dépassé ou, pire, agressif, en opposition aux hommes», laisse-t-elle tomber au bout du fil.

Le collectif avant tout

Dans son essai au titre provocateur, la jeune intellectuelle soutient que les politiques budgétaires du gouvernement Couillard touchent plus les femmes que les hommes. Par exemple, en coupant dans les programmes sociaux, l'éducation ou la santé, des domaines où on trouve une majorité de femmes.

Selon elle, la vision du «si tu veux, tu peux» brandie par la ministre Lise Thériault a quelque chose de très «Parti libéral». Une vision, dit-elle en substance, plus individuelle que collective.

«Ce discours sur le fait que les filles sont capables, qu'elles doivent prendre leur place, ce n'est pas mauvais en soi. Mais après, il y a une hypocrisie dans le fait de dire qu'il suffit de vouloir suffisamment pour être égalitaire. C'est pas vrai», tranche Aurélie Lanctôt.

«Il y a une responsabilité collective de mettre en place des conditions de l'égalité et c'est ça qu'on semble complètement renier.»

Malgré tout, et même si elle ne prétend pas parler au nom des filles de «sa génération», Aurélie Lanctôt croit que les jeunes dans la vingtaine et la trentaine «diabolisent» moins le mot féminisme. «Peut-être que les 45 à 55 ans ressentent plus fortement cette connotation négative alors que les filles de ma génération ont moins été exposées à la job de bras qui a été fait au mot féminisme dans l'espace public. J'ai l'impression que ça ne leur fait pas si peur que ça.»

Véronique Côté: un mot «tissé de solidarité»

Véronique Côté considère que même si le milieu... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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Véronique Côté considère que même si le milieu culturel est réputé plus «progressiste», l'égalité entre les sexes n'y est toujours pas atteinte. 

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Dans la boîte de réception de courriels, une courte réponse : «Nous pouvons avec plaisir nous parler de ce grand mot magnifique.» Véronique Côté venait d'accepter l'invitation du Soleil à causer féminisme.

«Féminisme est un mot que je trouve magnifique. Un mot de progrès, de victoire, tissé de solidarité. Un mot des luttes passées et présentes», lance la comédienne, metteure en scène et auteure.

Celle qui prend la parole sur scène, mais aussi dans des écrits comme La vie habitable (Nouveau Projet, 2014) ou encore le récent texte lu Lettre à mon premier ministre voit avant tout l'idée de collectivité dans ce terme.

«Le féminisme n'est pas une marque, c'est une conscience profonde. Je ne suis d'ailleurs pas d'accord avec le fait qu'on le réduise à une étiquette», dit-elle, vive au bout du fil.

Impossible pour Véronique Côté de ne pas se considérer féministe comme artiste, comme femme. Et redevable aux générations précédentes.

«Le fait qu'on soit libres et indépendantes, c'est grâce à celles qui étaient là avant, et on devrait en être reconnaissantes. Je veux qu'on se doive quelque chose les uns aux autres. On a plus que jamais besoin de ces liens-là», explique-t-elle.

Les gars dans le coup

Ces liens sociaux, égalitaires à tisser, ils incluent aussi les hommes, tient à souligner la comédienne.

«En fait, avoir peur de se dire féministe, c'est faire très peu confiance en l'intelligence des hommes», avance-t-elle. Comme si les femmes qui ne se disent pas féministes auraient encore «peur de froisser les hommes». «Alors que plusieurs se disent féministes eux aussi», se réjouit-elle.

En entrevue, Véronique Côté se dit consciente d'évoluer dans le milieu artistique, réputé plus «progressiste». «Dans mon entourage, j'ai l'impression que les filles se disent féministes de façon assez naturelle», dit-elle.

Mais même dans le monde culturel, l'égalité n'est pas toujours atteinte, nuance-t-elle. Car il y a toujours, quelque part, ces «systèmes» qui même si on ne le dit jamais haut et fort, entretiennent les différences.

«Personne ne veut ça, personne n'écarte les femmes à dessein, ou même consciemment, mais il y a encore davantage de mises en scène faites par des hommes que de femmes», donne-t-elle en exemple.

En ce sens, celle à qui on doit notamment les mises en scène de Faire l'amour et Scalpée d'Anne-Marie Olivier voit un certain devoir à valoriser le théâtre au féminin.

«Comme femmes de théâtre, il faut mettre en scène des paroles de femmes. C'est une responsabilité.»

Natacha Jean reconnaissante des luttes passées

Natacha Jean dit comprendre la réticence de certaines femmes... (Photothèque Le Soleil) - image 7.0

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Natacha Jean dit comprendre la réticence de certaines femmes à se dire féministes. Il persiste, reconnaît la politicienne, une image de militantes féministes qui ont mené des luttes plus «virulentes» dans les années 70.

Photothèque Le Soleil

Natacha Jean connaît bien deux domaines où la présence des femmes est souvent minoritaire : les affaires et la politique. Deux secteurs où il est bien vu d'être fonceuse, confiante, prête à déplacer des montagnes. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas se dire féministe, tranche la conseillère municipale pour qui ce mot traduit surtout la reconnaissance des luttes menées par les femmes des générations précédentes.

«Être féministe est pour moi très positif», lance d'entrée de jeu celle qui porte les couleurs d'Équipe Labeaume au conseil municipal de la Ville de Québec depuis novembre 2013. 

«Très tôt, je me suis considérée comme féministe», dit la femme de 42 ans, reconnaissante des combats menés par celles qui l'ont précédée. «Ma mère et ma grand-mère avaient beaucoup de leadership», relate-t-elle. «Pour moi, le féminisme est de promouvoir l'égalité hommes-femmes. Jamais il ne me serait venu en tête d'avoir honte de me qualifier de féministe.»

Même si, dit-elle, le Québec tient lieu de modèle et oui, les femmes de sa génération peuvent avoir l'impression que le combat est terminé.

«Au Québec, c'est magnifique. J'ai passé des entrevues enceintes jusqu'aux oreilles et j'ai obtenu des postes», donne-t-elle en exemple. 

Il y a, selon Mme Jean, sans doute un peu de ça dans les propos de la ministre Lise Thériault selon lesquels il suffit de foncer pour réussir. «Tu veux prendre ta place? Faire ton chemin? Let's go, vas-y!» a dit la ministre de la Condition féminine la semaine dernière.

Mais ce n'est pas si simple, croit Natacha Jean (photo). Et cette impression d'une occasion saisissable par la seule volonté individuelle n'est pas donnée à toutes, pas dans tous les milieux. Et surtout pas dans toutes les régions du monde.

Vieille image

Malgré tout, Natacha Jean dit comprendre la réticence de certaines femmes à se dire féministes. «Je ne cache pas que ce mot peut avoir une connotation négative», dit-elle. Il persiste, reconnaît la politicienne, une image de militantes féministes qui ont mené des luttes plus «virulentes» dans les années 70.

«Il y a un certain discours de victimisation qui a peut-être desservi la cause», laisse-t-elle tomber.

En politique, elle note aussi qu'une attitude plus sensible dans la façon de voir les choses souffre encore de préjugés. 

«Je remarque depuis mon entrée en politique qu'il est bien vu de démontrer une assurance et une confiance en soi inébranlables. Garder son flegme en tout temps est un trait de caractère très valorisé», relate Mme Jean. Une pression à laquelle elle n'a toutefois aucune envie de céder. «C'est important pour moi de manifester mes doutes quand j'en ai. Je sens ce besoin beaucoup moins présent chez les élus masculins que je côtoie, peu importe le palier politique, poursuit-elle. Mais si on veut que le monde de la politique évolue, il ne faut pas avoir peur de faire preuve de sensibilité.»

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