Dix conseils au voyageur qui veut retourner en 1995

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Jojo Savard

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(Québec) Envie de retrouver l'atmosphère fébrile du Québec de 1995, au moment où l'on souligne les 20 ans du référendum? Ne reculant devant rien, Le Soleil vous offre aujourd'hui 10 conseils pour voyager dans cette année fatidique. Des trucs utiles pour remonter dans le temps sans trop vous faire remarquer.
Bon voyage.

1. Ne comptez pas trop sur Internet

À la fin de 1995, le monde compte 30 millions d'utilisateurs d'Internet. C'est moins que les 32 millions de télécopieurs vendus au cours de l'année. Pas étonnant qu'Internet passe encore pour une mode passagère. Comme le radio CB ou les pantalons à pattes d'éléphant.

Vous voulez surfer sur le Web? Un conseil : armez-vous de patience. Le Soleil estime qu'une page Web performante se charge en moins de... 10 secondes. 

Les médias regorgent d'articles expliquant à quoi peut bien servir Internet. Au passage, on s'interroge sur l'utilité de toutes les entreprises affublées de noms bizarres qui voient le jour. Amazon, Yahoo!, eBay. Est-ce bien sérieux?

En France, le président Jacques Chirac ne sait pas trop à quoi sert une souris d'ordinateur. La légende veut qu'il ait demandé à un jeune informaticien :

«Comment vous appelez cette chose, déjà? Un mulot?»

2. Vous pouvez prononcer le mot constitution sans vous laver la bouche avec du savon

En novembre 1995, un groupe de pression interpelle assez rudement le gouvernement du Canada. Pour lui, le vote très serré du référendum appelle «des changements profonds au fonctionnement du fédéralisme actuel». Il assure que le gouvernement du Canada ne peut pas se contenter de «réformettes».

De qui s'agit-il? De la CSN? De l'amicale des jeunes souverainistes? Du Parti communiste?

Pas du tout. Il s'agit du Conseil du patronat du Québec! 

Quoi? Les patrons qui réclament des réformes majeures à la Constitution? Dans l'atmosphère de l'époque, la nouvelle passe quasiment inaperçue. Même le Conseil pour l'unité canadienne, le Saint des Saints du fédéralisme, presse le gouvernement canadien d'accéder aux revendications du Québec!

De nos jours, la chose apparaît aussi probable de voir le synode des évêques catholiques recommander au pape de célébrer des mariages gais, d'ordonner des femmes prêtres et d'encourager la consommation de marijuana.

3. Le Québec n'a peur que d'une chose, c'est de perdre son emploi

 

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Paul Martin

Archives PC

Selon un sondage Léger & Léger, réalisé à l'automne 1994, la peur de perdre son emploi constitue la principale crainte des Québécois (46 %). Très loin devant la peur... d'être opéré. La peur d'être opéré? Ils sont fous, ces sondeurs!

Mais revenons à la peur de perdre son emploi. Quelques jours avant le référendum, le ministre fédéral des Finances, Paul Martin, ne s'y trompe pas. En affirmant que plus d'un million d'emplois sont menacés par un Oui, M. le ministre sait parfaitement qu'il touche une corde sensible.

La récession de 1990-1991 a laissé des traces. Le taux de chômage tourne autour de 11 % (7,7 % en septembre 2015). 

Mince consolation, environ 85 % des chômeurs ont droit à l'assurance-chômage, qui deviendra l'assurance-emploi. Ça ne durera pas. Une série de réformes vont bientôt chambouler le secteur. Vingt ans plus tard, à peine 39 % des chômeurs touchent des prestations...

«Il suffisait d'y penser, dira un humoriste. À défaut d'éliminer le chômage, on s'est contenté de faire disparaître les chômeurs.»

4. Combien ça coûte?

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Patrick Roy

Photothèque Le Soleil

Sur un plan pratique, il pourrait s'avérer utile de savoir qu'un litre d'essence coûte 0,58 $ (0,84 $ en dollars de 2015). Quant à ceux qui voudraient s'établir à plus long terme en 1995, précisons qu'une maison unifamiliale dans la région de Québec vaut en moyenne 107 000 $ (154 000 $ en dollars d'aujourd'hui).

En avril, vous trouverez pour 36 $ des billets pour assister à un match des Nordiques, lors de leur dernière participation aux séries éliminatoires.

Mais déjà, les chiffres du sport professionnel annoncent un monde de plus en plus inégal.

  • En 1960, Maurice Richard, le plus haut salarié du Canadien de Montréal, gagne 25 000 $ par année. Environ six fois le salaire moyen au Québec.
  • En 1995, Patrick Roy, gagne 2,94 millions $. Environ 103 fois le salaire moyen. 
  • En 2015, P.K. Subban gagne 9 millions $. Environ 202 fois le salaire moyen.

5. Les souverainistes disent que le temps joue pour eux

Même après la défaite, les souverainistes gardent le moral en observant... la pyramide des âges. Le calcul est simple. Les jeunes Québécois sont majoritairement souverainistes. Et les plus vieux, plus fédéralistes, ne sont pas éternels. Bref, la victoire du Oui leur semble inévitable.

À la veille du référendum, un groupe de professeurs de l'Université de Montréal calcule que le «remplacement des générations» fait gagner 0,24 % par année au Oui. De quoi assurer une majorité souverainiste autour de l'an 2000, même si le Québec accueille chaque année autour de 40 000 immigrants, majoritairement fédéralistes.

Dans les mois qui suivent, les chiffres donnent des ailes aux optimistes. En novembre, un sondage Le Devoir-Sondagem révèle que 67 % des Québécois souhaitent la tenue d'un autre référendum. En mai 1996, la lune de miel avec Lucien Bouchard atteint son apogée. Un sondage SOM-Le Soleil donne 55 % d'appui à la souveraineté.

Avec le recul, les cyniques diront que les souverainistes oubliaient qu'en politique, il n'existe pas de problème que l'absence de solution finisse par résoudre.

6. Mieux vaut aimer la télévision

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La petite vie

Fournie par Radio-Canada

Un peu partout à travers le monde, au milieu des années 90, la télévision est confrontée à un lent déclin. Pas au Québec. Ici, elle règne sans partage. Les Québécois lui consacrent 27 heures par semaine. Pas moins de 86 % des ménages possèdent un magnétoscope, contre 19 % qui disposent d'un ordinateur.

Plusieurs émissions rejoignent encore la moitié de la population. En mars 1995, la série La petite vie attire 4,1 millions de téléspectateurs, soit plus de 55 % des Québécois. Un record jamais égalé.

Après minuit, un étrange phénomène se produit. En l'espace d'un an, plus de deux millions de personnes ont consulté l'astrologue Jojo Savard, qui vend ses élucubrations pour la modique somme de 4,99 $ la minute. Une astrologue résumera le succès des infopublicités dans une entrevue à L'actualité. «À 2h du matin, si vos amours vont mal, vous voulez un soulagement rapide. Qui pouvez-vous appeler d'autre? Votre psychiatre?»

7. Oubliez vos poumons roses

Envie de retrouver l'atmosphère fébrile du Québec de... (Photothèque Le Soleil) - image 13.0

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Photothèque Le Soleil

On fume partout. Au resto, au boulot et parfois même entre deux dodos. Il semble parfaitement normal que les pharmacies vendent des cigarettes. Même les fondations des hôpitaux acceptent de l'argent des compagnies de tabac!

En 1994, pour mettre en échec la contrebande, les gouvernements ont ramené le prix d'un paquet de cigarettes autour de trois dollars. Une baisse de près de 50 %! Deux cigarettes sur trois provenaient alors de la contrebande. 

Au Québec, la bataille du tabac ne fait que commencer. En 1995, elle fait rage jusque dans les locaux du ministère de la Santé, à Québec. Le Ministère a beau être responsable des différentes lois antitabac, il ne se décide pas à intervenir. Les non-fumeurs réclament en vain un petit espace à la cafétéria. Le ministre de la Santé, Jean Rochon, affirme qu'il préfère «la technique des petits pas». Mais ses adversaires disent qu'il privilégie la technique du tire-pois.

8. Technologie : bienvenue dans le parc jurassique

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Céline Dion

Photothèque Le Soleil

En 1995, Céline Dion a vendu 400 000 exemplaires de son album D'eux. Kevin Parent a écoulé 80 000 exemplaires de Pigeon d'argile. Mais, en général, les ventes de disques apparaissent décevantes.

L'industrie accuse la cassette audio, qui permet de copier n'importe quel disque compact. Elle se désole «des habitudes prises par une jeunesse pour laquelle la musique se consommerait désormais gratuitement ou presque».

Difficile à croire, mais l'industrie va bientôt s'ennuyer d'une époque où les «pirates» copient la musique sur de petites cassettes dont le ruban finit toujours par rester coincé dans le magnétophone. 

Signe des temps, l'ancêtre du téléphone intelligent, baptisé Simon, vient de voir le jour. Le mastodonte, qui pèse plus d'une livre, pourrait servir de matraque pour assommer un buffle. Mais le prodige propose un écran tactile. Et il peut recevoir des courriels.

À 900 $, Simon ne constitue pas une aubaine. Mais il a un autre défaut. Il manque cruellement d'autonomie. Après une heure d'utilisation, il doit être remis sur son socle, où il se recharge durant plusieurs heures.

Les ventes sont catastrophiques. Et l'audacieux téléphone finira dans les poubelles de l'histoire, entre la chaussure à ressort et la voiture à pile atomique.

9. N'ajustez pas votre appareil : le palmarès du déjà-vu

Ça se passe en 1995. Mais on pourrait se croire en 2015.

  • À Québec et à Montréal, des statistiques suggèrent que le parc automobile grandit deux fois plus vite que la population.
  • Le gouvernement fédéral annonce des compressions de 350 millions $ à Radio-Canada, soit le tiers du financement public de la société.
  • Une rumeur annonce la fermeture du siège social de l'Université du Québec, à Sainte-Foy.
  • La NASA annonce qu'elle va chercher activement des traces de vie sur Mars.
  • Le Devoir révèle que la Communauté urbaine de Montréal rejette encore dans le fleuve l'équivalent des eaux usées non traitées d'une ville de 500 000 personnes.
Mentionnons aussi qu'au printemps, le gouvernement du Québec autorise le port du voile islamique dans les écoles. Même qu'on entend de plus en plus une expression empruntée au jargon juridique : «l'accommodement raisonnable».

10. La peur du terrorisme? Quel terrorisme?

L'attentat à Oklahoma City a fait 168 morts... (Archives AFP) - image 18.0

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L'attentat à Oklahoma City a fait 168 morts et plus de 500 blessés.

Archives AFP

Malgré de spectaculaires attentats à Paris et à Oklahoma City, le terrorisme n'empêche personne de dormir. 

Dans les aéroports, les passagers des vols intérieurs ne font l'objet d'aucun contrôle de sécurité. À bord des avions, il n'est pas rare que le commandant de bord invite des enfants à visiter la cabine de pilotage, dont la porte reste ouverte, pour faire circuler l'air. À la frontière canado-américaine, les citoyens canadiens peuvent passer sur présentation d'un simple extrait de baptême.

À l'autre bout du monde, en Afghanistan, on observe la montée fulgurante d'un mouvement d'étudiants ultrareligieux : les talibans. Pour l'instant, son nom est parfois confondu avec celui d'un groupe rock. En novembre, un attentat vise des installations militaires américaines en Arabie Saoudite. Les accusés se réclament d'un riche saoudien en fuite. Il s'agit d'un certain Oussama ben Laden.

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