La «mère Teresa de Loretteville» prend sa retraite

Maintenant qu'elle a fermé son comptoir vestimentaire, après... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Maintenant qu'elle a fermé son comptoir vestimentaire, après 55 ans, Lucie Lauzier a davantage de temps pour se livrer à son loisir préféré, faire des casse-tête. «C'est bon pour le moral. C'est la meilleure pilule pour oublier quand on a de la peine.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Tout a commencé en 1960, il y a 55 ans. Le frère de Lucie Lauzier meurt dans un accident de travail.

Fracture du crâne, à l'âge de 37 ans. Il laisse sans le sou une veuve et sept enfants. Mme Lauzier décide de donner un coup de pouce à la famille éplorée, lui dénichant vêtements, meubles et produits de première nécessité.

La dame, alors dans la mi-trentaine, réalise vite qu'il n'y a pas que sa belle-soeur et ses neveux et nièces dans le besoin. Autour d'elle, à Loretteville, les familles démunies sont légion. D'un coup de pouce à un autre, une graine est semée. Ainsi naîtra le comptoir vestimentaire La Luciole, une institution qui a traversé cinq décennies grâce à la générosité et le dévouement de ce petit bout de femme.

À la fin de novembre, Lucie Lauzier, née Daigle, a mis la clé sous la porte. À 91 ans, elle a décidé de prendre sa retraite. Une étape de vie difficile à encaisser. «J'ai pleuré pendant deux jours. Je me réveillais même la nuit en pleurant. C'est un deuil à faire, et je vais le faire. À mon âge, il faut bien que je l'accepte. Pour moi, ç'a été une vocation d'aider et de donner.»

Tôt en ce petit matin, la nonagénaire reçoit Le Soleil dans son appartement du Manoir Lorette, un immeuble pour personnes semi-autonomes qu'elle habite depuis 11 ans. La dame est coquette, un ange en or bien en évidence sur le revers de son veston.

Un ami et collaborateur de longue date, Robert Martel, enseignant retraité de l'école secondaire du coin, est présent à la rencontre. Pendant des années, il a multiplié les marches afin d'amasser de l'argent pour son organisme, dont une expédition sur le chemin de Compostelle en 2007. «Elle m'appelle son grand marcheur...»

Baptisée à l'époque la «mère Teresa de Loretteville» par une bénévole - «c'était une Mme Côté, je me souviens» -, Mme Lauzier évoque toutes ces années à venir en aide aux pauvres, sept jours sur sept. Elle n'a jamais pris de vacances ou si peu. «C'est mon local qui me tenait occupée.» En passant, pourquoi La Luciole, Madame? «En latin, Lucie veut dire "lumière". Mon fils a pensé à une luciole qui fait de la lumière, qui éclaire. C'était pas mal bien pensé...»

La vocation d'aider

De la misère, cette mère de «deux merveilleux enfants», veuve depuis 20 ans, en a vu. «J'en ai aidé, du monde, c'est terrible. J'ai toute une vie à raconter, mais vous allez pas écrire tout ça, vous là?» lance-t-elle, l'oeil rieur, dans une ambiance feutrée, bercée par les tics-tacs d'une horloge.

À la première neige, comme c'était le cas le matin de l'entrevue, des mères débarquaient au comptoir de la rue Racine pour trouver de quoi vêtir leurs enfants. Lorsqu'un incendie jetait à la rue une famille, parfois en plein milieu de la nuit, c'est Mme Lauzier qu'on appelait. Une immigrante est déjà venue cogner à la porte de son local afin d'avoir une tranche de pain pour nourrir sa fille.

D'une grande minutie, Mme Lauzier et ses bénévoles triaient les vêtements que de bons Samaritains venaient leur porter. «À mesure que les boîtes arrivaient, c'était classé sur les tablettes, avec des étiquettes, par ordre de grandeur. Comme ça, quand les gens venaient, c'était plus facile pour eux de se retrouver.»

Peu importe le moment, Mme Lauzier se débrouillait pour être présente à La Luciole. «Je ne comptais pas mes heures. Les besoins des gens n'arrivaient pas toujours au même moment. J'ouvrais le soir pour dépanner les gens qui travaillaient le jour. J'avais la santé pour, alors je le faisais. Mais, à un moment donné, je me suis mis des limites.»

Mme Lauzier a beau dire qu'elle a pris sa retraite, ce n'est pas tout à fait vrai. Dans son appartement, ici et là, s'empilent des boîtes de denrées alimentaires et des vêtements qu'elle continue à distribuer à quelques personnes nécessiteuses de son entourage. Le téléphone sonne encore souvent. La plupart du temps, elle doit dire non.

À son âge, évidemment, la santé n'est plus ce qu'elle était. Atteinte de surdité à la suite d'une opération, il y a une quarantaine d'années, elle doit utiliser un appareil auditif.

Casse-tête pour oublier

«Je suis chanceuse, car, malgré tout, je n'ai pas perdu la mémoire. J'appelle ça un cadeau du ciel. La tête est bonne, mais le corps ne veut plus suivre. Je sais encore par coeur les numéros de téléphone de mes bénévoles. Je lis le journal tous les matins. Je suis une personne qui aime savoir ce qui se passe dans le monde. Regardez ce qui s'est passé à Paris, c'est terrible...»

Pour oublier qu'elle a maintenant moins d'énergie pour s'occuper des autres, Mme Lauzier s'installe souvent dans un petit salon de son immeuble pour se livrer à son activité préférée, faire des casse-tête. «Plus ils sont difficiles, plus j'aime ça. Quand j'en fais, j'oublie tout. Ça vaut beaucoup de pilules», lance-t-elle, après avoir pris la pose pour le photographe.

Mme Lauzier tire une immense satisfaction de ces années à aider son prochain. «J'ai côtoyé des gens de toutes les nationalités. Ça vaut bien des cours à l'université, ça.» Et les gens ont su l'apprécier, croit-elle. «J'ai eu la reconnaissance de mon public. J'aime mon public», termine-t-elle, reprenant à son compte la célèbre phrase de Rose «La Poune» Ouellette...

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