Bataille d'Angleterre: les «few» du Québec

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Des aviateurs se précipitant vers leurs Hawker Hurricane, utilisés pour combattre les forces allemandes, en 1941.

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(Québec) Le premier as aviateur québécois s'est révélé durant la bataille d'Angleterre, il y a 75 ans.

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Trois pilotes de retour d'une mission à un aérodrome en Angleterre.

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Le lieutenant d'aviation Jean-Paul Joseph Desloges, en janvier 1941

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Joseph Émile Paul Larichelière, né à Montréal en 1912, a réussi à abattre six avions ennemis : deux Messerschmitt Bf 110 et un Messerschmitt Bf 109 le 13 août 1940, ainsi que deux autres Bf 110 et un Junkers Ju 87 - le fameux bombardier en piqué Stuka - deux jours plus tard.

Malheureusement pour lui, Larichelière, âgé de 27 ans, fut porté disparu le 16 août alors qu'il effectuait une mission à bord de son avion Hurricane, au large de l'île de Portland, dans la région du Dorset. Le pilote, membre du 213e Escadron de la Royal Air Force (RAF), a reçu son titre d'as - remis aux pilotes ayant abattu cinq avions ennemis et plus - et la Distinguished Flying Cross (DFC) à titre posthume. 

Il faisait partie des quelques pilotes des pays membres du Commonwealth (et d'autres pays) qui ont combattu durant la bataille d'Angleterre. Outre ceux provenant du Royaume-Uni et du Canada, la RAF avait dans ses rangs des pilotes provenant de la Pologne, de la Nouvelle-Zélande, de la Tchécoslovaquie, de la Belgique, de l'Australie, de l'Afrique du Sud, de la France, de l'Irlande, des États-Unis, des Rhodésie du Nord et du Sud, de la Jamaïque, des Barbades et de Terre-Neuve, qui n'était pas à ce moment une province canadienne.

Sur les 2353 aviateurs britanniques - que Winston Churchill appelait «le petit nombre»

(the few - lire autre texte) - et les 574 provenant d'outre-mer, le Canada en comptait plus d'une centaine au sein de la RAF. Les sources diffèrent, faisant état de 88, 103 ou 112 aviateurs canadiens. Parmi ceux-ci, seulement quatre étaient des Canadiens français.

Outre M. Larichelière, Joseph Armand Jacques Chevrier, né à Saint-Lambert, Jean Paul Joseph Desloges, né à Hull (Gatineau), et Jean-Charles Carrière, de Québec, ont combattu durant l'été 1940 avec la RAF. 

Durant la bataille d'Angleterre, M. Chevrier a été décoré de la DFC. Il a ensuite été rapatrié au Canada le 9 janvier 1941. Puis, il a occupé le poste d'aide de camp du gouverneur général jusqu'en mars 1942. 

Le tableau de chasse de M. Chevrier est tout de même digne de mention : il avait abattu six avions avant son retour au Canada.

Il a trouvé la mort le 6 juillet 1942, alors qu'il participait à la bataille du golfe du Saint-Laurent, dans une mission dans un avion Curtiss Kittyhawk dont il n'est jamais revenu.

Quant à M. Desloges, membre du 1er Escadron (ARC) de la RAF - devenu plus tard l'Escadron 401 de l'Aviation royale canadienne -, son avion a été touché le 31 août 1940. Il a pu s'éjecter de son Hurricane, mais il avait subi de graves brûlures. 

Après être revenu au Canada pour se remettre de ses blessures, l'aviateur a péri dans un accident d'avion au Maroc du Nord le 8 mai 1944. Il participait à une délégation canadienne qui travaillait avec les Français dans le nord de l'Afrique.

Parmi ces quatre francophones, seul M. Carrière a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Les informations à son sujet démontrent qu'il a été membre du 219e Escadron de la RAF durant la bataille d'Angleterre, mais on ne dénombre aucun avion ennemi à son tableau de chasse.

Dans le site de l'Association de l'Aviation royale du Canada, un des officiers supérieurs de Carrière, le commandant d'aviation LeMeusier, a écrit, en 1942 : «Cet officier a un esprit investigateur et a fait une contribution très appréciée au sein de son unité [sans que la nature en soit connue, toutefois].»

Il est rapatrié au Canada, le 13 juillet 1945, puis démobilisé le 28 novembre suivant. 

Pourquoi si peu?

Pourquoi si peu d'aviateurs Canadiens-français ont-ils participé à la bataille d'Angleterre? «Finalement, je ne peux vous dire la raison précise pour laquelle il y avait peu de Canadiens français lors de la bataille d'Angleterre. Toutefois, il faut se rappeler que ladite bataille a lieu au début de la guerre et le nombre de francophones dans l'aviation au Canada n'était pas élevé», explique Yves Dupéré, coordonnateur des programmes éducatifs au musée de la Défense aérienne de Bagotville.

«Dans les années subséquentes, leur nombre a augmenté considérablement, surtout lorsque le 425e Escadron Alouette a vu le jour en 1942», ajoute-t-il. Il faut rappeler également que le Plan d'entraînement aérien du Commonwealth britannique, initié par le premier ministre canadien Mackenzie King en 1941, a contribué à recruter plus de Canadiens au sein des forces aériennes alliées. L'ancien maire de Québec et ex-ministre de la Défense nationale, Gilles Lamontagne, fait partie de cette vague post-bataille d'Angleterre.

Un Hawker Hurricane... (Forces armées canadiennes, Cory Hunter) - image 2.0

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Un Hawker Hurricane

Forces armées canadiennes, Cory Hunter

Une bataille principalement aérienne

À l'été et à l'automne de 1940, la Grande-Bretagne allait vivre une bataille qu'elle ne pouvait pas se permettre de perdre.

Un mois plus tôt, le 16 juillet, Adolf Hitler établissait ce qui portait le nom de «directive no 16», qui allait jeter les bases de l'opération Lion de mer (ou Seelöwe, en allemand).

«Étant donné que l'Angleterre ne montre aucune volonté de conclure une entente malgré sa situation militaire désespérée, j'ai décidé de préparer et, au besoin, de lancer une manoeuvre de débarquement contre l'Angleterre. Cette opération visera à éliminer la capacité du territoire anglais à servir de base pour la poursuite de la guerre contre l'Allemagne et, au besoin, à l'occuper entièrement», peut-on lire dans la page Web sur la bataille d'Angleterre du site de l'Aviation royale du Canada.

Le führer réagissait à l'absence de réaction de la Grande-Bretagne à la suite de la capitulation de la France quelques semaines plus tôt. Il croyait que la directive no 16 effraierait les Anglais et qu'ils demanderaient de faire la paix. Ce à quoi s'opposait farouchement le nouveau premier ministre britannique Winston Churchill, élu plus tôt le 10 mai.

Supérieurs en nombre d'avions en service, les nazis ont lancé les premières hostilités le 13 août. Cette bataille s'est étirée pendant un peu plus d'un mois, résultant dans le bombardement par les nazis de différentes villes anglaises, dont la capitale, Londres.

Le 20 août, Winston Churchill a prononcé ces paroles qui ont marqué l'histoire : «Il n'est pas de foyer dans notre île, ni dans notre empire, ni même dans le monde entier - si ce n'est chez les coupables - qui ne soit plein de reconnaissance envers ces vaillants aviateurs britanniques qui, sans se laisser intimider par le nombre, relevant sans cesse le défi et affrontant sans cesse la mort, font basculer le sort du monde par leur dévouement. Jamais dans l'histoire des guerres un si grand nombre d'hommes a dû autant à un si petit nombre. Toutes nos pensées sont tournées vers les pilotes de chasse, dont nous voyons les actes héroïques jour après jour.»

De là, le «si petit nombre» ou «the few», comme les Britanniques surnomment les aviateurs ayant participé à ce moment décisif de la Seconde Guerre mondiale.

En plus des 3242 aviateurs morts dans les deux camps (544 chez les alliés et 2698 chez les Allemands et les Italiens), la bataille d'Angleterre aura touché autour de 90 000 ci­vils, dont 40 000 sont décédés.

La Monnaie royale canadienne alancé une pièce en... (Photo fournie par la Monnaieroyale canadienne) - image 3.0

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La Monnaie royale canadienne alancé une pièce en argent de 20 $, commémorant la bataille d'Angleterre.

Photo fournie par la Monnaieroyale canadienne

La mémoire

Cette année, la commémoration de la bataille d'Angleterre revêt un caractère particulier, en raison de son 75e anniversaire.

D'abord, les Forces armées canadiennes ont donné une couleur spéciale au CF-18 de démonstration de 2015, qui fait une tournée des spectacles aériens au Canada et aux États-Unis. Ce dernier arbore unepeinture spéciale, rappelant celle des Hawker Hurricane Mk. II ayant servi durant la bataille d'Angleterre. Son pilote attitré, le capitaine Denis «Cheech» Beaulieu «aurait cependant bien aimé piloter le Spitfire» s'il avait participé à cettebataille.

La monnaie royale a lancé une pièce en argent de 20 $, commémorant la bataille d'Angleterre. Du côté face, on aperçoit le roi George VI, père de la reine Élisabeth II. L'Association de l'Aviation royale du Canada offre aussi un médaillon commémoratif spécialement conçu pour l'occasion.

Finalement, des cérémonies de commémoration auront lieu aux alentours du 15 septembre - le jour officiel de la bataille d'Angleterre -, dont une importante cérémonie, qui aura lieu à la base de Bagotville, au Saguenay, le 20 septembre.

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