Un livre pour et par des analphabètes

L'une des 13 auteurs du livre Foncer pour... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'une des 13 auteurs du livre Foncer pour mieux comprendre , Thérèse Fornier, et Richard Dallaire, coordonnateur d'Alphabeille.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les caractères sont gros, les pages aérées et le langage se rapproche de l'oral. Foncer pour mieux comprendre, un livre écrit par 13 élèves d'Alphabeille dans Vanier, est rapidement devenu une référence dans les centres d'alphabétisation populaires du Québec.

Les fautes ont été corrigées, mais la syntaxe est restée intacte pour garder l'authenticité des témoignages. Chacun a brassé dans ses souvenirs d'enfance et d'école, qui sont souvent malheureux, et explique comment il s'est débrouillé pour réussir dans la vie.

«Il y en a pour qui écrire six pages là-dedans, ça a pris un an. Ça a été ardu», explique Richard Dallaire, coordonnateur d'Alphabeille.

L'une des auteurs, Thérèse Fornier, est allée à l'école deux mois et demi par année jusqu'à l'âge de 12 ans. «Fallait que je reste chez nous pour aider ma mère! J'étais la première fille d'une famille de 17», explique-t-elle. À quatre ans et demi, l'enfant de Saint-René-de-Matane, en Gaspésie, changeait déjà les couches du bébé. «C'était la misère noire!» lance-t-elle, avant d'éclater de rire.

Sauf que Mme Fornier aimait beaucoup lire. Elle essayait tant bien que mal de défricher les caractères aussitôt qu'elle trouvait un bout d'annonce ou un journal. Elle a travaillé dans les restaurants, buanderies et hôpitaux. Elle a essayé de retourner à l'école il y a 30 ans, mais elle n'a pas aimé la formule.

Une fois à la retraite, elle a été tentée par Alphabeille. Tellement qu'elle y entreprend sa troisième année. «On se sent comme à la maison ici», dit-elle. L'organisme communautaire de Vanier opère en fait dans une résidence depuis 25 ans. Elle reçoit les étudiants adultes par petits groupes de sept ou huit. Et parfois, on passe à la cuisine lire des recettes et mettre la main à la pâte.

Les étudiants ne viennent pas chez Alphabeille pour obtenir un diplôme. «Ils viennent pour retrouver confiance en eux, se donner du pouvoir dans sa vie. Mais les gens se rendent compte qu'ils ont plus de compétences qu'ils pensent. Souvent, ils ont développé des stratégies incroyables pour arriver à leurs fins», exprime M. Dallaire. Même ceux qui cognent à la porte et ne connaissent même pas leur alphabet en entier.

Problème criant

On a l'impression que la «misère noire» telle que vécue par Mme Fornier est chose du passé. Le taux d'analphabétisme dans notre société devrait donc diminuer. Les chiffres disent pourtant le contraire. Le nombre de Québécois qui ont des difficultés en lecture et en écriture (qui ne pourraient entreprendre d'études postsecondaires) est passé de 49 % en 2003 à 51 % en 2013.

«Ça tend à stagner. Il y a peut-être une certaine saturation. Il y a des gens qui n'acquerront pas ce savoir-là. Il y a probablement le système scolaire aussi qui a un constat d'échec à faire là-dedans», soutient M. Dallaire.

Pour voir le documentaire de 34 minutes sur les coulisses du livre Foncer pour mieux comprendre : alphabeille.com

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