Une entente innue met en péril les droits territoriaux du peuple huron-wendat

Konrad Sioui n'hésite pas à qualifier de «génocide»... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Konrad Sioui n'hésite pas à qualifier de «génocide» cette menace de dépossession territoriale qui plane sur son peuple.

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(Québec) Vingt-cinq ans après la crise d'Oka, «il n'y a rien, strictement rien de réglé» au sujet des revendications territoriales des Premières Nations au Québec, dénonce le grand chef de la nation huronne-wendat de Wendake, Konrad Sioui. La situation s'est même détériorée, son peuple étant confronté à «la menace plus sérieuse que jamais» d'une entente innue qui mettrait en péril ses droits sur la majeure partie de son territoire ancestral. «Ça va exploser dans la face de la population comme une bombe.»

En entrevue au Soleil, le chef Sioui ne cache pas sa crainte devant ce traité négocié «sur [leur] dos», entre quatre communautés innues (Essipit, Mashteuiatsh, Pessamit, Nutashkuan), et les gouvernements fédéral et provincial. Qui plus est, dénonce-t-il, le traité serait protégé par la Constitution canadienne. L'entente est prévue d'ici la fin de l'année, dans le contexte de la Politique canadienne sur les revendications territoriales globales, dont les termes sont «vivement et largement dénoncés» par l'ensemble des Premières Nations.

Cet «empressement» du gouvernement provincial à ratifier un accord avec le peuple innu s'inscrirait, selon lui, dans la «stratégie de développement à long terme des ressources des régions du nord de la province», autrement dit dans la recherche d'un appui autochtone au Plan Nord du gouvernement libéral.

«Il s'agit de la première fois dans l'histoire de la conclusion des traités autochtones au Canada que la Couronne s'apprête à conclure un traité autochtone sur un territoire déjà visé par le traité d'une autre nation autochtone», explique M. Sioui, qui n'hésite pas à qualifier de «génocide» cette menace de dépossession territoriale qui plane sur son peuple.

Depuis 1760, la nation huronne-wendat vit sous la juridiction du Traité huron-britannique, validée par la Cour suprême du Canada en 1990.

«Dans son état actuel», même si des «incertitudes importantes» subsistent quant à la portée de l'entente territoriale, celle-ci ferait en sorte de faire passer sous juridiction innue, «sans justification légale ou historique», la majeure partie du territoire huron-wendat, incluant Wendake (où vit la majorité des Hurons-Wendat), le parc de la Jacques-Cartier et la réserve faunique des Laurentides.

«Backlash incroyable»

«C'est un problème sérieux qui concerne toute la région de Québec et qui risque de provoquer un backlash incroyable. Ce pourrait même être le prélude à une autre crise d'Oka», avertit M. Sioui qui, le mois dernier, a fait parvenir une lettre à 178 maires et préfets pour les «mettre en garde» contre ce «péril majeur» et réclamer leur appui.

À son avis, si l'entente est conclue, les municipalités risquent d'avoir à composer avec un dossier aux ramifications juridiques insoupçonnées. «Les impacts potentiels d'un traité innu [...] sont nombreux et pourraient inclure des droits de priorité d'usage de ressources et d'autres privilèges économiques considérables aux membres des communautés innues concernées», écrit-il dans la lettre.

Concrètement, explique M. Sioui, cette entente menacerait entre autres la coexistence entre Hurons-Wendat et Blancs pour les droits de chasse et de pêche. «Le parc des Laurentides, c'est notre parc. On a toujours protégé la nature contre les abus. On se retrouverait sous la botte des Innus qui auraient priorité sur la ressource, avec des droits constitutionnels.»

«Les Hurons-Wendats se font déposséder de leur territoire, poursuit-il avec véhémence. Les conséquences seront désastreuses. C'est inimaginable, inhumain, criminel, il n'y a pas de mots. Les membres de la nation huronne-wendat sont mobilisés à l'extrême. On n'acceptera jamais ça, jamais, jamais, jamais. Don't touch it

Traité encouragé

Le dirigeant de la plus vieille nation autochtone d'Amérique du Nord ne s'oppose pas à un traité innu : «au contraire, on l'encourage», soutient-il, mais dans la mesure où cette entente respecte son histoire, ses droits et son territoire.

«S'il y a une nation autochtone qui a contribué à l'édification de cette province, c'est bien la nation huronne-wendat. Nous avons développé un rapport de force respecté et respectueux, une paix sociale qu'on entretient. Il faut s'assurer que la chaîne reste polie, il ne faut pas la laisser rouiller.»

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