La vie nocturne plus sage qu'avant à Québec

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Dans les dernières années, les autorités se sont interposées afin d'éliminer certaines pratiques commerciales qui favorisaient la surconsommation d'alcool, tels que les concours de «calage».

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(Québec) L'agression au couteau d'un jeune homme sur la Grande Allée aux petites heures lundi matin pourrait laisser croire le contraire, mais l'écosystème des bars de la capitale s'est nettement assagi. Les nuits «chaudes» de Québec le sont, en fait, de moins en moins! Incursion dans cet univers refroidi.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ne s'en cache pas, les bars demeurent une source de migraines, autant pour les forces de l'ordre que pour les têtes brûlées qui s'excitent : «C'est un secteur qui génère davantage de plaintes.»

N'empêche, les policiers seraient de moins en moins appelés à intervenir autour des débits de boisson, assure au Soleil Gino Lévesque, inspecteur responsable de l'arrondissement La Cité-Limoilou, aussi responsable de la réduction des «incivilités» aux abords et à l'intérieur des bars.

Attablé dans une salle de réunion de poste de la route de l'Église, M. Lévesque cite en exemple l'épicentre de la vie nocturne de Québec : la Grande Allée. Dès 2012-2013, le nombre d'incidents rapportés aux policiers aurait chuté du quart. Depuis, bon an mal an, la décrue serait d'environ 10 % sur cette artère, populaire auprès des locaux et des visiteurs, qui compte nombre de lieux pour boire un coup.

Une diminution observable ailleurs en ville, soutient-il. Lorsque nous lui avons demandé où étaient les points chauds de la vie nocturne dans la capitale, M. Lévesque a souligné que le marché a grandement évolué. La rue Saint-Jean compte moins de bars. Près de l'Université Laval, beaucoup ont mis la clef sous la porte : Ozone Laurier, Liquor Store, Palladium, Girafe, Monkey...

«Il y a une certaine mouvance aussi au niveau des bars. Ce qu'on constate : on a moins de grosses discothèques avec plancher de danse. On a davantage de bars "expérientiels", mixologie, microbrasseries, ces choses-là. Donc, il y a comme une transformation au niveau des bars qu'on constate sur le terrain. Il y a un retour aussi aux bars de quartier.» Des lieux moins réputés pour la bagarre.

En plus, fait remarquer Gino Lévesque, la pyramide des âges se déforme. «N'oublions pas que ça rentre dans un certain contexte social où il y a moins de jeunes. Donc il y a une évolution démographique qui se fait.»

Notre interlocuteur souligne en outre que le SPVQ a mis en place une «stratégie bar» au long court qui porterait aujourd'hui ses fruits. «On intervient depuis des années au niveau des causes.»

Il y aurait donc moins d'«incivilités» autour des débits de boisson. Moins de coups de poing, de jeunes saouls qui font du tapage et vomissent, moins de fêtards complètement ivres qui brisent tout sur leur passage en rentrant à la maison... Toutes des situations qui requièrent nombre d'agents, qui accaparent les budgets : «Ça mobilise beaucoup de ressources.»

Justement, le SPVQ était las de dépenser pour maintenir l'ordre, las de ramasser les pots cassés, raconte Gino Lévesque. «On gère la conséquence. On gère des conséquences de voies de fait, de désordre, de tumulte, de personnes fortement intoxiquées qui sont malades ou en état d'ivresse avancée sur la voie publique. [...] C'est nous autres qui est pris avec.»

Intervenir en amont

Les policiers ont donc voulu savoir s'il est possible d'intervenir en amont pour éviter les plaintes, les appels au 9-1-1. Intervenir avant le trouble pour réduire la facture, notamment.

Une stratégie tous azimuts a ainsi été mise en place. Entre autres, des policiers visitent les écoles secondaires pour parler aux jeunes; des liens ont été établis avec Éduc'alcool, la Société de l'assurance automobile, la Régie des alcools.

Les propriétaires et les tenanciers de débits de boisson ont au surplus été mis dans le coup : «Il y a des responsabilités qui viennent avec un permis de bar», insiste M. Lévesque.

Un analyste civil, Francis Cossette, a d'ailleurs été embauché par le SPVQ pour effectuer des recherches dans la littérature afin de créer un guide à l'intention des entrepreneurs. Un guide qui identifie les facteurs de risque et les bonnes pratiques pour éviter les problèmes.

Les autorités se sont en outre interposées afin d'éliminer certaines pratiques commerciales qui favorisaient la surconsommation. L'inspecteur Lévesque nous remémore l'époque des concours de «calage d'alcool», celle des bracelets vendus à prix d'ami qui donnaient droit à un nombre très important de consommations (bar ouvert)... «Ces opportunités sont moins présentes parce qu'on est intervenu.»

Peu importe les interventions, il demeurera toujours que les bars sont «plus générateurs de plaintes», note M. Lévesque. «Le risque zéro n'existe pas.» L'alcool a de drôles d'effets. L'objectif est de diminuer les effets indésirables.

L'agression au couteau d'un jeune homme sur la Grande... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Exit la discothèque

La grande discothèque a moins la cote. La tendance est aux établissements plus intimes servant petits plats et boissons variées.

Renaud Poulin est président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec. Il a récemment visité New York pour prendre le pouls, tâter le marché. Et puis? Il n'est entré que dans des établissements intimes d'un maximum de 100 places, avec télévisions, une gamme de liquides élargie, des aliments au menu. «Ce n'est plus les grandes discothèques, même à New York!»

Les grands débits de boisson qui ciblent les fêtards voulant danser, dont le fonds de commerce est l'alcool et les jeunes, sont en perte de vitesse, observe-t-il. Au Québec, à Québec, comme dans la grosse pomme. «Il y a eu des fermetures, des ventes.»

Les restos-bars sportifs et autres microbrasseries ont une santé financière beaucoup plus stable, dit-il.

«Un gros impact»

«Les jeunes sortent moins», constate M. Poulin. Il impute une bonne part de la décroissance au fait que les conducteurs de moins de 22 ans n'ont plus le droit de boire et prendre le volant; pas une goutte. «Ça a eu un gros impact partout au Québec, on a vu des établissements fermer.» Les tenanciers espéraient que le covoiturage compenserait, ce ne serait pas le cas.

Les jeunes arriveraient également plus tard dans les bars que les générations précédentes, poursuit-il. Et ils dépensent moins. De plus en plus, ils sortiraient dans le stationnement pour fumer... et boire la bière apportée de la maison.

L'agression au couteau d'un jeune homme sur la Grande... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Photothèque Le Soleil

Au volant après la veillée

Après une soirée arrosée dans les bars, les jeunes conducteurs sont de moins en moins nombreux à prendre le volant... Mais un «noyau dur» sautent encore dans leur bolide après avoir bu. Même s'ils ne possèdent que 10 % des permis de conduire, les jeunes écopent de près de 30 % des infractions liées à l'alcool, indique un porte-parole de la Société de l'assurance automobile du Québec, Gino Desrosiers. Ils sont toutefois de moins en moins à mourir au volant, ivres. Il demeure cependant que 50 % des conducteurs de 16 à 24 ans décédés sur la route depuis 2009 avaient de l'alcool dans le sang... malgré le fait que les moins de 22 ans n'ont plus le droit de boire et conduire.

Des portiers plus diplomates

La formation imposée aux portiers contribuerait à la diminution des interventions policières autour des bars, au dire du SPVQ. Plutôt que de virer les clients agressifs sans ménagement, ils apprendraient maintenant à désamorcer les crises. Mais les employés des bars n'ont pas tous en poche ce diplôme pourtant obligatoire depuis... 2010, convient le directeur des enquêtes et des inspections du Bureau de la sécurité privée, Stéphane Bénard. Ceux qui connaissent la loi s'y conforment, dit-il. Tous ne sont cependant pas au fait de cette législation. Ils sont passibles d'une amende tout comme leur employeur.

Moins de «brosses»

Il n'y a pas que le marché des bars qui a évolué. Les habitudes de consommation d'alcool des jeunes se sont aussi transformées. «La consommation excessive est en baisse», observe le directeur général d'Éduc'alcool, Hubert Sacy. Le buveur a tendance à moins visiter les débits de boisson, à célébrer à la maison, à biberonner un peu moins, à étendre sa consommation sur plusieurs jours. Et c'est dans la Capitale-Nationale que les amateurs de vin, bière et autres spiritueux s'adonnent le moins à la cuite.

La sobriété peu répandue

Seulement 8 % des adultes de 18 à 24 ans ne boivent pas du tout! selon des données transmises par Caroline Guillemette de l'Institut de la statistique du Québec. Et ils sont nettement plus nombreux que les autres groupes d'âge à lever le coude régulièrement. C'est d'ailleurs chez les jeunes hommes qu'on trouve le plus d'adeptes de la «brosse». 

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