Quand d'anciens réfugiés se font généreux

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Le gouvernement fédéral a indiqué que 10 000 des 25 000 réfugiés syriens attendus au Canada d'ici la fin du mois de février seraient parrainés sur une base privée.

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Michael Tutton
La Presse Canadienne
Halifax

En signant un chèque pour une famille de réfugiés syriens, Gabrielle Horne a ressenti un lien puissant avec ses propres grands-parents.

Cette cardiologue d'Halifax fait partie des milliers de Canadiens qui ont versé de l'argent cet automne pour permettre à des réfugiés parrainés par le secteur privé de quitter les camps surpeuplés du Proche-Orient pour se réinstaller au Canada.

Alors qu'elle lisait les informations et regardait les images montrant des milliers de Syriens tentant de gagner l'Europe, elle a eu une pensée pour ses grands-parents maternels, Aaron Belenkie et Rose Friberg.

«Mes grands-parents sont venus au Canda dans les années 1920 en provenance de ce qui était alors l'Union soviétique, alors je connais très bien l'importance de fournir un refuge aux gens qui vivent des situations désespérées», affirme-t-elle.

Ses grands-parents se sont rencontrés à Montréal. Ils se sont mariés, ont ouvert leur entreprise et ont élevé leurs enfants. Mais ils ne parlaient jamais de leur peine de vivre loin de leurs proches et des difficultés qu'ils ont dû traverser pour arriver au Canada après avoir été persécutés parce qu'ils étaient juifs. C'était trop douloureux, croit Mme Horne.

Lorsqu'elle a entendu parler d'un groupe de soutien aux réfugiés à Hubbards, en Nouvelle-Écosse, la cardiologue a contacté les responsables pour leur offrir un chèque de 2000 $.

«J'ai apprécié cette occasion de réfléchir à la signification de l'accueil des réfugiés au Canada. Alors ce chèque ne m'a pas fait mal. J'ai senti que c'était un geste personnel.»

Pour parrainer des réfugiés sur une base privée, le gouvernement exige que les groupes fournissent 30 000 $ pour accueillir une petite famille. Mais plusieurs groupes ont récolté beaucoup plus d'argent, estimant que ce ne serait pas suffisant pour subvenir aux besoins d'une famille de cinq personnes durant un an.

L'organisation à laquelle Mme Horne a fait un don a commencé à se former sur le parvis d'une église de cette petite communauté du sud de la Nouvelle-Écosse, avec l'objectif de parrainer une famille. Des dons ont été récoltés par le truchement de repas communautaires et de spectacles artistiques, entre autres.

Susy MacGillivray, de l'organisation Bay Refugee Project, a indiqué que des dons de 1000 $, 2000 $ et 5000 $ avaient afflué, permettant au groupe de dépasser ses objectifs initiaux.

«Nous avons récolté suffisamment d'argent pour aider deux familles, et nous allons peut-être en avoir assez pour une troisième. Nous détournons maintenant nos efforts de la collecte de fonds pour nous concentrer sur l'installation [des réfugiés]», a-t-elle expliqué par courriel.

«Néanmoins, plusieurs autres groupes n'en sont pas au même point que nous dans leur collecte de fonds.»

Plusieurs motivations

Les motivations des citoyens qui font des dons sont variées, mais pour plusieurs, les difficultés vécues par les réfugiés syriens reflètent celles des autres réfugiés qui les ont précédés.

Jack et Nancy Jefferson, deux retraités qui vivent à Vancouver, ont fait le premier don privé au Bay Refugee Project. Le couple a donné 800 $ après avoir lu un article sur le groupe alors qu'ils étaient de passage en Nouvelle-Écosse pour rendre visite à leur fille.

«La guerre a changé la vie des Syriens et changé la vie de leurs enfants. [...] Ce sont des gens qui n'ont aucun endroit où aller et ils sont désespérés, explique Jack. Je voulais faire quelque chose pour les sortir de là et leur donner quelque chose de plus heureux.»

En signant un chèque, «on se sent un peu moins impuissant», affirme-t-il.

Le gouvernement fédéral a indiqué que 10 000 des 25 000 réfugiés syriens attendus au Canada d'ici la fin du mois de février seraient parrainés sur une base privée.

Lors d'une conférence de presse mercredi, le ministre fédéral de l'Immigration, John McCallum, a déclaré que de grandes entreprises comme le Canadien National, la Banque Royale du Canada et la Banque Scotia avaient donné 8,5 millions $ pour les réfugiés, et que plusieurs autres entreprises contribuaient aussi.

«Nous avons une entreprise anonyme qui vient de promettre un don de deux millions $, mais qui ne veut pas que son nom soit rendu public», a-t-il dit.

Le ministre a également noté que Khalid Usman, un membre influent de la communauté musulmane de la région de Toronto, avait organisé une collecte de fonds ayant permis d'amasser un million de dollars, tandis que les mosquées de la région en ont récolté deux millions.

«Nous avons aussi de jeunes enfants à travers le pays qui se sont engagés à tricoter 25 000 tuques pour les réfugiés. Cela a commencé au Québec, mais s'est répandu dans tout le pays», a ajouté M. McCallum.

Le père du petit Alan Kurdi lance un appel au monde entier

Le père d'Alan Kurdi, l'enfant syrien noyé au large de la Turquie dont la photo est devenue un symbole de la tragédie des migrants, a adressé un appel de Noël pour que le monde «ouvre ses portes» aux réfugiés, le cap du million d'entrées en Europe ayant été franchi en 2015.

Il s'agit d'un chiffre record depuis la Seconde Guerre mondiale, ont annoncé il y a quelques jours l'ONU et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), selon lesquelles les arrivées se sont toutefois nettement taries depuis le pic d'octobre.

Dans un texte qui sera diffusé le jour de Noël, le père d'Alan appelle à en faire plus : «Mon message est que je voudrais que le monde entier ouvre ses portes aux Syriens», déclare Abdullah Kurdi dans une vidéo dont une transcription a été publiée par la chaîne de télévision britannique Channel 4.

«Si une personne ferme la porte au nez de quelqu'un, alors c'est très difficile. Mais quand une porte s'ouvre, il n'y a plus d'humiliation», ajoute-t-il, en demandant à ceux qui l'écoutent de «prendre en compte la douleur des pères, des mères et des enfants qui cherchent la paix et la sécurité».

Alan Kurdi, trois ans, avait été trouvé mort noyé sur une plage de Bodrum, en Turquie, en septembre dernier. Son frère et sa mère avaient eux aussi péri dans la traversée.

D'ailleurs, les dangers ne se sont pas estompés car, dans la nuit de mardi à mercredi, au moins dix migrants, dont cinq enfants, sont morts noyés lors du naufrage de leur embarcation près de l'île grecque de Farmakonissi, en mer Égée.

Mardi ce sont 11 migrants, dont trois enfants, qui sont morts noyés au large des côtes turques. Avec l'AFP

Justin Trudeau demande aux Canadiens d'être généreux

Dans son message de Noël, le premier ministre Justin Trudeau fait appel à la générosité des Canadiens dans l'accueil qu'ils feront aux réfugiés syriens.

M. Trudeau souligne que Noël est une occasion de donner et de recevoir. Il rappelle que, cette année, des milliers de réfugiés syriens qui ont été contraints de fuir leur patrie à cause de la guerre et des conflits entrent dans notre pays.

Justin Trudeau encourage tous les Canadiens à leur offrir «un accueil chaleureux dans le respect de nos valeurs de compassion, de solidarité et de générosité». Avec La Presse Canadienne

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