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Dans le rouge, la Maison Dauphine entame une «restructuration douloureuse»

La Maison Dauphine, située sur la rue D'Auteuil,... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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La Maison Dauphine, située sur la rue D'Auteuil, offre depuis 1992 plusieurs services aux jeunes de la rue.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Confrontée à une diminution de ses revenus et une clientèle en mutation, la Maison Dauphine procède à une «nécessaire restructuration douloureuse» de ses services, avec l'abolition de ses quatre travailleurs de rue. Autre changement majeur, l'âge maximal des jeunes que l'établissement accueille passe dorénavant de 24 à 29 ans.

En entrevue au Soleil, le directeur général de l'établissement de la rue D'Auteuil, Ken Édouard Risdon, avoue que la décision du conseil d'administration, adoptée la semaine dernière, n'a pas été prise de gaieté de coeur. «Ça ne fait pas des heureux, mais nous n'avions pas le choix, c'est une question de financement. Depuis plusieurs années, le programme ne faisait plus ses frais. Nous ne pouvions plus demander à la Fondation de payer pour un service sous-financé. Nous avions même revu à la baisse le nombre d'heures pour conserver les postes.»

Les quatre travailleurs de rue de la Maison Dauphine, la «Dauphe» pour les intimes, allaient à la rencontre des jeunes marginaux, dans les parcs, les bars ou les organismes communautaires, afin d'établir un contact et bâtir une relation de confiance. Leurs interventions se déroulaient le plus souvent dans un contexte informel, de jour comme de nuit, principalement dans l'arrondissement La Cité-Limoilou.

Pour la direction, la priorité est de «maintenir la capacité d'accueil et de rejoindre des jeunes ayant des réalités différentes, notamment en ce qui a trait au caractère hautement toxique des nouvelles drogues et des méfaits occasionnés par celles-ci chez les jeunes».

«La réalité de la Dauphine aujourd'hui et celle d'il y a 25 ans est complètement différente, poursuit M. Risdon. Les gens ont encore l'image des groupes de skinheads et de punks qui se tenaient à la place D'Youville. Le profil des jeunes a changé. Ils sont parsemés sur un territoire plus vaste. On ne les rejoint plus de la même façon, davantage par les médias sociaux. Ils sont également aux prises avec des drogues plus dommageables. Suffit qu'ils en prennent une fois ou deux pour développer de graves problèmes de santé physique et mentale.»

Dans les circonstances, la direction estime que la disparition des travailleurs de rue sera comblée par l'embauche d'«un travailleur de milieu», un agent multidisciplinaire en poste sur la rue D'Auteuil, et d'un agent de développement communautaire, celui-ci sur le terrain, tout cela dans la perspective de «combler divers trous de service qui causent préjudice aux jeunes de la rue».

L'agent de développement communautaire, qui travaillera moins en solitaire, aura comme mandat de tisser «des passerelles» entre la Dauphine et les autres ressources communautaires. M. Risdon donne comme exemple l'accompagnement et le soutien d'un jeune dans son plan de sortie d'un centre jeunesse.

Le conseil d'administration de la Maison Dauphine a également entériné une modification par le haut de l'âge de ses bénéficiaires. L'organisme ouvrira dorénavant ses portes aux jeunes de 12 à 29 ans.

«Ça ne touche pas une tonne de monde, mais ça répondait à un besoin. Devant le nombre croissant de jeunes âgés de 25 à 29 ans éprouvant de grands besoins mais qui n'avaient pas accès à la Dauphine, nous avons décidé d'étendre notre offre de services», explique M. Risdon, précisant que les politiques gouvernementales sur la jeunesse couvrent cette tranche d'âge.

Baisse de subventions

À l'aube de fêter son 25e anniversaire l'an prochain - un anniversaire qu'on souhaite souligner avec une collecte de fonds portée par des «célébrités» -, la Maison Dauphine «n'est pas en danger», mentionne M. Risdon, même si «les ressources humaines et financières sont parfois précaires».

Le budget annuel de 1,49 million$ de l'organisme provient à 59% de subventions gouvernementales, dont seulement 35 % sont récurrentes. Il y a cinq ans, la Maison Dauphine recevait 300000$ de plus en subsides, d'où l'obligation de se tourner davantage vers les dons privés et les activités de financement pour pallier le désengagement de l'État. «À Québec, les gros donateurs sont très sollicités [...] Quand on n'y arrive pas, il faut aller chercher l'argent à la Fondation, mais son mandat n'est pas de payer les déficits, mais de faire du développement», déplore M. Risdon.

Projet de drop-in

La Maison Dauphine jongle avec l'idée d'implanter d'ici deux ans un centre d'hébergement temporaire, un drop-in, qui permettrait de répondre aux besoins des jeunes de la rue. «On parle d'un service temporaire d'urgence qui permettrait d'accueillir le jeune et son chien, par exemple. Quand on ferme, à la fin de la journée, on peut pas laisser un jeune de 12, 13 ou 14 ans à la rue», explique le directeur général Ken Édouard Risdon, ajoutant que l'endroit pourrait aussi fournir des services de santé. L'organisme compte toutefois lancer une étude de marché afin de vérifier les «besoins spécifiques» du milieu. Le centre ne serait pas installé à proximité de la maison-mère. Si ce projet «de première ligne» va de l'avant, insiste M. Resdon, il devra se faire impérativement en collaboration avec les partenaires déjà en place afin d'éviter les dédoublements.

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