L'adoption traditionnelle chez les Inuits n'aurait pas d'effet négatif sur les enfants

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La chercheuse Béatrice Decaluwe s'est penchée sur l'adoption traditionnelle pratiquée chez les Inuits du Nunavik où les enfants aboutissent souvent chez des membres de la famille plus âgés.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) L'adoption traditionnelle pratiquée chez les Inuits du Nunavik (Nord-du-Québec) aurait très peu d'effets négatifs sur les enfants. Ceux-ci ne seraient pas plus sujets que les non-adoptés à être atteints de problèmes de comportement ou de troubles de l'attention.

Ces conclusions, tirées d'une étude intitulé L'adoption traditionnelle chez les Inuits du Grand Nord québécois et son impact sur le développement de l'enfant, seront présentées samedi au cinquième Congrès international sur la recherche en adoption qui se déroule à Auckland, en Nouvelle-Zélande.

En entrevue avec Le Soleil, l'auteure de l'étude, Béatrice Decaluwe, étudiante au doctorat en psychologie de l'Université Laval, a rappelé que l'adoption traditionnelle, aussi appelée «adoption coutumière», touche un enfant sur trois au Nunavik et est très différente des pratiques d'adoption du reste du Québec.

«Il s'agit d'une pratique traditionnelle intrafamiliale où des enfants sont confiés à un grand-parent, une tante ou un oncle à la naissance. L'enfant sait qui sont ses parents biologiques et peut garder des liens avec eux. Le lien de filiation est poursuivi», rappelle Mme Decaluwe.

L'étude a été réalisée en se basant sur les résultats de l'étude longitudinale sur le développement des enfants du Nunavik menée par Gina Muckle et son équipe au centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. Au total, 231 enfants non adoptés et 46 enfants adoptés âgés en moyenne de 11 ans de Kuujjuaq, d'Inukjuak, de Puvirnituq et de plusieurs petites communautés du Nord québécois ont ainsi été suivis de 2005 à 2010.

Effets différents

«On sait que chez les non-Inuits, les enfants adoptés sont plus à risque de développer des problèmes de comportement de type externalisé ou des problèmes d'attention. On souhaitait voir si les mêmes différences pouvaient être observées chez les Inuits, dont les pratiques d'adoption sont fort différentes», explique la chercheuse.

De prime abord, il semblerait que non. Même si les enfants inuits qui ont été adoptés aboutissent souvent avec des parents plus âgés qui sont moins scolarisés et ont plus de chances de vivre de l'aide sociale, ces nouveaux parents seraient moins touchés par le stress psychosocial et la consommation d'alcool et de drogues.

«On remarque aussi que le statut d'adopté ne semble pas contribuer au développement de problèmes de comportement chez les Inuits. S'ils en développent, c'est davantage lié à d'autres variables», explique Béatrice Decaluwe.

Non stigmatisant

L'une des hypothèses formulées par la chercheuse pour expliquer cette situation est d'ordre culturel. «Peut-être que l'aspect plus ouvert et non stigmatisant de l'adoption traditionnelle chez les Inuits contribue à cette situation.»

Mme Decaluwe rappelle aussi que dans la vision des Inuits, la prise en charge des enfants par les aînés est très valorisée, notamment en ce qui a trait à la transmission des valeurs et des coutumes. «Cette prise en charge collective a un effet bénéfique sur l'ensemble de la communauté.»

Elle ajoute que le reste de la société pourrait peut-être tirer quelque chose de positif en s'inspirant de cette pratique d'adoption traditionnelle des Inuits qui semble ne pas avoir d'effet négatif. «D'autant plus que ce type de pratique existe aussi ailleurs dans le monde, notamment chez les Maoris de Nouvelle-Zélande et les Kanaks de Nouvelle-Calédonie.»

Une pratique tolérée, mais non reconnue

La pratique d'adoption traditionnelle des Inuits du Nunavik est tolérée, mais n'est toujours pas officiellement reconnue en vertu du Code civil québécois. «Ça fait plusieurs années que les Inuits font des démarches pour que la pratique soit reconnue», indique Béatrice Decaluwe. «L'entente administrative avec le directeur de l'état civil fait que, lors d'une adoption traditionnelle, un formulaire est complété en présence d'un membre de la communauté, puis envoyé au directeur de l'état civil. Un nouveau certificat de naissance est ensuite envoyé pour l'enfant», poursuit-elle, en ajoutant que ce ne sont toutefois pas tous les parents qui passent par cette procédure. «Comme notre étude démontre que l'adoption traditionnelle ne semble pas nuisible pour les enfants, nous espérons que ça pourra faire contrepoids à la position de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui, dans son rapport de 2007, demandait au gouvernement de superviser davantage cette pratique.» 

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