Myriam et la mort 2.0

À sa mort, Myriam Caron - que l'on... (Fournie par Myriam Caron)

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À sa mort, Myriam Caron - que l'on voit ici en tournage - lèguera son petit chien blanc Angelo à l'Élyme des sables, afin qu'il puisse accompagner les patients en fin de vie.

Fournie par Myriam Caron

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Ces jours-ci, des dizaines d'internautes sont scotchés devant leur écran dans l'attente d'un nouveau message de Myriam Caron. Depuis le 15 novembre, l'auteure et cinéaste bien connue de la Côte-Nord gazouille de la maison de soins palliatifs de Sept-Îles, où elle attend de mourir.

«J'ai encore plein de choses à dire, Fanny, reste», me lance-t-elle, tout juste après qu'un choeur de Noël eut chanté pour elle. Quoi faire d'autre que de s'asseoir près d'elle et de l'écouter? «Est-ce que ton son est bon? Papa, ferme ton cellulaire», s'active Myriam, les réflexes de réalisatrice encore bien ancrés.

La pièce s'est vidée, le silence tranquille reprend le salon de l'Élyme des sables. «Mourir, c'est long; ça vient pas comme ça, la mort, Fanny», m'assure-t-elle, mimant un claquement de doigts. Ça fait maintenant quatre ans que Myriam Caron bataille contre une tumeur qui s'est logée dans son cerveau. Myriam a 41 ans.

«Si je suis prête à mourir? Non, vraiment pas. J'avais trop de choses à dire, à faire. Non, c'est vraiment chiant, c'est poche, c'est nul», énumère celle qui a raconté toute sa vie. Myriam a commencé à écrire son premier roman à l'âge de 14ans, un livre qu'elle a livré dans la trentaine, Génération pendue, paru aux Éditions Leméac.

Se sont aussi enchaînés une multitude de projets de films, de reportages et tout autant d'honneurs reçus. «J'ai vécu à 400 milles à l'heure. Une chance, parce que la vie est courte», dit-elle. Puis, est venu Bleu en 2014, un roman dans lequel sa propre vie et sa lutte contre «la méduse» ont été son inspiration.

Mais la maladie, même si elle donne depuis peu du fil à retordre à son bras gauche, n'arrive pas à l'éteindre. Myriam écrit tout ce qu'elle veut, ce qu'elle vit sur sa page Facebook depuis qu'elle est entrée à l'Élyme. «J'ai toujours aimé partager avec le plus de monde possible. J'ai tellement d'amis qui me tiennent, qui ne veulent pas que je parte.»

«Pour moi, ça a toujours été thérapeutique d'écrire, ça me fait du bien», enchaîne l'auteure. Myriam poursuit l'écriture, avec le dictaphone au besoin, de son troisième roman, La croqueuse, qui parle de mordre dans la vie. C'est ce qu'elle veut dire aujourd'hui? «Quand l'occasion se présente, saute dessus, niaise pas», me dit-elle. «Il ne faut rien refuser; tu vois, moi, il est trop tard.»

Ses paroles défilent, Myriam a tant à dire, encore. «Faites les fous, tu ne sais jamais quand la vie va t'arrêter. Ça frappe comme un coup de barre dans le front. J'ai toujours foncé, merci, mon Dieu. J'aime la vie, j'aime le monde, et que j'ai aimé mon métier. Je suis une grande passionnée, j'ai eu une sacrée belle vie, mais j'ai l'impression de ne pas avoir tout fait.»

Une grande crainte

Ce qu'elle craint le plus de laisser derrière elle, ce n'est pas un roman inachevé, mais sa plus grande oeuvre, son fils de neuf ans et trois quarts. «J'ai un sentiment d'échec incroyable envers lui parce que je m'en vais et qu'il est trop jeune», confie difficilement Myriam, étouffée par les sanglots. «On braille-tu ensemble au moins, Fanny? Un peu de compassion, allez», désamorce-t-elle, riant doucement.

«Mon garçon est dans l'âge magique, il croit aux miracles, il va essayer d'inventer une potion magique pour me faire revenir. Je te jure qu'il va s'en gosser, des baguettes magiques et des machines à voyager dans le temps, il me l'a dit», assure la jeune maman, mouchoir à la main.

«Es-tu fatiguée, Mimi?» s'inquiète son père. «Non, je vais te le dire quand je vais être fatiguée, papa.» L'entretien tire à sa fin.

«C'est fou quand même ce que tu fais, Myriam. C'est, comment dire, la mort 2.0?» que je questionne. «Quoi? Laisser ma mort sur Facebook? Elle rit. La mort 2.0, tu l'as, c'est ça. Allez, va écrire, maintenant.»

Un talent reconnu

Le talent de Myriam Caron rayonne bien au-delà de sa Côte-Nord natale, qu'elle affectionne tout particulièrement. Génération pendue, édité par elle-même en 2006 et 2007, a attiré l'attention de François Avard et Jean Barbe, si bien que Leméac a réédité son roman en 2011. Elle publiera ensuite Bleu en 2014, toujours chez Leméac, un livre qualifié «d'ode à la vie» et à la mer. «La grande bleue» viendra jusqu'à lui dicter ses mots, a souvent affirmé l'auteure en entrevue. La mer n'est d'ailleurs jamais bien loin de Myriam Caron, qui se laisse bercer par elle depuis le début de son long combat.

Cinéaste, Myriam a fondé sa propre boîte de production, PLUG, et a multiplié les projets cinématographiques. Son long métrage Surf Boréal_Le film a décroché la palme du meilleur film canadien au Canada International Film Festival de Vancouver. Pendant huit ans, elle collabore aussi à Télé-Québec à titre de journaliste-réalisatrice. En octobre encore, l'auteure remportait le prix OEuvre de l'année en Côte-Nord pour Bleu, remis par le Conseil des arts et des lettres du Québec.

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