Une nuit à Opération Nez rouge

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Le central d'Opération Nez rouge se trouve dans l'Espace K d'ExpoCité.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Si vous avez 30 ans et moins, Opération Nez rouge existait avant votre naissance. Fondée en 1984, elle fait maintenant partie des moeurs des Québécois, voire des Canadiens. Partys de bureau, fêtes en famille ou simple soirée arrosée entre amis, Nez rouge est pour plusieurs l'option de choix pour regagner son lit de façon sécuritaire. Je n'y ai pourtant jamais fait appel et n'y avais jamais oeuvré. Récit d'une première fois comme bénévole.

Jeudi 10 décembre

22h

L'arrivée

L'équipe de Nez rouge avait suggéré au Soleil de se présenter au quartier général d'Opération à ExpoCité, vers 22h, «quand ça commence à rouler». Une odeur de café nous accueille dans le grand Espace K, où des dizaines de bénévoles attendent déjà, tout sourire, leur première sortie. En petits groupes, les gens discutent et semblent se connaître. L'ambiance est résolument festive. 

L'organisme ne refuse aucun bénévole s'il se qualifie après vérification de son dossier de conduite avec les policiers. Nez rouge ne peut pas vraiment se le permettre, considérant que la demande dépasse souvent l'offre. Mais une fois dans le système, chacun doit prendre son rôle au sérieux. Nous passons donc les premières minutes en formation. Mots d'ordre : sécurité, courtoisie et respect. 

22h30

Premier appel

Notre photographe Caroline Grégoire et l'auteur de ces lignes sont jumelés au vétéran bénévole Marc Berry. Nous formons l'équipe 09 (il faut prononcer le zéro) et sommes attitrés à l'un des répartiteurs en service, qui peut avoir jusqu'à 25 trios à sa charge. Pour les rôles, je serai le chauffeur, Caroline prendra les informations du client et Marc sera l'escorte motorisée.  

Toujours au central, nous sommes officiellement disponibles et en attente. Étrangement, la nervosité se fait sentir. Qui sera le premier client? À quel endroit ce sera? Mais, surtout, quel sera le véhicule? En fait, mes pensées sont presque entièrement concentrées sur la voiture. 

Remettant en question mon sens des priorités, je demande à Marc si tout est normal. «Tout le monde attend de voir c'est quoi le véhicule! C'est un peu comme notre gâterie», dit-il en riant. Il raconte qu'un bénévole a déjà reçu un appel pour une Lamborghini, un 16 décembre. Ce serait un peu raide pour une première... 

Au bout de 10 minutes, un responsable vient nous informer de notre premier raccompagnement. «Le client se trouve à Cap-Rouge et doit se rendre à Beauport. Il est au restaurant Chez Madame Li, sur Promenade-des-Soeurs.» Le véhicule? «Une Kia Rondo.» Pas une Lambo, mais c'est un début! Notre trio se met en route. 

22h45

Plaidoiries

Vêtu du dossard d'Opération Nez rouge, il faut entrer dans le restaurant pour aller trouver le client. Il était déjà à la porte, accompagné des propriétaires de l'établissement et d'amis qui ont pris soin d'appeler Nez rouge pour lui. 

Yvon est un retraité du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. Il participait à un rassemblement d'anciens. Il passe ses clés, s'assoit à l'arrière - comme l'oblige Nez rouge -, et je tourne la clé de la rutilante Kia.

Comme chauffeur, il faut prendre le temps de vérifier l'état de la voiture, s'y mettre à l'aise et s'assurer de la sécurité de tous à bord. Notre photographe prend place à ma droite. Marc est prêt à nous suivre dans l'autre véhicule. Le voyage commence, la discussion aussi.

Yvon a bu, évidemment. Loin d'être ivre, il est certes un peu désinhibé. Le temps de le réchauffer avec des questions de base que nous venons à peine de nous engager sur l'autoroute 40. Et lui s'engage dans un plaidoyer pour un tramway à Québec. «Québec, ce n'est pas une vraie ville!» lance-t-il, réclamant un meilleur système de transport collectif.

Variant sur le même thème, Yvon bifurque vers son amour pour les Américains du Maine, où il passe ses étés depuis des années. «Les gens sont courtois et ils nous laissent passer [en auto ou comme piéton].» 

Après quelques mots sur les Shakers - congrégation religieuse dont j'ignorais l'existence - et leur extraordinaire capacité à travailler le bois, et une excellente critique du restaurant Chez Madame Li, nous arrivons à destination. «Merci pour ce que vous faites», nous dit Yvon, avant de remettre un don de 20 $ et d'entrer chez lui. Ce sincère «merci» et cette première rencontre seront notre paie. Et c'est amplement satisfaisant.  

23h35

Conseils d'expert 

«Équipe 09 à central, nous venons de terminer notre raccompagnement et le client est en sécurité. Nous sommes disponibles dans le secteur de Beauport», dit Marc à l'aide d'une radio portative. 

En attendant le prochain transport, le vétéran partage quelques conseils pour parfaire nos qualités de bénévole. «Il faut toujours faire attention à ce que l'on dit. N'oubliez pas, la patience est parfois inversement proportionnelle au nombre de verres consommés!» prévient-il. 

Pour appuyer son point, il raconte l'histoire d'un bénévole qui s'était retrouvé au volant d'une voiture neuve. «Elle n'avait même pas 1000 kilomètres!» Voulant engager une discussion avec le client, le bénévole avait expliqué qu'il avait lui aussi envisagé d'acheter le même modèle, mais qu'il avait changé d'idée. «Paraît que ce n'est pas fiable!» aurait-il dit au nouveau détenteur du véhicule. «Imaginez comment le client se sentait...» 

Opération Nez rouge se garde le droit de renvoyer des bénévoles à la maison si des comportements inappropriés sont répétés. Sur la route, chaque bénévole est responsable de ses actions, dit Marc, et les infractions commises ne sont pas de la responsabilité de l'organisme.

Marc Berry, notre accompagnateur pour la soirée ... (Photo Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 2.0

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Marc Berry, notre accompagnateur pour la soirée 

Photo Le Soleil, Caroline Grégoire

23h55

Mais où est Simon? 

«Équipe 09, êtes-vous prêts à prendre les notes du prochain raccompagnement?» Le central nous envoie au Shaker, un bar situé dans la Pyramide, dans Sainte-Foy. Nous allons chercher Simon. Le véhicule? Bon sens, encore une Kia!

Caroline et moi entrons dans le bar pour trouver Simon. «Ne criez pas son nom dans le bar, sinon tout le monde va se mettre à s'appeler Simon», nous conseille Marc, agissant comme conscience au-dessus de notre épaule.  

Après trois ou quatre tours de l'établissement, il est introuvable. Nous apercevons enfin un jeune homme qui pourrait lui correspondre. Il dort, seul, la face contre une table. Nous tentons de le réveiller, mais la manoeuvre est un échec. Il n'y a que de la bave qui coule. Il faut donc faire appel au soutien du central, qui tentera de communiquer avec le client.   

00h15

La notoriété Nez rouge

Tel que mentionné dans le préambule, Opération Nez rouge a été fondée en 1984. Après plus de deux millions de raccompagnements - marque atteinte cette année -, l'organisme s'est de toute évidence bâti une bonne réputation. 

Pendant que nous cherchions Simon dans le Shaker, le portier nous a repérés. Il m'a appelé «Monsieur». Une première pour l'auteur de ces lignes de la part d'un portier. Pas de doute que le dossard y est pour quelque chose, simple bout de tissu qui suffit à attirer les regards. Le portier offre toute sa collaboration et réussit à réveiller le client éméché. Mais ce n'est pas notre homme...

Simon était finalement dans un restaurant tout près. Grâce à un appel du central, nous finissons par le trouver. En route pour Saint-Gabriel-de-Valcartier. Après près de 45 minutes à rouler dans la brume, nous arrivons à la résidence de notre client, un militaire. Nous sommes assurément plus au nord. Il y a de la neige au sol. Simon offre un généreux don de 50 $, et nous repartons vers la civilisation.

En attendant leur première affectation, les bénévoles peuvent... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 3.0

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En attendant leur première affectation, les bénévoles peuvent se divertir dans le central, dans une ambiance résolument festive. 

Le Soleil, Caroline Grégoire

1h40

Le monde est petit

Chacun décide du temps qu'il alloue à sa bonne action chez Nez rouge. Tout le monde est libre de partir lorsqu'il le souhaite, pourvu que le dernier raccompagnement soit complété et que les dons soient entièrement remis au central. Personne ne vous tordra un bras. Et si la fatigue se fait sentir, «il ne faut pas risquer sa sécurité ni celle des autres», soutient Marc. 

C'est décidément soir de doublé. Notre dernière cliente est au Shaker, encore. Une Kia avec ça? Non. «Une Toyota bleue.» Nous revoici donc dans le même bar qu'il y a deux heures. Plus de trace de notre homme endormi.

À tort ou à raison, un dicton veut parfois que Québec soit «un gros village» et qu'il soit facile d'y croiser quelqu'un qu'on connaît. Tomber sur des connaissances peut très bien arriver lorsqu'on est bénévole pour Nez rouge. 

Vanessa (nom fictif) travaille pour un réseau de télévision à Québec. De nombreux collègues journalistes sont là pour leur party de Noël. Le contact est d'autant plus facile, et le chauffeur a davantage l'impression de ramener des amis que de parfaits inconnus. Nous filerons doucement jusqu'en Basse-Ville, puis regagnerons le central pour faire le bilan des opérations. 

2h23

Désertique

Notre oeuvre est achevée. L'organisation récolte les dons et nos preuves de raccompagnement. L'Espace K est maintenant désert, presque toutes les équipes encore actives étant sur la route. Il y en avait plus d'une cinquantaine jeudi soir. Marc nous dit qu'il est difficile de trouver «des oiseaux de nuit» prêts à prendre le volant jusqu'aux petites heures. Il part ensuite rapidement pour reprendre des forces. Il reviendra vendredi.

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