Le discours xénophobe davantage toléré dans l'espace public

Un migrant tient une pancarte «Arrêtez le racisme»,... (Agence France-Presse)

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Un migrant tient une pancarte «Arrêtez le racisme», alors qu'il attend de franchir la frontière entre la Grèce et la Macédoine. L'accueil des réfugiés fait monter les tensions. Au Québec, plus de 75 000 personnes ont signé une pétition pour empêcher l'arrivée des réfugiés syriens.

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(Québec) Le discours xénophobe résonne de plus en plus fort dans l'espace public québécois; autant sur des banderoles contre l'accueil de réfugiés que dans le cyberespace. Les propos autrefois feutrés sont aujourd'hui tolérés.

«Ce qu'il devient acceptable de dire en public devient de plus en plus extrémiste», observe le professeur Stéphane Leman-Langlois, un des fondateurs de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent. Des commentaires qui auraient été vertement critiqués et qualifiés de racistes sont maintenant proclamés sans gêne. Une tendance forte depuis deux ou trois ans, évalue-t-il.

«Ce qui est fascinant, c'est comment la barre de ce qui est socialement acceptable de dire en public est en train de baisser, baisser, baisser, baisser. Donc, c'est de plus en plus facile de tenir un discours de plus en plus clairement xénophobe sans se faire regarder de travers», affirme-t-il. «C'est un discours qui a toujours existé, mais qu'on tenait en "privé", dans des groupes particuliers, avec des auditoires particuliers.»

Il n'y a toutefois pas de grande mouvance raciste clairement définie, structurée, au Québec. «Durant les années 80, il y avait un mouvement d'extrême droite», raconte le professeur de l'École de service social de l'Université Laval. À l'époque, les différentes factions avaient tissé des liens, les meneurs fédéraient les troupes.

Plus de groupes

Pas aujourd'hui. «Par contre, ce que l'on a, c'est une multiplication à ne plus finir de groupes.» Des petites unités d'individus au nationalisme racial exacerbé constellent le Québec. «Définitivement, il y a de plus en plus de ces groupes-là.»

La grande nouveauté, c'est la prise de parole. Le discours «restait sous un seuil d'acceptation publique, parce que s'ils parlaient trop fort ils se faisaient taxer de racismes assez rapidement», remarque M. Leman-Langlois.

Il cite en exemple une association européenne anti-Islam qui a essaimé au Québec. «Pegida a un discours complètement ouvert sur Facebook et très, très clairement haineux contre les musulmans, ultraxénophobe, ultra-islamophobe».

Et des théories du complot circulent allègrement sur le Web, appuyées par des photos parfois truquées. Certaines trouvent même écho jusque dans les médias de masse. Une d'elles a été répercutée à la radio de Québec cette semaine, s'étonne-t-il. Trudeau, le Hamas, les Frères musulmans, les réfugiés, le retrait des CF-18 de la Syrie... Tout était amalgamé pour justifier la thèse, selon le chercheur. Quelle thèse? Le premier ministre canadien est à la solde des islamistes. «C'est complètement délirant.»

Pour l'instant, enchaîne-t-il, les signes d'un glissement vers le passage à l'acte ne sont toutefois pas perceptibles. Le discours haineux précède généralement le dérapage, mais le discours haineux n'engendre pas toujours le dérapage violent. La nuance est importante, prévient l'universitaire aussi titulaire d'une chaire de recherche du Canada.

La violence des groupes d'extrême droite serait encore circonstancielle. Un gang rencontre un homosexuel, décide de lui faire sa fête, illustre-t-il. «Il n'y a pas vraiment d'organisation et d'attaques planifiées politiquement.»

Effet domino

Mais il suffirait parfois de peu pour que certains basculent. Sur le Web, une pétition contre l'accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada a été lancée par un quidam, rappelle-t-il. Au moment d'écrire cet article, elle comptait plus 75 300 appuis. «Ils ont peur qu'on fasse venir des musulmans au Canada, tout simplement.»

Cette démonstration ne sert pas vraiment. Les politiques ne changeront pas seulement pour cette raison. Mais il existe une possibilité que tous ces appuis galvanisent des individus qui seront frustrés lors de l'arrivée éventuelle de réfugiés. «Soixante-quinze mille personnes... s'il y en a 1% qui pètent leur coche, ça fait quand même pas mal de monde.»

M. Leman-Langlois souligne d'ailleurs que les corps policiers et les services secrets surveillent l'extrême droite.

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