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Mégacentre en archéologie à Québec: garder des artéfacts... mais pas tous

Selon le professeur titulaire et responsable du Laboratoire... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Selon le professeur titulaire et responsable du Laboratoire d'archéologie historique de l'Université Laval, Réginald Auger, Parcs Canada se plierait au «culte du bel objet» en sélectionnant certains artéfacts, comme une belle bouteille, plutôt que des fragments qui pourraient avoir plus de valeur.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Le projet de mégacentre en archéologie où les collections d'artéfacts de la Ville de Québec et de Parcs Canada seraient regroupées se bute à un obstacle majeur puisque la participation du gouvernement fédéral se limiterait à une sélection de pièces choisies parmi les millions d'objets découverts dans le sous-sol de la capitale nationale. La balance prendrait la direction d'un entrepôt de Gatineau.

Depuis plusieurs années, des voix s'élèvent pour demander à Ottawa de conserver à Québec les vestiges archéologiques de Samuel de Champlain ou du comte de Frontenac. Dans un souci d'économie, le gouvernement de Stephen Harper a annoncé en 2012 qu'il rapatriait les précieux objets en Ontario. Devant le tollé suscité par cette nouvelle, il avait consenti à les déménager en Outaouais pour qu'ils demeurent dans la province québécoise.

Mais cette décision n'a pas davantage plu aux archéologues - notamment ceux de l'Université Laval qui sont au coeur du projet - et politiciens de Québec qui tenaient coûte que coûte à ce que la collection de 5 millions d'artéfacts demeure là où ils ont été trouvés. Pour faire plier les conservateurs, ils ont cherché des solutions de rechange et c'est ainsi que l'idée d'un mégacentre en archéologie ayant pignon sur rue au Séminaire de Québec a germé. La Ville de Québec faisait ainsi une pierre deux coups puisqu'elle devait aussi trouver un nouveau toit à sa collection de 6000 à 9000 artéfacts qui ne pouvait plus être hébergés à la Réserve muséale de Québec appartenant au gouvernement provincial qui est dans le coup.

Le dossier progressait rondement alors que les représentants fédéraux semblaient démontrer, l'été dernier, une certaine ouverture pour exaucer le voeu des gens de Québec. Or, les dernières discussions entre la municipalité et Ottawa laissent entrevoir que son agence n'a pas l'intention de déroger de son idée initiale. «Parcs Canada nous a dit qu'ils étaient disposés à nous laisser des artéfacts très significatifs et très symboliques ici dans la capitale», relate la conseillère municipale Julie Lemieux qui assure cependant que des discussions sont toujours en cours pour greffer les 5 millions d'artéfacts canadiens.

Elle explique que le projet de mégacentre est toujours vivant et qu'elle a bon espoir que celui-ci voit le jour en 2016. Mais celui-ci est désormais pensé sans la collection fédérale qui demande un investissement important compte tenu de son ampleur. C'est là où le bât blesse puisque cette somme est réclamée au propriétaire des objets, la municipalité n'ayant pas l'intention de fournir davantage que les 200 000 $ prévus au programme triennal d'immobilisations (PTI).

«Culte du bel objet»

Dans un courriel, l'agence indique au Soleil qu'elle ne planifie pas confier à d'autres la gestion de ses artéfacts. «Parcs Canada serait prêt à faire des prêts à long ou court terme au centre en archéologie de Québec d'artéfacts archéologiques de sa collection qui portent sur les lieux historiques nationaux de la région de la ville de Québec et qui sont d'intérêt aux responsables du centre pour des fins de recherche et de mise en valeur», écrit le porte-parole de Parcs Canada Éric Magnan. Au téléphone, il confirme que ces «prêts» ne représenteraient qu'une sélection de pièces et non pas la collection entière comme cela est réclamé.

«Ça ne fait aucun sens! Ce n'est pas comme cela que la science fonctionne!»

Réginald Auger
Professeur titulaire et responsable du Laboratoire d'archéologie historique de l'Université Laval

Une perspective jugée absurde par le professeur titulaire et responsable du Laboratoire d'archéologie historique de l'Université Laval, Réginald Auger. «Ça ne fait aucun sens! Ce n'est pas comme cela que la science fonctionne!» dénonce l'un des instigateurs du projet du mégacentre. Selon lui, en sélectionnant certains artéfacts, Parcs Canada se plierait au «culte du bel objet». Par exemple, en choisissant une bouteille d'époque intacte au détriment de fragments d'une autre, on assume que la première a plus de valeur, ce qui peut être complètement faux. «Notre vie, notre culture n'est pas constituée d'un ou de quelques objets, mais d'un ensemble d'objets qui forment un tout», poursuit l'expert. 

Celui-ci s'explique mal pourquoi les fonctionnaires du gouvernement du Canada ne laissent pas à d'autres le soin de s'occuper de ses vestiges historiques plutôt que de les déménager dans un «Zellers de Gatineau» où ils prendraient la poussière. À Québec, plaide-t-il, les objets seraient non seulement mieux conservés, mais également étudiés et mis en valeur par des spécialistes. Réginald Auger ne perd cependant pas espoir qu'Ottawa finisse par entendre raison d'autant plus que dans la province voisine, un projet similaire à l'Université Western est en train de voir le jour.

Dix mille objets historiques de la place Royale révélés sur le Web

La vaisselle, les armes et les munitions et les accessoires personnels témoignant des quelque 3000 ans d'occupation de la place Royale connaîtront une seconde vie sur Internet. Après avoir été numérisés, 10 000 artéfacts du lieu historique seront expliqués au grand public grâce à des capsules multimédias accessibles de la maison. 

Le tout nouveau site Web sera accessible en même temps que débutera le Mois de l'archéologie, le 1er août prochain. La responsable du projet La collection place Royale se révèle, l'archéologue Sophie Limoges, explique que ce travail de vulgarisation était primordial pour ne pas passer à côté d'un patrimoine riche et unique au Québec. Les objets découverts lors des fouilles qui se sont déroulées entre 1961 et 1999 seront classés en cinq thèmes, dont les arts de la table à l'époque de la Nouvelle-France ou les jeux et les jouets avec lesquels nos ancêtres se sont amusés petits. 

Outre cette activité «virtuelle», les gens de Québec pourront participer à une dizaine d'événements organisés dans la Capitale-Nationale à l'occasion du Mois de l'archéologie organisé par le regroupement Archéo-Québec et dont le porte-parole est l'ex-finaliste de La voix, Jérôme Couture. L'Auberge Saint-Antoine offrira par exemple des visites historiques le dimanche, tandis que l'îlot des Palais permettra aux curieux de vivre une «fouille virtuelle», tablette électronique en main. Toute la programmation est présentée sur le site www.moisdelarcheo.com.

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