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Le niqab dérange la communauté musulmane de Québec

Selon l'imam Mohamed Hafid, les politiciens canadiens devraient... (Photothèque Le Soleil)

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Selon l'imam Mohamed Hafid, les politiciens canadiens devraient laisser tomber le niqab pour se concentrer sur les «vrais sujets», comme l'économie, la création d'emplois et la protection de l'environnement.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) Devenu un sujet majeur de la campagne électorale fédérale, le niqab indispose grandement la communauté musulmane de Québec. «Un faux problème», clame un imam de la mosquée de la Capitale qui, à l'image des gens de son entourage, se sent «mal à l'aise» devant ce vêtement féminin par qui la polémique arrive.

«Je comprends le malaise des gens. Moi aussi, je l'éprouve, tout comme la majorité des musulmans. Mais puisque nous vivons dans un état de droit, c'est aux tribunaux de se prononcer. Il y a des lois qu'on doit respecter», lance Mohamed Hafid, qui avoue avoir croisé une seule fois à Québec, il y a 10 ans, une femme vêtue d'un niqab.

Si sa position rejoint celle des libéraux et des néo-démocrates, au sujet du port de ce vêtement controversé, lors des cérémonies d'assermentation, M. Hafid refuse de divulguer sa couleur politique. Aucun mot d'ordre n'a été donné dans la communauté musulmane pour favoriser un candidat plutôt qu'un autre. «On n'a pas de parti pris pour aucun parti. Le message qu'on passe, c'est de voter pour le meilleur, pour quelqu'un qui va apporter des solutions réelles à des problèmes réels. C'est le critère numéro un.»

C'est à la demande du Soleil que M. Hafid, chargé de l'administration à la mosquée de la rue Marie-de-l'Incarnation, a accepté de livrer le sentiment qui règne dans sa communauté, à moins de deux semaines du scrutin. Hors de question pour lui de se mettre à l'avant-scène et de se faire photographier. «Je ne parle pas en mon nom personnel, mais au nom de ma communauté.»

Avouant s'intéresser à la campagne électorale «un petit peu, comme tous les citoyens», M. Hafid est déçu de voir la question du niqab prendre la place de sujets beaucoup plus importants. «C'est un faux débat. Le niqab, ça ne règle pas les problèmes environnementaux. Le niqab, ça n'évite pas une récession. On attend des politiciens qu'ils parlent d'enjeux réels, comme l'économie, la création d'emplois, la protection de l'environnement. Voilà les vrais sujets dont il faut débattre.»

L'imam déplore de voir la société montrer du doigt les musulmans chaque fois que survient un acte terroriste. «On en a ras le bol. À chaque fois, il y a des gens qui essaient de faire des amalgames et de nuire à notre communauté. Nous, on n'a rien à voir avec Daech [l'acronyme arabe de l'État islamique] et les groupes chiites d'Iran et d'Irak qui essaient d'instrumentaliser la religion musulmane à leurs fins. Pourquoi nous, on serait mêlés à ça? N'oublions pas que 80 % de leurs victimes sont des musulmans. On oublie aussi de dire que ces groupes ont été condamnés par les plus hautes autorités musulmanes dans le monde. Ils vont à l'encontre des valeurs de base de l'islam, qui sont de protéger la liberté et la dignité humaine.»

Tous ces jeunes qui partent faire le djihad au Moyen-Orient l'interpellent de la même façon. «Encore là, ça n'a rien à voir avec la religion. La religion, c'est seulement un prétexte. Ce sont le plus souvent des jeunes qui sont exclus de la société, qui n'ont pas d'avenir ni d'espoir. On leur fait miroiter un travail, un salaire, une famille. Ils vont adhérer à ça, de la même façon qu'il y a des jeunes qui adhèrent à la mafia.»

Perte pour la société

Mohamed Hafid, originaire du Maroc, déplore le sort réservé à ses compatriotes, débarqués au Québec dans le but de refaire leur vie et qui ne peuvent travailler malgré leurs compétences scolaires. Le chômage toucherait un musulman sur quatre au Canada, avance-t-il.

«Ce sont souvent des diplômés qui parlent couramment deux ou trois langues. Je n'ai pas de statistiques pour Québec, mais ce que je vois dans mon entourage, c'est un véritable gâchis. Ce sont très souvent eux qu'on retrouve au volant des taxis, avec tout le respect que j'ai pour le métier. Mais pourquoi ne pas investir dans ces gens-là? Parce qu'ils s'appellent Mohamed? C'est malheureux. C'est une perte pour la société. Il faut travailler à faire évoluer les mentalités.»

L'hiver dernier, la mosquée de la Capitale avait été l'objet de vandalisme, alors que deux fenêtres avaient été fracassées. L'installation de caméras de surveillance a permis d'éviter la répétition de ces actes. Mohamed Hafid s'en réjouit, invitant au passage les citoyens à venir à la prière du vendredi afin d'apprendre à connaître les gens de sa communauté.

«Nos portes sont toujours ouvertes, tout le monde est bienvenu. J'invite toutes les mosquées à faire plus d'efforts pour aller vers l'autre, à casser les stéréotypes et les images négatives véhiculées en général par les médias. Quand on ne connaît pas l'autre, on a toujours tendance à avoir peur. C'est la peur de l'inconnu.»

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