Le règne de la violence dans les réseaux sociaux

«Grosse conne», «Va te tuer»... Sur les réseaux sociaux, les jeunes sont... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) «Grosse conne», «Va te tuer»... Sur les réseaux sociaux, les jeunes sont parfois terriblement méchants, violents et vindicatifs envers leurs camarades.

«C'est impressionnant tout ce qui se dit. Ce sont des insultes, des menaces, qu'ils se font entre eux», relate au Soleil la psychoéducatrice de l'école secondaire de la Cité, Valérie Brisson.

Pourtant, ces commentaires disgracieux, ils n'oseraient pas les balancer face à face avec la victime. «C'est bien plus facile pour eux de dire : "Va chier, grosse conne" devant un écran. [...] Il y a moins de filtres. Ils ont l'impression qu'ils peuvent s'en permettre un peu plus.»

Étonnamment, peu dénonceraient ces propos nettement déraisonnables. «Non, ce n'est pas normal de se faire traiter de "grosse conne" sur Facebook», doit-elle leur expliquer. «C'est comme si, pour eux, ça devient normal de se faire traiter comme ça.»

Exemple frappant

Un exemple frappant : Mme Brisson parle de cet adolescent qui a publié une photo de mutilation sur sa page d'un réseau social. Et des «amis» de l'insulter vertement jusqu'à lui envoyer un «Va te tuer»... L'adolescent n'a pas dénoncé. C'est plutôt sa copine qui a senti le besoin d'en parler.

Au secondaire, ils ont presque tous des comptes sur les réseaux sociaux, note Valérie Brisson. Ils y discutent, draguent, s'insultent, loin du regard des parents. 

Des attaques inacceptables publiées dans le cyberespace, «c'est toutes les semaines qu'on en gère», évalue-t-elle. «Il y a un gros travail à faire sur les habiletés sociales.»

À la Cité, on s'attelle donc à éduquer les ados en cette matière. «On est une école proactive!» Au menu, les habiletés sociales, le civisme, la gestion de conflits, la gestion des émotions, des groupes d'entraide pour apprendre à répondre à l'intimidation... Comprendre aussi comment interagir dans le Web : «Es-tu conscient que 500 personnes vont voir ça?»

De l'école à la maison

Aussi, une loi adoptée en 2012 pour combattre l'intimidation et la violence dans les établissements scolaires octroie des pouvoirs accrus aux écoles, fait remarquer Mme Brisson. Elles peuvent intervenir même quand les menaces et autres attaques sont faites hors des murs, même le soir ou la fin de semaine.

Un phénomène sous-évalué

Le Centre cyber-aide de Québec pense que le phénomène de la cyberintimidation entre jeunes est sous-évalué parce que la plupart des cas sont traités dans les murs des écoles, sans publicité.

«Nous qui visitons plus d'une cinquantaine d'écoles par année depuis cinq ans, qui discutons avec le personnel scolaire, nous constatons que les cas de cyberintimidation se gèrent souvent à l'interne et que peu ou pas d'accusations sont portées par la suite», observe la directrice générale, Cathy Tétrault. «Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de mal. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'existent pas non plus.»

Mme Tétrault a sursauté en lisant Le Soleil jeudi. On y apprenait qu'un groupe d'experts mandatés par l'Assemblée nationale conclut que le phénomène de l'intimidation dans le cyberespace «est parfois surévalué par les médias et la population». Autour de 7 %, 8 % des jeunes en seraient victimes au secondaire. Les auteurs ajoutaient : «Il est impossible de conclure à une tendance à la hausse des comportements problématiques chez les jeunes.»

Grande portée

Cathy Tétrault redoute ces affirmations. Redoute surtout qu'elles servent de justification à l'inaction. «Je trouvais que le rapport ne représentait pas vraiment ce qui se passe dans les écoles.»

«Loin de nous l'idée de surévaluer le problème, nous croyons plus juste d'insister néanmoins sur l'importance et l'ampleur du phénomène. Nous le savons de la part des directions d'école, nous constatons que la cyberintimidation est préoccupante, très présente.»

Aussi, l'intimidation sur Internet a une portée plus grande que l'insulte projetée dans la cour d'école. L'audience est décuplée, observe-t-elle. «[Les jeunes] sont tellement souvent sur les technologies qu'ils banalisent un peu les répercussions. [...] Ils n'ont pas de mode d'emploi.»

Puis Mme Tétrault nous a parlé de ces jeunes qui ont filmé une violente bataille entre filles plutôt que de l'arrêter; ils ont ensuite téléversé la vidéo sur le Web. Ou de ces garçons qui sollicitent des photos intimes pour les partager avec leurs amis. Ou de ces ados qui intimident... les professeurs sur la Toile. «Les jeunes ont besoin d'être vraiment encadrés.»

«Grosse conne», «Va te tuer»... Sur les réseaux... (Image tirée de YouTube) - image 3.0

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Caillou se joint à la lutte contre l'intimidation

La Fondation Jasmin Roy peut compter sur un partenaire pour le moins original durant la Semaine contre l'intimidation et la violence à l'école qui s'amorce aujourd'hui. Il s'agit du célèbre personnage de Caillou qui lui offre un coup de pouce pour récolter des fonds. Dans un nouveau livre, ce chouchou des tout-petits est victime d'intimidation. Chaque fois qu'un exemplaire de cet ouvrage intitulé Caillou a peur de Théo sera vendu entre le 28 septembre et le 4 octobre, un dollar sera versé à la Fondation. Le président de l'organisation, Jasmin Roy, salue cette initiative des Éditions Chouette, car il pense que cette histoire peut constituer un bon outil de sensibilisation auprès des enfants. Il soutient que, «parfois, les agissements des agresseurs apparaissent très tôt». Pour tuer le problème dans l'oeuf, il faut donc, selon M. Roy, «montrer les bons comportements» aux tout-petits dès leur plus jeune âge. La Presse Canadienne

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