Relations sexuelles chez les ados: la culture du «double standard»

Une étude récente affirme qu'à la suite de... (Shutterstock, Kzenon)

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Une étude récente affirme qu'à la suite de leur première relation sexuelle, les adolescentes perdent des amis et sont fortement jugées, alors qu'au contraire, la perception est fort différente chez les garçons qui, eux, sont plutôt «glorifiés».

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(Québec) On ne «couche» pas impunément quand on est une adolescente. Une étude américaine vient de trouver que les jeunes filles perdent des amies ou amis après avoir eu une première relation sexuelle. Et pas qu'un peu : près de la moitié de leurs réseaux d'amitié y passe, en moyenne. Mais étonnamment, les garçons n'ont pas à payer ce tribut. Au contraire, ils semblent «glorifiés» par leur sexualité hâtive et voient leurs réseaux s'étendre - signe que la société, même dans le microcosme des ados, juge encore et toujours la sexualité sur un système de deux poids, deux mesures, selon les auteurs de l'article, présenté lors du dernier congrès de l'Association américaine de sociologie.

Culturellement, explique Derek Kreager, sociologue de l'Université de Pennsylvanie et premier signataire de l'étude, «on s'attend des hommes et des garçons à ce qu'ils montrent une motivation sexuelle forte, à ce qu'ils prennent l'initiative des contacts hétérosexuels, à ce qu'ils multiplient les partenaires et à ce qu'ils recherchent le sexe plutôt que la romance. Par contraste, on s'attend à ce que les femmes et les filles préfèrent la romance au sexe, qu'elles désirent des relations monogames et qu'elles agissent en "gardiennes" pour maintenir les pulsions des hommes dans les limites d'une relation sérieuse.»

Ce «double standard» est bien connu chez les adultes, mais il n'avait jamais été documenté chez les ados, ce que M. Kreiger et ses collègues ont fait en utilisant les données d'une étude longitudinale qui a suivi plus de 900 ados fréquentant les mêmes écoles de Pennsylvanie et de l'Iowa, de l'âge de 11 ans jusqu'à 16 ans. Une fois l'an, ces jeunes ont déclaré s'ils avaient eu une relation sexuelle ou embrassé un partenaire romantique au cours des 12 derniers mois. Et ils ont dressé une liste de leurs amis les plus proches, ce qui a permis aux chercheurs de compter le nombre de fois où chaque nom apparaissait sur ces listes - une bonne mesure du réseau social.

Résultats : en comparant cet indicateur avant et après la première relation sexuelle, l'équipe de M. Kreiger a constaté que le réseau d'amis des jeunes filles diminuait en moyenne de pas moins de 45 %. Cette sorte de «rejet» s'observait d'ailleurs chez les amis des deux sexes.

À l'inverse, les garçons étaient cités comme «bons amis» par 88 % plus de participants après avoir perdu leur pucelage. Les auteurs de l'étude y voient bien sûr l'effet du deux poids, deux mesures avec lesquels on juge une sexualité active - marqueur de virilité pour les hommes, mais comportement avilissant pour la femme.

Fait intéressant, l'équipe de sociologues a également regardé si les ados qui se «contentent» d'embrasser leur partenaire gagnaient ou perdaient des amis. Et l'effet est, ici, complètement inversé : les jeunes filles ont un réseau social plus grand si elles ne font qu'embrasser, alors que les garçons semblent perdre des amis s'ils ne vont pas plus loin. L'effet n'est pas aussi prononcé pour une relation sexuelle complète (+ 25 % et - 29 %), mais la différence est significative.

Selon l'interprétation de M. Kreiger, cela s'explique par le fait qu'en ne faisant qu'embrasser, les jeunes filles «prouvent» qu'elles sont capables de jouer le rôle de «gardienne de la vertu» que la société attend d'elles, alors que pour un garçon, se montrer capable de «se retenir» cadre mal avec le stéréotype libidineux que l'on a de la masculinité.

Et cela démontre que les normes sociales entourant la sexualité sont déséquilibrées dès le début de l'adolescence.

Résultats prévisibles

Pour la sociologue de l'Université Laval Madeleine Pastinelli, qui n'a pas participé à l'étude, ces résultats étaient prévisibles. Car s'il règne une grande unanimité d'opinion sur l'idéal de l'égalité des sexes, dit-elle, il est encore loin d'être atteint, et pas seulement en matière de sexualité.

«De manière générale, on est dans une impression d'égalité hommes-femmes et d'interchangeabilité des rôles, parce que ce sont des valeurs, des modèles qui occupent une place importante dans les discours des institutions, explique-t-elle. On n'accepterait plus, par exemple, d'avoir dans les écoles des manuels avec une maman qui fait des bonnes tartes. Mais ça n'empêche pas qu'on est encore loin de vivre dans une culture où on aurait fait disparaître les différences de genre et les inégalités des rapports de genre.»

La sexualité en est un exemple, poursuit-elle, mais la même situation a cours pour le partage des tâches domestiques : tout le monde est d'accord avec l'idée que les deux sexes devraient y participer également, mais toutes les études démontrent que les femmes en font toujours plus, en moyenne, que les hommes - même chez les jeunes couples.

«Il y a quelque chose de contradictoire dans la culture, fait remarquer Mme Pastinelli. On peut, par exemple, avoir des programmes d'enseignement en éthique où on va dire que les garçons et les filles, ça devrait être pareil [...] et que le sexe est acceptable pourvu qu'on se protège, qu'on communique, qu'on respecte ses limites, etc. Et bien évidemment, on n'aura pas de programme de formation à l'école qui va dire que les filles ne devraient pas que les garçons peuvent. Mais en même temps, on va [...] faire des séances sur l'hypersexualisation des filles avec l'idée qu'il faut contrôler, que si elles se mettent en valeur corporellement ça pose un problème parce que la sexualité des filles, ça dérange. Il n'y a pas de cohérence dans les cultures. Il y a quelque chose de profondément contradictoire.

«Ce que ça démontre, c'est que la culture, au fond, c'est peut-être plus fort que nous», dit Mme Pastinelli, c'est-à-dire difficile à changer, même si tout le monde le désire.

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