Attentat au Burkina Faso: deux membres de la «famille africaine» venus dire merci

Mgr Pierre Claver Malgo, évêque de Fada-N'Gourma, au... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Mgr Pierre Claver Malgo, évêque de Fada-N'Gourma, au Burkina Faso, et soeur Ines Kolesnore ont accepté de revenir sur le drame du 15 janvier.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Les Carrier laissent dans le deuil non seulement leur famille et leurs amis québécois, mais aussi leur «famille africaine». Deux proches ont fait le voyage jusqu'à Québec pour les accompagner dans leur dernier voyage et dire merci à la population.

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Au Québec ou en Afrique, Yves Carrier (à gauche) savait recevoir, indique soeur Kolesnore (deuxième à droite). 

Photothèque Le Soleil

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Une veillée de prière a eu lieu la semaine dernière à Québec.  

Le Soleil, Caroline Grégoire

«On veut dire merci pour ce qu'ils ont fait, pour ce qu'ils ont donné, le meilleur d'eux-mêmes. Ils ont donné, finalement, leur vie», regrette Mgr Pierre Claver Malgo, évêque de Fada-N'Gourma, au Burkina Faso. L'homme d'église tient également à remercier toute la population du Québec et du Canada. «Avant, les gens ne savaient pas que le Canada, par eux, faisait du bien. Qu'il faisait avancer quelque chose au Burkina Faso.»

Mgr Malgo est arrivé au Québec mardi en prévision des funérailles d'Yves Carrier, de Gladys Chamberland, de Maude Carrier, de Charles-Élie Carrier, de Louis Chabot et de Suzanne Bernier, victimes de l'attentat de Ouagadougou. Accompagnés de soeur Ines Kolesnore, de la Congrégation des soeurs de l'Immaculée-Conception de Ouagadougou, ils ont accepté de recevoir quelques médias aux bureaux du diocèse de Québec pour revenir sur le drame du 15 janvier.  

«C'était le calme. C'était pas Ouaga. On voyait personne dehors, les gens avaient peur, on sentait vraiment la tristesse», raconte soeur Kolesnore. Restée à une centaine de kilomètres de Ouagadougou avec d'autres travailleurs humanitaires le soir du drame, elle a appris à la télévision vers 19h30 qu'une prise d'otages était en cours. Sachant que le groupe devait prendre l'avion le soir même, elle s'est mise à s'inquiéter.

«Dès que j'ai appris la nouvelle, j'ai commencé à appeler sur le téléphone cellulaire d'Yves. Il n'y avait pas de réponse.» Même constat au numéro du chauffeur du petit groupe. «J'ai appelé, appelé en vain jusqu'à me coucher», raconte-t-elle.

Le lendemain matin, elle a conduit jusqu'à la capitale pour se lancer dans des recherches avec sa famille. Ils ont ratissé les rues, les hôtels, la morgue, sans obtenir de nouvelles de leurs amis. «On ne pouvait même pas avoir accès à la terrasse du café pour ramasser les corps, c'était carrément bloqué», lance-t-elle. C'est vers 16h30 que la police lui a confirmé que les gens qu'elle cherchait étaient décédés. Elle a eu la lourde tâche de les identifier. 

«Cette nuit-là, c'était une nuit sans sommeil pour tout le pays. Ines, je ne sais pas combien de nuits elle a fait sans dormir», témoigne Mgr Malgo en lançant un regard compatissant vers soeur Kolesnore. 

Lien de parenté

C'est en raison de liens d'amitié tissés en 2005 entre Hélène, la mère de Gladys Chamberland, et Mgr Malgo que des Québécois ont commencé à venir faire du travail humanitaire au Burkina Faso. Certains sont revenus d'année en année, d'autres se sont ajoutés, et l'amitié s'est renforcée.

«Il y a un lien de parenté qui s'est créé. Il y a des gens, véritablement, qui les ont adoptés, parce que eux-mêmes les avaient adoptés», dit Mgr Malgo. «On sentait la nécessité d'être là [aux funérailles].»

Soeur Kolesnore est même venue passer un peu de temps au Québec, en 2012, chez Hélène, qui l'héberge également ces jours-ci. «C'était un peu comme ma famille. Ce sont des gens pleins d'amour et pleins de joie. Ils avaient le coeur ouvert», dit-elle. 

Au Québec ou en Afrique, Yves Carrier savait recevoir. «Il inventait les fêtes pour qu'on se retrouve, pour qu'on fraternise. Chez lui, il n'y avait pas de distinction d'où vous veniez et qui vous étiez. S'il y a à manger, il y a à manger pour tout le monde, et c'est quelque chose qu'il a communiqué aux membres de sa famille», ajoute soeur Kolesnore. 

Difficile retour à la vie

Au Burkina Faso, la vie n'est plus la même depuis l'attentat revendiqué par un groupe djiadiste, qui a fait 30 victimes, dont plusieurs étrangers. Il a fallu plusieurs jours aux travailleurs humanitaires pour qu'ils retrouvent la force d'aller sur le terrain, poursuivre leur oeuvre. 

«La vie reprend petit à petit. Les gens ont peur encore de sortir. Les plus courageux sortent et invitent les autres à sortir. Ça reprend, mais bon, c'est un peu long», raconte soeur Kolesnore. 

Le café où le groupe de Québécois a perdu la vie n'a pas rouvert ses portes. On est encore à réparer les dégâts. 

Pour l'heure, il est difficile d'évaluer si l'attentat aura un effet sur les travailleurs humanitaires qui voudront venir au pays. «Des choses qui arrivent comme ça, ça peut décourager les bonnes volontés [...] Mais il faut travailler pour que la sécurité revienne, pour qu'on n'ait plus peur d'aller circuler librement. C'est ensemble, avec les gens à l'intérieur, mais aussi avec ceux de l'extérieur du pays, que nous pouvons réaliser cela», croit Mgr Malgo.

Les dons affluent à l'organisme CASIRA

Les dons affluent au Centre amitié de solidarité internationale de la région des Appalaches (CASIRA), qui appuyait la mission d'Yves Carrier au Burkina Faso, depuis les attentats terroristes de Ouagadougou qui lui ont coûté la vie ainsi qu'à cinq proches.

«Un certain élan de solidarité s'est manifesté par des dons. Ce n'est pas banal, car, normalement, nous ne recevons pas directement de dons du grand public. Ce sont plutôt ceux qui prennent part à nos projets qui organisent des activités de financement. J'imagine que les gens ont été touchés par ces événements», a affirmé au Soleil Véronique Labonté, coordonnatrice de l'organisme de coopération internationale basé à Thetford Mines.

Le fait que les membres de la famille Carrier et de celles de Gladys Chamberland et Louis Chabot, dont les funérailles auront lieu samedi, aient suggéré que les témoignages de sympathie puissent se traduire par des dons à CASIRA (Burkina Faso) a certainement contribué à cet élan de générosité.

«En voyant les dons reçus, vous pouvez constater que les gens souhaitent que le projet continue», déclare pour sa part l'abbé Germain Tardif, président de CASIRA. L'organisme estime toutefois qu'il est trop tôt pour déterminer si le projet au Burkina Faso, où Yves Carrier et ses proches travaillaient à la construction d'une école, aura une suite.

«Les six coopérants qui travaillaient au projet du Burkina Faso sont tous décédés lors des attentats et, de toute façon, ils ne prévoyaient pas y retourner avant un an ou deux», fait remarquer Mme Labonté.

L'attentat du 15 janvier n'aurait par ailleurs pas semé la crainte parmi les participants aux autres projets de CASIRA. «Nous avons seulement un autre projet en Afrique, soit au Bénin. Pour les gens qui sont déjà sur place, tout va bien et on n'a eu aucun désistement», souligne Mme Labonté.

Sécurité 

Germain Tardif explique quant à lui que CASIRA a toujours porté une attention particulière à la sécurité de ses coopérants et que les projets parallèles, comme celui lancé par la famille Carrier au Burkina Faso, doivent toujours être approuvés par le conseil d'administration de l'organisme.

«Nous supportons ces projets financièrement et sur le plan logistique, mais il est déjà arrivé par le passé que le C. A. refuse son appui à un projet, car la sécurité ne semblait pas suffisante. C'est déjà arrivé pour un projet en Haïti, par exemple», poursuit-il.

Présentement, quelques centaines de coopérants participent à la douzaine de projets de CASIRA au Bénin, au Cambodge, en Thaïlande, au Guatemala, au Costa Rica, en Colombie, au Paraguay, au Pérou, au El Salvador, en Équateur, en République dominicaine et en Haïti.

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