Rohingyas à Québec: faire une différence

Safiul Alam, 33 ans, avec ses filles Sumaya,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Safiul Alam, 33 ans, avec ses filles Sumaya, 6 ans, et Zesmin, 5 ans

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Vingt-cinq familles de réfugiés rohingyas débarqués en 2008 et en 2009 se sont établies à Québec pour y rester. Nous complétons aujourd'hui le portrait de l'intégration de cette minorité musulmane de Birmanie et de la vie au quotidien.

Les ressources d'accueil publiques, bien que généreuses, ne suffisent pas toujours. 

Le succès de l'intégration des réfugiés repose pour beaucoup sur des bénévoles et des oeuvres de charité.

Sur des citoyens prêts à accompagner les nouveaux venus à la clinique, à l'hôpital ou à l'épicerie; faire avec eux les suivis; remplir les formulaires; ouvrir le courrier et classer les papiers; parler au propriétaire du logement; diriger vers la bonne ressource; aider à chercher un emploi, etc. 

Cela signifie répondre à toute heure aux questions parfois les plus élémentaires sur l'organisation du quotidien : comment éteindre la sonnerie d'un détecteur à fumée ou utiliser une laveuse; expliquer ce qu'est une poubelle et les dangers de vermine si on laisse traîner la nourriture, etc. 

Plus l'écart culturel est grand avec la communauté d'origine, plus ce soutien personnalisé sera nécessaire. 

Les ressources publiques n'ont pas toujours ce temps et deviennent vite accaparées par de nouvelles urgences. Cela peut pourtant faire la différence entre ceux qui restent et ceux qui repartent.   

Les réfugiés sont souvent «laissés à eux-mêmes», perçoit Nicole Lessard, qui a «adopté» une douzaine de familles rohingyas. 

Cette retraitée de Sainte-Foy dit aussi avoir constaté que les cours de francisation ne sont pas toujours adaptés aux capacités d'apprentissage. Encore moins s'il s'agit d'analphabètes.

Six ans après l'arrivée des Rohingyas, elle continue de répondre au téléphone et d'aller dépanner, remplir des papiers, etc.  

Elle est convaincue que, sans cette aide, plusieurs seraient peut-être repartis.

Nous étions dans la cour d'un immeuble de logements multiethnique du quartier Saint-

Sauveur en fin d'après-midi pour une photo de famille. 

Safiul Alam posait avec ses deux filles pour le photographe Jean-Marie Villeneuve.

Un gamin s'est approché à vélo. 

- Salut, Jacob, lui a lancé Sumaya, la plus vieille, six ans. 

Je n'aurais pas su dire, juste en le voyant, la nationalité d'origine du gamin. 

Et toi, Jacob, tu viens d'où? lui a demandé Jean-Marie.

Le jeune a eu cette réponse, à la fois terre à terre et tellement significative, comme si le reste n'importait pas. 

- Je viens de l'école.

Deux familles, deux histoires à partager

La famille Alam

Aziz Fatema portait le niqab à son arrivée le 14 octobre 2009. Elle avait 18 ans et un bébé de 3 mois. Sa seconde fille est née au CHUL et vient d'entrer à la maternelle.

Aziz a vite constaté que le niqab attirait l'attention à Québec. On la montrait du doigt dans la rue. Des gens semblaient «fâchés», se souvient-elle. 

Un chauffeur du Réseau de transport de la Capitale a un jour refusé de la laisser monter dans l'autobus parce qu'il ne pouvait l'identifier.

Après discussion avec son mari, Aziz s'est résignée à abandonner le niqab, même si elle aurait préféré continuer à le porter. «On veut s'adapter à la culture d'ici», explique Mohammed Safiul Alam.

Safiul, 33 ans, a eu des problèmes de santé, mais «tient à travailler» dès qu'il le pourra. 

Aziz fait un peu de couture et aimerait travailler en garderie après ses cours de francisation. 

En attendant, la famille vit de l'aide sociale. Elle habite un demi-sous-sol dans Saint-Sauveur. Sa Toyota 2007 est garée derrière. «Je n'aurais jamais pensé vivre dans une si belle maison», confie Safiul.  

Aziz a répondu aux questions avec le sourire, mais n'a pas voulu se laisser prendre en photo. Un autre jour peut-être, m'a-t-elle dit, en montrant ses vêtements, comme si elle craignait de ne pas être assez élégante ce jour-là. 

Demain alors? Non, pas demain, a-t-elle fait signe. 

Après-demain peut-être?

Non plus. 

J'ai vu qu'il était inutile d'insister davantage.

 

De gauche à droite, Noor, 16 ans; Robi,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 3.0

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De gauche à droite, Noor, 16 ans; Robi, 12 ans; Saidul Amin, 41 ans; Ullah, 5 ans, Ronjida, 8 ans, Arala Begum, 39 ans, Aisha, 3 ans, Saiful, 14 ans; et Huzbot, 4 ans.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

La famille Amin

On connaît l'histoire de réfugiés ou des immigrants qui repartent faute de s'être intégrés ou pour rejoindre ailleurs une communauté plus nombreuse.

On raconte moins souvent l'histoire de ceux qui reviennent. 

La famille Amin comptait quatre enfants à son arrivée. Trois autres sont nés depuis.

Le père Saidul Amin, 41 ans, est aveugle de naissance, ce qui ajoute au défi de l'adaptation.

Après un temps, la famille est partie pour Vancouver (Surrey), où elle a cru que la vie et l'obtention d'un visa de voyage pour l'Inde seraient plus faciles.

J'ai compris qu'elle était attirée aussi par une éducation en anglais et l'accès à des écoles coraniques.

Le désenchantement n'a pas tardé. Un logement plus cher et des compatriotes plus éparpillés dans la ville. Et surtout, «il n'y avait pas les mêmes services d'aide qu'à Québec», a constaté Saidul. 

Après six mois, les Amin sont rentrés à Québec. Elle vit depuis deux mois dans un grand cinq chambres au HLM de la rue du Roi. 

Quand je suis passé à l'improviste en fin d'après-midi, Noor, la plus vieille (16 ans), était à la cuisine. Au menu, koora (cari), patates, poisson et mouton bhuna préparés avec de l'oignon, de l'ail, de l'huile, des piments et des épices. 

Quand j'y suis retourné le surlendemain pour une photo, il y avait du poulet au menu. 

Les petits garçons avaient mis leurs plus beaux habits avec cravate; les filles des robes colorées. 

Avant d'accepter de poser, Noor avait des questions. C'est pourquoi, ce reportage? Où allait-il être publié? Etc. J'ai aimé cette curiosité de l'adolescente avant de prendre sa décision. 

Elle s'est ensuite retirée pour aller mettre son voile, conformément à la volonté parentale lorsqu'elle sort de la maison. J'ai vu qu'elle avait pris le temps de mettre du rouge à lèvres. 

Elle aimerait devenir infirmière, mais cherche pour l'instant un emploi à temps partiel, peut-être caissière dans un magasin du quartier. 

Son frère Saiful, 14 ans, pense au génie informatique. «Les enfants, il n'y a pas de problème pour eux», prédit Saidul Amin.

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