L'héritage religieux, au-delà des bâtiments

En 1893, 46 soeurs prennent en charge «l'Asile... (Archives des Soeurs de la Charité de Québec. L028-R03-02-14/17/04)

Agrandir

En 1893, 46 soeurs prennent en charge «l'Asile des aliénés», soit l'hôpital Saint-Michel-Archange, aujourd'hui l'Institut universitaire en santé mentale de Québec. Ci-dessus, une photo non datée d'un cours de neuropsychiatrie.

Archives des Soeurs de la Charité de Québec. L028-R03-02-14/17/04

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) On parle beaucoup des communautés religieuses de Québec pour leur patrimoine bâti. Ces immeubles et terrains de plus en plus convoités. Mais l'héritage des communautés n'est pas que pierres et briques. Elles ont aussi laissé un important «patrimoine social» dans les domaines de la santé, de l'éducation et des services sociaux. Une empreinte sur laquelle s'est penché le chercheur Étienne Berthold.

Les communautés de frères éducateurs sont arrivées dans... (Photo Neuville Banzin, BAnQ, E6.S7.SS1,P74970) - image 1.0

Agrandir

Les communautés de frères éducateurs sont arrivées dans la région de Québec au milieu du XIXe siècle. Ici, le frère Georgius des Frères du Sacré-Coeur devant ses élèves à l'école Saint-Charles-de-Limoilou vers 1950.

Photo Neuville Banzin, BAnQ, E6.S7.SS1,P74970

«Les travailleuses sociales d'hier, c'était des religieuses. Les infirmières aussi. Tout ça change, mais le noeud de l'héritage des communautés se retrouve dans des choses comme ça», explique ce professeur au Département de géographie de l'Université Laval, spécialiste du patrimoine culturel. 

Aussi chercheur invité à l'Institut national de recherche scientifique, M. Berthold vient de signer le livre Une société en héritage, l'oeuvre des communautés religieuses pionnières à Québec. Paru début juin, le bouquin de 120 pages abondamment illustré par de fascinantes images d'archives retrace la présence des congrégations dans la capitale. Des Augustines aux Frères du Sacré-Coeur, des Soeurs du Bon-Pasteur aux Soeurs de la Charité, elles ont toutes jeté les bases d'institutions de santé, d'éducation, d'aide aux démunis. L'objectif du chercheur était de voir ce qu'il en reste aujourd'hui, un demi-siècle après le grand vent qui a soufflé sur le Québec de la Révolution tranquille. 

«L'originalité du livre est de plonger le questionnement dans le présent. Se demander qu'est-ce qui reste et pas seulement de relater l'histoire. Donc, on s'intéresse beaucoup à nous, la société laïque, à travers ça», poursuit M. Berthold avec qui Le Soleil s'est entretenu en marge du lancement du livre publié avec l'aide financière de la Ville de Québec et du ministère de la Culture en vertu de l'Entente de développement culturel.

Vers les cégeps

Et que reste-t-il des communautés religieuses dans notre société moderne? «Il reste beaucoup de choses sous diverses formes», note M. Berthold, qui souligne notamment l'apport sur la création du système d'éducation comme on le connaît aujourd'hui. «Il reste la philosophie de l'éducation qui vient du rapport Parent, une pédagogie active centrée sur la personne», explique-t-il en allusion à la commission d'enquête de 1961 dirigée par Mgr Alphonse-Marie Parent. Paru en 1963, ce rapport propose la mise sur pied du système primaire, secondaire, de formation technique, de formations préuniversitaire et universitaire. Un parcours en suite logique avec ce que prônaient les frères. «Non seulement les frères ont-ils ardemment milité pour l'accès aux études supérieures, mais ils ont contribué à la reconnaissance de la formation technique», peut-on lire. «Rien de surprenant, donc, à ce qu'un établissement comme l'Académie de Québec ait été choisi par les autorités du ministère de l'Éducation pour expérimenter le programme collégial dans certaines de ses classes en 1965 et 1967 et que le cégep de Sainte-Foy soit devenu, en septembre 1967, l'un des douze premiers collèges à ouvrir ses portes.»

L'ouvrage Une société en héritage relate aussi les débuts de la science psychiatrique avec l'hôpital Saint-Michel-Archange, pris en charge par les Soeurs de la Charité de Québec dès 1893. L'établissement est devenu par la suite le Centre hospitalier Robert-Giffard, puis l'Institut universitaire en santé mentale de Québec. Dès l'origine, dans ce qu'on appelait alors «l'asile», la charité doit s'allier aux percées de la science. La science psychiatrique, peut-on lire, vise la réinsertion des patients et «doit reposer sur la dignité humaine». «Une telle approche n'est-elle pas un héritage tangible et toujours opérant dans notre société?» demande l'auteur. 

Et après?

Éducation, service social, santé, accueil des orphelins et des plus démunis : autant de secteurs d'activités qui se poursuivent dans les institutions d'aujourd'hui. Mais beaucoup reste à explorer sur la façon dont la société laïque a «pris le relais», conclut Étienne Berthold, qui invite les chercheurs à en continuer l'exploration de ce «patrimoine social». «Ainsi, ils pourront rendre compte de la richesse et en même temps de la complexité de l'héritage des communautés religieuses et de son actualité pour le Québec d'aujourd'hui.»

Augustines : du lavage des pieds à une auberge moderne

La conversion du monastère des Augustines de L'Hôtel-Dieu de Québec en centre d'hébergement touristique de santé qui ouvrira ses portes le 1er août est aux yeux du chercheur Étienne Berthold un bel exemple d'institution qui, tout en se modernisant, conserve l'esprit de ses fondatrices du XVIIe siècle. «Un centre de ressourcement, un centre de santé, c'est exactement ce que faisaient les religieuses», dit-il. «Ce projet-là est d'autant plus pertinent que c'est ça, le vrai patrimoine de cette communauté», dit M. Berthold en entrevue. On apprend en effet à la lecture d'Une société en héritage que bien plus que soigner le corps, les religieuses de L'Hôtel-Dieu prenaient aussi soin des âmes. «On l'observe notamment par le lavage des pieds des malades, un cérémonial auquel sont fortement attachées les soignantes et qui se révèle plus symbolique qu'utile sur le plan hygiénique ou scientifique», peut-on lire. L'auteur note aussi le soin porté à l'aménagement des lieux, épuré et abondamment éclairé traduisant, là encore «la distinction que font les religieuses entre le soin du corps et celui des âmes, de l'importance qu'elles accordent à ces dernières.»

Les Soeurs de la Charité : place aux philanthropes

Le privé à la sauvegarde de la mission sociale des communautés religieuses? Toutes les communautés ne bénéficient pas d'un grand mécène comme les Soeurs de la Charité. Mais dans leur cas, la poursuite de leur mission par la Fondation Jules-Dallaire qui a acheté en 2014 la Maison Mère-Mallet en promettant de continuer leur oeuvre d'accueil, de soupe populaire et de comptoir vestimentaire est notable. En 2013, la Fondation a acheté pour 8 millions $ la Maison Mère-Mallet au coeur du Vieux-Québec et le 22 juin, Groupe Dallaire inaugurait aussi une oeuvre d'art en hommage à la fondatrice des Soeurs de la Charité. L'entreprise a investi 300 000 $ dans ce bronze du sculpteur Jules Lasalle installé au sommet de la côte d'Abraham. L'oeuvre d'art public représente mère Marcelle Mallet entourée de deux enfants et d'une personne âgée.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer