Josée Robidoux, la pionnière altruiste

Pour la colonelle Josée Robidoux, l'accession au poste... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

Agrandir

Pour la colonelle Josée Robidoux, l'accession au poste de commandante du 35e Groupe-brigade du Canada démontre qu'il est possible pour les femmes de faire carrière aux plus hauts niveaux dans les Forces armées. «Les jeunes femmes ont besoin d'avoir des modèles de succès.»

Le Soleil, Caroline Grégoire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) La colonelle Josée Robidoux est devenue en juin 2015 la première femme commandante du 35e Groupe-brigade du Canada, au Québec, dont le quartier général est situé à la Citadelle. Elle supervise un contingent de 2116 réservistes et membres de la force régulière (dont 302 femmes), répartis dans une douzaine d'unités dans le centre et l'est de la province. Rencontre avec une haute gradée nommée l'an dernier l'une des 100 Canadiennes les plus influentes par le Réseau des femmes exécutives.

Depuis sa nomination à la tête du 35e Groupe-brigade du Canada, la colonelle Josée Robidoux avoue candidement ne pas avoir eu le temps de voir à la décoration de son bureau, à la Citadelle de Québec. Pressée par ses nouvelles fonctions et ses multiples aller-retour entre la capitale et son domicile d'Ottawa, la haute gradée s'est contentée d'accrocher au mur son certificat de changement de commandement.

Devant elle, un tableau qu'elle affectionne, déjà en place à son arrivée, celui de l'ex-militaire et artiste Jean-Charles Forbes, représentant la victoire des miliciens canadiens à Québec, en janvier 1776. Çà et là, des drapeaux canadiens et autres cadeaux remis à ses prédécesseurs.

La militaire de 49 ans, originaire du village d'Omerville, en Estrie, ne pensait jamais faire carrière dans les Forces armées canadiennes lorsqu'elle s'est enrôlée dans le 67e escadron des cadets de l'air de Sherbrooke, au début de l'adolescence. Ses parents, qui n'avaient aucun lien avec le monde militaire, désiraient seulement qu'elle et ses deux soeurs poursuivent des études supérieures.

«J'adore les études», lance celle qui complétera l'an prochain un baccalauréat en sciences militaires et une maîtrise en administration publique au collège militaire de Kingston.

Son parrain, proche de la famille, a joué sans le vouloir un rôle important dans son choix de carrière. «Le frère de mon père était ingénieur aérien dans l'armée. J'avais beaucoup de liens avec lui.»

Une fois à l'Université de Sherbrooke, inscrite en éducation dans le but devenir spécialiste en orientation, elle découvre qu'il est possible de s'enrôler et de faire payer ses études par l'armée. Elle s'inscrit au 714e escadron des communications. «C'était différent que de travailler au dépanneur. C'est à ce moment que j'ai réalisé que j'aimais ça. J'ai appris des notions précieuses et utiles, comme le leadership, la prise de décisions, l'éthique, le sens des responsabilités.»

La jeune femme qui avoue n'avoir jamais eu de plan de carrière se retrouve, au fil des ans et des opportunités, à grimper dans la hiérarchie. «L'organisation a reconnu des qualités chez moi, ce qui a fait en sorte qu'on m'a offert des postes de plus en plus importants. Je soumettais mon dossier et on m'a toujours donné de nouveaux défis.»

Expérience afghane 

En juillet 2011, elle ajoute une corde à son arc en devenant la conseillère principale d'un général de l'armée afghane, à Kaboul. Une expérience culturelle «fascinante» dont elle retire beaucoup de satisfaction, même si les embûches ont été nombreuses. «J'y étais en soutien à l'OTAN afin d'augmenter le nombre de femmes dans l'armée. L'objectif était de 25 %. La barre était haute. Il a fallu adapter des infrastructures pour l'hébergement, assurer leur sécurité dans des bâtiments séparés de ceux des hommes. À mon départ, sept femmes avaient gradué comme officières, mais le pourcentage de femmes n'était qu'à 2 %...»

Plus difficile pour une femme de faire son chemin dans les forces armées? «Pas du tout, j'ai eu une expérience très positive. Je n'ai jamais eu l'impression que je n'étais pas la bienvenue ou que je ne faisais pas partie du groupe.»

Au milieu des années 80, toutefois, alors qu'elles n'étaient que trois à l'école de combat de Gagetown, les choses n'allaient pas de soi. «Ç'a été un peu difficile pour la logistique. Il n'y avait pas de bâtiments mixtes comme aujourd'hui. Les femmes ne pouvaient pas dormir dans le même édifice que les hommes. Il fallait aller coucher un kilomètre plus loin.»

Son mandat de deux ans, la colonelle Robidoux, dont le mari est lui aussi officier dans les forces armées, souhaite l'exercer avec le même souci des autres que l'a fait son mentor, le major général Dennis Tabbernor, de Winnipeg. C'est sous ses recommandations qu'elle a décidé de suivre les cours de sécurité nationale, une formation qui conduit au grade de général.

Quand elle rend visite aux membres de ses unités, elle cherche à le faire avec le «même souci du bien-être des autres» que son ex-patron. «Tout ce qu'on fait a un impact. Il faut essayer d'écouter et d'aider. C'est quelque chose que j'ai toujours gardé en tête.»

Femmes dans l'armée: un nombre «correct»

Si les femmes forment 15 % du contingent des Forces armées canadiennes, la colonelle Josée Robidoux ne voit pas la nécessité d'augmenter ce pourcentage comme veut le faire, par exemple, le gouvernement norvégien. 

«Personnellement, je pense que c'est correct, on a ce dont on a besoin. C'est certain que j'aimerais qu'il y en ait plus, mais seulement si elles s'enrôlent pour les bonnes raisons.» En revanche, note-t-elle, le Canada a été l'un des premiers pays à admettre les femmes dans ses unités de combats, en 1989, et l'un de ceux qui en comptent le plus à l'heure actuelle.

À son avis, les forces armées ne sont que le reflet de la société, dans la mesure où ce ne sont pas toutes les femmes qui veulent faire carrière dans un métier non traditionnel, où les conditions de travail sont souvent difficiles. «C'est la même chose pour les métiers de la construction. Vu le genre de travail, il n'est pas surprenant que le pourcentage de femmes ne soit pas plus élevé.»

Depuis quelques années, des scandales de moeurs ont éclaboussé l'armée canadienne. Agressions sexuelles et harcèlement ont défrayé la chronique, au point d'inciter le haut commandement à déployer un vaste plan d'action pour enrayer les comportements inappropriés.

Même si elle avoue n'avoir jamais été témoin d'actes répréhensibles, la colonelle Robidoux insiste sur la nécessité de renforcer le code de conduite et de tuer dans l'oeuf tout comportement susceptible de mener à une escalade.

Briser le silence

«Ça arrive dans la société, alors il n'y a pas de raison que ça n'arrive pas dans les Forces armées. L'important, c'est de le dire et d'agir. Si on voit ou entend un comportement inapproprié, il faut aviser afin que des actions soient prises.»

«Moi-même, j'ai vécu des situations et entendu des commentaires qui m'ont rendue inconfortable, avoue-t-elle, mais l'important était de le faire savoir dès le départ afin que ça ne se reproduise plus. Il faut faire savoir que c'est inacceptable. C'est une responsabilité qui repose sur les épaules de tout le monde.» 

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer