Les soldats déployés plus à risque de suicide

Selon le rapport des Forces armées canadiennes, 225... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Selon le rapport des Forces armées canadiennes, 225 militaires se sont suicidés depuis 1995 et le taux de suicide s'est maintenu entre 18,5 et 19,5 pour 100 000, soit sensiblement le même taux que dans la population civile. Or, de 2010 à 2014, ce taux a grimpé à 23,5 par 100 000 personnes.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Un rapport du médecin général des Forces armées canadiennes sur la mortalité par suicide dans les Forces de 1995 à 2014 indique pour la première fois, chiffres à l'appui, que les militaires ayant déjà fait l'objet d'un déploiement ainsi que ceux faisant partie de l'armée de terre sont davantage à risque de suicide que les autres.

«L'association entre le déploiement et le taux de suicide plus élevé est quelque chose que l'on suspectait depuis plusieurs années, mais les chiffres ne l'ont pas montré avant 2010», a expliqué mardi au Soleil le lieutenant-colonel Stéphane Roux, médecin-chef de la région d'Ottawa.

«On suspectait aussi que ça pouvait être plus élevé chez les militaires de l'armée de terre car ce sont eux qu'on envoie en milieu de guerre et qui voient beaucoup d'atrocités. On se doutait de tout ça depuis plusieurs années, des possibilités plus grandes de «blessures de santé mentale» pour ces militaires, mais c'est la première fois qu'on l'a sur papier», poursuit-il.

Le rapport montre que 225 militaires se sont suicidés depuis 1995 et que le taux de suicide s'est maintenu entre 18,5 et 19,9 pour 100 000 personnes, soit sensiblement le même taux que dans la population civile, jusqu'à la période de 2010 à 2014, pour laquelle il a grimpé à 23,5 par 100 000 personnes.

Pas une cause directe

Le lieutenant-colonel Roux précise cependant qu'on ne peut dire que le déploiement est une cause directe du suicide puisqu'environ 50 % des militaires ayant commis l'irréparable n'avaient jamais été déployés. «Le suicide est une problématique très complexe. On peut toutefois faire une association avec ces facteurs.»

Quant au fait que l'armée de terre soit davantage touchée que l'armée de l'air ou la marine, le médecin-chef de la région d'Ottawa émet l'hypothèse que les pilotes sont plus éloignés de l'action alors que les fantassins sont sur le terrain et que ce sont eux qui se font attaquer sur les convois.

«On apprend aussi que les métiers d'armes de combat sont également plus à risque, ce qui pourrait démontrer que le type de travail que font ces militaires pourrait aussi jouer un rôle. Mais il est rare que le suicide n'ait qu'une seule cause. C'est souvent multifactoriel.»

Pris au sérieux

Même si ces données soulèvent encore de nombreuses questions, le médecin assure que l'armée prend ce rapport très au sérieux. «Les militaires qui ont des tendances suicidaires sont immédiatement pris en charge, hospitalisés et on ne les laisse pas partir seuls. Nous avons aussi une chaire de recherche avec une trentaine d'universités dans le but de trouver une façon de dépister plus rapidement ces cas et de les traiter. Il se fait beaucoup de recherche sur un possible gène qui permettrait d'identifier les individus plus à risque», poursuit M. Roux.

Tant le ministre de la Défense nationale, Harjit Singh Sajjan, que le chef d'état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, ont d'ailleurs souligné mardi leur inquiétude par rapport à ces données.

«J'ai demandé au chef d'état-major de la Défense d'examiner cette question en priorité et de décider de la voie à suivre», a déclaré M. Sajjan par voie de communiqué, insistant sur l'importance de ce rapport étant donné la longue mission canadienne en Afghanistan.

«Nous disposons déjà d'un vaste programme de prévention du suicide, soutenu par des employés compatissants et très compétents, mais c'est clair que nous devons continuer à l'améliorer», a pour sa part déclaré M. Vance.

Plusieurs cas à Valcartier

La taille de la base militaire de Valcartier et le fait qu'on y retrouve beaucoup de métiers d'armes de combat expliqueraient le fait qu'elle semble avoir été plus touchée par la problématique du suicide ces dernières années.

Au moins cinq ex-militaires de Valcartier se sont suicidés depuis décembre 2013. «Qu'une base comme celle de Valcartier soit plus affectée est compréhensible parce qu'on y retrouve plus de militaires qu'à Bagotville, par exemple. Mais il faut aussi noter que c'est une base de l'armée de terre où on retrouve beaucoup de métiers des armes de combat, qui sont plus à risque», explique le lieutenant-colonel Stéphane Roux, médecin en chef de la région d'Ottawa.

«Il y a aussi la médiatisation de ces suicides, qui souvent a un effet d'entraînement, et ça nous inquiète beaucoup», poursuit-il. En décembre 2013, le caporal-chef Sylvain Lelièvre s'enlevait la vie, quatrième suicide d'un militaire en une semaine au Canada et premier de cinq militaires de Valcartier à commettre l'irréparable sur une période d'un an et demi. Le rapport du coroner indiquait qu'il souffrait de syndrome de stress post-traumatique et qu'il avait des problèmes de consommation d'alcool et de médicaments.

Le caporal Alain Lacasse en mars 2014, le caporal-chef Michaël Beaulieu en août 2014 et le sergent retraité Claude Émond s'étaient eux aussi suicidés, tout comme le bombardier-chef Sébastien Demers, vétéran de deux campagnes en Afghanistan, le 23 juin dernier. Le rapport du coroner n'avait pas permis de déterminer si la mort de la caporale Édith Perreault, par intoxication au monoxyde de carbone alors qu'elle se trouvait sur son véhicule tout-terrain dans son garage en juillet 2014, était ou non le résultat d'intentions suicidaires. 

Incompréhension

Des familles de militaires qui ont commis l'irréparable ont encore peine à comprendre ce qui a pu se passer dans la tête de leur être cher. «Moi, je ne comprendrai jamais pourquoi il a fait ça. C'est une question que je vais me poser toute ma vie», a déclaré au Soleil Bertrand Lelièvre, frère du caporal-chef Sylvain Lelièvre.

«Dans son cas à lui, je ne crois pas que le déploiement ait été un facteur car il adorait être déployé et était toujours un des premiers à partir», explique-t-il à propos de son frère qui avait été envoyé deux fois en Bosnie-Herzégovine et une fois à Kandahar lors de la rotation 10 de l'opération ATHÉNA entre novembre 2010 et juin 2011.

«Sylvain aurait pu partir à la retraite bien avant ça, mais il voulait continuer. À ma connaissance, il ne s'est jamais dit anxieux à l'approche d'un déploiement», enchaîne celui qui n'a également rien à reprocher à l'armée. «Ils ont bien aidé la famille de Sylvain, ils ont offert de payer toute la scolarité de son fils», conclut Bertrand Lelièvre.

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