La judiciarisation des troubles de santé mentale inquiète

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Selon l'organisme PECH, le nombre de détenus du Centre de détention de Québec souffrant de problèmes de santé mentale a augmenté de 50 % en trois ans.

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Trouble de santé mentale
Trouble de santé mentale

Un Québécois sur cinq sera affecté de près ou de loin par un trouble de santé mentale au cours de sa vie. Pour les personnes qui en souffrent ou pour leurs proches, la maladie mentale peut se révéler un véritable calvaire sans prise en charge adéquate. Témoignages et réflexions. »

(Québec) L'organisme PECH s'inquiète de la nouvelle vague de judiciarisation de personnes qui vivent avec un problème de santé mentale. Ce type de clientèle a augmenté de 50 % en trois ans au Centre de détention de Québec (CDQ).

«Ça me préoccupe. Comment ça se fait que ça augmente? Le monde ne devient pas plus fou depuis deux ans.» Visiblement, la hausse observée suscite des questions chez Benoît Côté, directeur du Programme d'encadrement clinique et d'hébergement (PECH). Pourtant, l'organisme se bat depuis 20 ans, entre autres pour déjudiciariser les personnes vivant avec un problème de santé mentale.

PECH a une intervenante qui travaille en permanence au CDQ. En 2012-2013, elle a rencontré 176 personnes incarcérées qui présentent un trouble de santé mentale. En 2014-2015, ce nombre est passé à 306. «Comme organisation, on est très préoccupé. Pourtant, tout le monde fait son possible. On travaille avec les policiers et les autorités carcérales pour éviter que ça se produise.»

S'il n'a pas de réponses précises, M. Côté a tenté quelques explications en décembre à l'occasion d'une présentation donnée aux étudiants en criminologie de l'Université Laval.

Selon lui, le réseau de la santé n'a jamais fait suivre les budgets en première ligne depuis la fin de la désinstitutionnalisation. Pire encore, PECH a dû réduire, en 2014, de 40 % son service auprès des personnes en crise. Le budget du ministère de la Santé et des Services sociaux était devenu insuffisant pour répondre aux demandes en hausse constante.

Huit interventions par jour

L'an passé, les policiers, qui recommandent les personnes en crise à PECH, ont fait 3000 interventions, soit 8 par jour. C'est le double d'il y a quelques années. Le problème est en partie résolu depuis juin 2015 avec la bonification d'une subvention de la Ville de Québec, passée de 75 000 $ à 120 000 $ par année.

M. Côté pointe aussi les réformes administratives du réseau de la santé et la fusion des établissements. Par exemple, il avance que la création des Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux, les CIUSSS, au printemps 2015, a «drainé les budgets et l'énergie des acteurs souvent au détriment des services de première ligne d'urgence».

Plus encore, le directeur soutient que le phénomène des portes tournantes s'applique maintenant aux prisons. Autrefois, il était attribué aux hôpitaux, où les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale y étaient admises de nombreuses fois et en ressortaient chaque fois sans suivi.

Enfin, il évoque le fait que le réseau de la santé mentale lui-même demande aux réseaux correctionnel et judiciaire de judiciariser certains cas où des personnes consomment des drogues pour les responsabiliser. M. Côté admet que le «sevrage à froid» peut fonctionner. Cependant, il remarque que la détention contribue à détériorer la santé mentale d'individus déjà fragiles.

Au passage, le spécialiste de la question de la santé mentale écorche la nouvelle politique de l'aide sociale du ministre Sam Hamad. D'après lui, les prestataires qui verront leur chèque coupé parce qu'ils n'auront pas trouvé de travail, chiffre estimé à 14 500 la première année, se retrouveront dans une situation si précaire, notamment à risque d'itinérance, que les coûts engendrés par cette précarité pourraient bien dépasser les économies souhaitées.

Sortir de la rue

PECH a amorcé en septembre un projet qui vise à sortir les itinérants de la rue, en leur offrant un véritable chez-soi.

L'approche est déjà connue aux États-Unis sous le vocable housing-first, qu'on pourrait traduire par «logement prioritaire». «Ça s'adresse aux personnes itinérantes chroniques qui ont passé plus de la moitié de l'année dans les refuges», explique Benoît Côté, directeur de PECH (Programme d'encadrement clinique et d'hébergement).

L'équipe de deux personnes aide les itinérants à trouver un logement subventionné à 75 % par les gouvernements. «Ce sont des gens qui nous sont souvent recommandés par Lauberivière ou l'Armée du Salut. Ils sont très désaffiliés, très en marge de la société. On leur trouve un logement et on les meuble», précise-t-il.

C'est là une manière de raccrocher les itinérants à une vie active ou ce qui s'en rapproche le plus, selon leur condition. «Le défi est d'intéresser des propriétaires privés à adhérer au programme», avoue M. Côté. En fait, toute personne qui possède un logement salubre à louer est admissible.

Évidemment, eux aussi profitent de l'encadrement de l'équipe de PECH. «Il faut soutenir les propriétaires. S'il y a un bogue, il ne faut pas se sauver», précise-t-il.

M. Côté se fixe l'objectif de placer sept personnes d'ici la fin mars. «Au bout de quatre ans, si on en a sorti 35 de la rue, on va être content.»

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