Valcartier: le plus grand déploiement militaire depuis l'Afghanistan

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Plus de 200 soldats de la base de Valcartier se sont envolés pour la Pologne en juin.

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(Québec) La base militaire de Valcartier vit son plus haut taux de déploiement depuis l'Afghanistan. Un peu plus de 600 soldats postés à Québec sont partis ou partiront à l'étranger en 2015-2016 afin de participer à trois missions internationales d'envergure.

«La vie sur la base n'est jamais calme», lance, en bon commandant, le colonel Michel-Henri St-Louis, à la tête du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada à Valcartier. Force est cependant d'admettre qu'il y a beaucoup plus d'action depuis les dix derniers mois. «Nous avons un taux de déploiement à son plus haut niveau depuis l'Afghanistan et on a le plus grand nombre de personnes en déploiement [depuis 2010]», a confirmé M. St-Louis dans une entrevue accordée au Soleil à la mi-janvier. 

Les 600 soldats mobilisés depuis l'été dernier représentent davantage que le dernier contingent de Valcartier parti à Kaboul, la capitale afghane, d'octobre 2012 à juin 2013. Selon des données fournies par les officiers d'affaires publiques de la base, ils étaient alors 550 hommes et femmes de la région à y avoir été dépêchés. Les 600 sont par contre beaucoup moins que les 1900 soldats envoyés à Kandahar en 2010

Les troupes de Valcartier sont particulièrement actives en Europe de l'Est par les temps qui courent, où ils sont plus de 400 sur le terrain en ce moment même. 

Trois missions

Parmi eux, environ 200 membres du 3e bataillon, dirigé par le lieutenant-colonel Tim Arsenault, se sont envolés le 10 janvier vers le centre de formation de Starychi, à l'extrême ouest de l'Ukraine. Les soldats prennent part à l'opération Unifier, menée par les États-Unis, dont l'objectif est de développer les capacités de l'armée loyaliste ukrainienne. M. Arsenault et son groupe doivent y rester pour les six à sept prochains mois. 

Quelque 220 autres militaires de Québec se trouvent en Pologne, dans le cadre de la mission Reassurance, ralliant les forces de l'OTAN. Le contingent québécois, qui s'y entraîne notamment aux côtés des Polonais, des Britanniques et des Américains, a quitté la base en juin 2015 et doit revenir quelque part en février. Québec assurera les deux premières rotations canadiennes de cette mission. Ils sont donc 200 soldats de Valcartier à se préparer en prévision du prochain déploiement prévu cet hiver. 

Puis il y a l'opération IMPACT, au Moyen-Orient, qui est le volet canadien de la coalition internationale impliquée dans un combat visant à ralentir le groupe armé État islamique. Une quarantaine de militaires de Valcartier sont postés au Koweït pour y offrir de la formation ainsi que du support logistique. 

La mission canadienne en Afghanistan était possiblement plus prenante, du moins plus émotive. Les risques au front y étaient plus importants que toutes les missions en cours. Reste que chaque opération est menée avec le même sérieux, a insisté le colonel Michel-Henri St-Louis. 

Pas de risque zéro

«Notre métier est dangereux par définition. C'est une profession qui comporte des risques», a-t-il souligné. «C'est certain que ce ne sont pas les niveaux de risque qu'on a connus en Afghanistan, [...] mais nos militaires sont conscients qu'il y en a quand même. Il peut y avoir des attaques d'extrémistes à tout moment comme il y en a à travers le monde. Tu n'as pas besoin d'être sur une ligne de front pour faire face à une menace comme ça.»

Le commandant n'est pas dupe et sait très bien que «nous sommes tous humains». Il sait aussi que la charge émotive liée à l'Afghanistan et aux missions actuelles, qui ont essentiellement des objectifs de formation ou d'entraînement, n'est pas vécue de la même façon par les soldats. «Mais de ce que j'ai vu dans notre préparation, le sérieux qu'ils y ont mis, ils n'ont rien à envier à ce qu'on a pu voir pendant l'Afghanistan», a-t-il affirmé. «Chaque entraînement est pris très au sérieux.»

Familles séparées

Si le niveau de risque peut varier selon les missions, un déploiement vient toujours avec une même réalité : celui de passer des mois loin de la maison, de laisser des proches derrière ou d'en voir partir.

Qui dit plus haut taux de déploiement dit inévitablement davantage de familles séparées, de vies mises en veilleuse. «La perspective des familles est la même. Les personnes qu'on laisse à l'arrière, ça demande un sacrifice», a confié avec émotion le colonel St-Louis.

L'entrevue avec Le Soleil a eu lieu quatre jours après le départ des troupes pour l'Ukraine. «J'étais émotif dimanche [10 janvier] quand je voyais un jeune officier qui, dans ses bras, tenait un bébé de six jours. C'est son premier enfant lui et sa conjointe. Quand l'autobus est parti, lui il laissait son premier né. Ça m'interpelle, ce niveau d'abnégation et de service.»

La base de Valcartier est à ce point active puisqu'elle se trouve en période de haute disponibilité. Cela signifie qu'elle est première répondante si nécessaire. Cette période s'est amorcée le 1er juillet 2015 et se terminera au 30 juin 2016. Après, cela n'empêche pas que des missions soient maintenues ou que des rotations surviennent.

Valcartier et les missions canadiennes

Reassurance et Unifier

Reassurance et Unifier sont deux missions distinctes, mais découlent des mêmes événements, soit l'annexion de la Crimée par la Russie à l'hiver 2014. Dans la foulée, une partie de l'Ukraine a été plongée dans une guerre civile entre des rebelles prorusses, appuyés par Moscou, et les loyalistes, fidèles au gouvernement de Kiev. Le conflit a fait des centaines de morts dans la région de Donetsk. Les deux opérations sont la réponse des forces alliées afin de démontrer leur soutien au président ukrainien Petro Prochenko et pour lancer un message contre le gouvernement du président russe, Vladimir Poutine.  

Unifier

- Où: Yavoriv et Sarychi, Ukraine

- Troupes de Valcartier: environ 200

- Objectifs: Cette mission en est une de formation. Les militaires sur le terrain doivent aider l'armée ukrainienne à développer ses capacités opérationnelles. Les Canadiens instruiront les Ukrainiens sur deux volets importants. Le premier concerne la détection et le désamorçage d'engins explosifs - dont l'expertise canadienne a été testée en Afghanistan -, et le second se concentre sur les premiers soins sur la ligne de front. L'entraînement se fait à l'extrême ouest du pays pour éviter tout affrontement, les combats ayant lieu à l'est.

Reassurance

- Où: Pologne

- Troupes de Valcartier: 217 sur le terrain, plus deux rotations à venir 

- Objectifs: Au cours de leur séjour en Pologne, les troupes canadiennes s'entraîneront aux côtés de l'armée polonaise ainsi que des soldats américains et britanniques. Ils participeront à certains entraînements spéciaux, notamment avec les forces du Portugal. Le risque d'affrontement est, à toute fin pratique, nul. 

Opération IMPACT

- Où: Koweït

- Troupes: environ 40

- Objectifs: IMPACT est le nom donné au volet canadien au sein de la coalition internationale qui tente de ralentir la progression du groupe armé l'État islamique en Irak et en Syrie. Les militaires de Valcartier offrent de la formation et du soutien logistique, notamment à l'armée irakienne. Aucun soldat n'est sur la ligne de front. Il s'agit de la même mission impliquant des avions de chasse CF-18 de l'armée canadienne.   

 

Les migrants seront bien accueillis

La base militaire de Valcartier est fin prête à recevoir ses premiers réfugiés syriens. Et malgré l'existence de groupes antiréfugiés, notamment dirigés par des vétérans des Forces, le commandement a pleinement confiance en son comité d'accueil.

Valcartier figure parmi les bases canadiennes chargées d'abriter temporairement des réfugiés syriens à leur arrivée. La base est disposée à accueillir jusqu'à 2000 personnes dans ses installations. 

En date du 22 janvier, aucun réfugié ne s'y était encore installé et il n'était pas au programme d'en recevoir au courant de la fin de semaine. 

Dès l'adoption des cibles de migrants, soit les objectifs de 25 000 pour le Canada et de 7300 d'ici la fin 2016 pour le Québec, des discours antiréfugiés ont fait surface dans l'espace public, notamment dans la capitale. 

En novembre, un homme de Québec a lancé une pétition contre l'arrivée des Syriens. Elle a récolté 77 000 signatures à ce jour.

En décembre, Le Soleil a révélé l'existence de La Meute, un regroupement Facebook se disant «contre l'invasion de l'islam» en sol québécois. Ce dernier regroupement, qui est à s'organiser pour devenir un réel groupe structuré, compte 20 000 membres ou observateurs. Il a été fondé par un vétéran des Forces déployé en Afghanistan dans le passé.

Aucune enquête

Interrogé à savoir s'il s'inquiétait de voir ce type de discours faire son chemin chez les militaires actifs, le colonel Michel-Henri St-Louis s'est montré confiant envers ses troupes. «Je lis les journaux comme tout le monde, mais je ne suis au courant d'aucune enquête», a-t-il dit. Il n'a pas écarté que des enquêtes puissent être menées si nécessaire.  

«J'ai entièrement confiance dans le leadership. On s'est préparé à bien comprendre leur dynamique [des migrants]. La plupart des cadres avec qui j'ai la chance de travailler ont été exposés à différentes expériences en Haïti, Afrique, Moyen-Orient.»

Des formations culturelles ont été données et le commandement a fait divers appels à l'ouverture dans les derniers mois. 

«Ces individus-là [les migrants], leurs vies vont basculer. Ce sont des gens qui vivent la misère depuis des années, qui parcourent des centaines de kilomètres pour fuir la violence. Je vois plus ça comme une opportunité [de faire le bien] que comme un défi», a conclu le commandant de la base de Valcartier.

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