Une autre crise d'Oka: «Plausible et possible»

La photo de la crise d'Oka devenue célèbre... (Photo archives la presse canadienne, Shaney Komulainen)

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La photo de la crise d'Oka devenue célèbre

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(Québec) Il y a exactement 25 ans aujourd'hui, le 11 juillet 1990, la Sûreté du Québec donnait l'assaut d'une barricade érigée à Oka par les Mohawks de Kanehsatake, pour protester contre l'invasion de leurs terres ancestrales par un projet municipal. C'était le début de la tristement célèbre crise d'Oka, qui allait durer 78 jours. Un quart de siècle plus tard, tout indique que l'événement, s'il a contribué au réveil de l'identité autochtone, a bien peu assaini les relations entre les peuples autochtones et les gouvernements.

Si la crise d'Oka a «beaucoup crispé» les relations entre les Québécois et les nations autochtones, en revanche, elle a permis l'émergence d'un fort sentiment «nationaliste et de revendication» chez les Premières Nations. À telle enseigne qu'un nouveau conflit, comme celui survenu il y a 25 ans, pourrait se produire à nouveau, dans la foulée de l'exploitation tous azimuts des ressources naturelles.

«Le non de la crise d'Oka voulait dire que plus jamais les Autochtones n'accepteraient de ramper ou de plier, qu'ils allaient dorénavant se tenir debout», explique Denys Delâge, professeur retraité du Département de sociologie de l'Université Laval et spécialiste de l'histoire des Autochtones.

En cela, la demande d'un moratoire de 12 ans - réclamée cette semaine par une coalition de nations autochtones - sur l'exploration et l'exploitation pétrolière et gazière dans le golfe Saint-Laurent est un dossier à suivre de près, note-t-il. Les nations innue, malécite et micmaque, qui occupent les régions côtières du fleuve, en ont profité pour rappeler au gouvernement que rien ne peut être entrepris sans leur consentement et leur collaboration.

En conséquence, au regard de l'attitude qu'empruntera le gouvernement dans les négociations, il est «plausible et possible» qu'une crise «se produise encore», estime M. Delâge, ajoutant que le nationalisme autochtone est en montée, surtout chez les jeunes. «Les Québécois sont encore dans l'incompréhension de ce qu'est la question nationale autochtone. Pourtant, leur cause est analogue à celle du nationalisme québécois.»

«Les jeunes autochtones, poursuit-il, affirment une volonté très nette de faire partie du monde contemporain, de sortir des réserves où ils vivent dans la misère, comme des assistés sociaux. La moitié d'entre eux vivent en ville, où ils ont développé une vie culturelle qui leur est propre, avec leurs chanteurs, leurs écrivains.»

Génocide culturel

L'ex-professeur fait siens les récents propos de la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, voulant que le Canada ait tenté de commettre un «génocide culturel» contre les peuples des Premières Nations, au XIXe et au XXe siècle. «Jusqu'en 1969, la politique canadienne a toujours visé la disparition culturelle et identitaire des Indiens», mentionne-t-il, donnant le triste exemple de l'époque où des gamins autochtones étaient «arrachés des bras de leurs parents» pour être envoyés dans des pensionnats. «Le quart d'entre eux sont morts là. C'était une façon de briser la transmission parentale. Ceux qui ont connu les pensionnats, les plus vieux, n'en parlent pas, c'est trop dur.»

Selon M. Delâge, qui a enseigné l'histoire des Autochtones de 1982 à 2007, nul besoin de chercher loin l'«incompréhension» entre les Québécois de souche et les Premières Nations. Avant cette époque, dans les universités, explique-t-il, leur passé ne figurait pas dans les cours d'histoire du Québec et du Canada. «Ça l'est encore très peu», glisse-t-il.

Mais, au quotidien, sur le terrain, «il y a des choses qui se passent», comme à Schefferville, où les firmes minières et forestières embauchent maintenant des travailleurs innus et attikameks pour l'exploitation des ressources. «Les compagnies forment des machinistes. On n'avait jamais vu ça. Avant, quand on embauchait un Indien, c'était pour passer le balai...»

Chronologie

22 avril

Les Mohawks de Kanehsatake érigent une barricade sur la route 344, à Oka, pour protester contre un projet d'expansion du golf de la municipalité sur ce qu'ils considèrent comme leurs terres ancestrales.

29 juin

Les Mohawks refusent d'obtempérer à une injonction de la Cour supérieure réclamant la levée des barricades.

11 juillet

Une centaine de policiers de la Sûreté du Québec prennent d'assaut la barricade. Lors d'un échange de coups de feu nourris, le caporal Marcel Lemay, 31 ans, du Groupe tactique d'intervention de Québec, est abattu. Le tireur ne sera jamais identifié. En guise de solidarité, les Warriors de Kahnawake bloquent le pont Mercier.

12 juillet

Le ministre québécois délégué aux Affaires autochtones, John Ciaccia, rencontre les leaders mohawks à la barricade d'Oka.

19 juillet

John Ciaccia demande à Ottawa d'intervenir en achetant le terrain que convoite la municipalité d'Oka.

1er août

Manif houleuse de plusieurs milliers de citoyens de Châteauguay pour la réouverture du pont Mercier.

8 août

Le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, réclame l'intervention de l'armée canadienne. Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, nomme le juge en chef de la Cour supérieure, Alan B. Gold, comme médiateur.

12 août

Signature d'une entente obtenue par le juge Gold, derrière la barricade principale, entre le ministre québécois délégué aux Affaires autochtones, John Ciaccia, son homologue canadien Tom Siddon et les négociateurs mohawks Joe Déom et Ellen Gabriel, en présence de Warriors armés et masqués.

20 août

Un contingent de 2600 soldats de l'armée canadienne débarque à Oka et à Châteauguay. Des familles mohawks évacuent la réserve de Kahnawake. Des pierres sont lancées sur le cortège de voitures par des citoyens blancs en colère.

27 août

Le premier ministre Bourassa suspend les négociations et demande à l'armée de démanteler les barricades.

1er septembre

L'armée envahit le territoire de Kanehsatake et cerne une trentaine de Warriors.

6 septembre

Le pont Mercier est rouvert à la circulation après deux mois.

27 septembre

Après 78 jours de siège, les derniers Warriors déposent les armes. Quarante-et-une personnes sont arrêtées.

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