Des étés pas comme les autres 3e de 4

Ma robe soleil contre ta bombe atomique

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En 1950, alors que la guerre de Corée fait rage, Québec se préoccupe des shorts trop courts dans les lieux publics.

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(Québec) À l'été 1950, la guerre de Corée fait rage. Le monde redoute une troisième guerre mondiale, à coups de bombe atomique. Mais à Québec, on se préoccupe d'abord de deux ennemis redoutables : la robe soleil et la culotte courte. Bilan d'un été sans merci.

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À Québec, la grande victoire de l'été 1950 est obtenue sans combattre. Ou presque. Le 30 juin, c'est à l'unanimité que le conseil municipal vote le règlement interdisant les robes soleil et les culottes courtes. Pas de question. Pas la moindre discussion.

Le Soleil explique que le règlement «a passé comme du beurre dans la poêle».

L'interdiction vaut pour toutes les rues et pour tous les parcs publics. Gare aux mécréants qui osent la défier! L'amende est fixée à 100$, soit plus de deux semaines du salaire moyen! Et ceux qui ne peuvent pas payer l'amende s'exposent à trois mois de prison. Seuls les scouts et les militaires bénéficient d'un passe-droit.

La Ligue catholique féminine, qui a piloté le règlement, jubile. Elle a eu moins de chance à Montréal, où le même règlement a été écarté, quelques jours plus tôt, après de vives discussions. À Montréal, des conseillers municipaux ont eu des mots très durs pour le projet. Un mal élevé l'a même qualifié de «ridicule».

Il n'empêche. Même à Québec, la robe soleil et le short ont perdu une bataille, mais ils n'ont pas perdu la guerre. Très vite, le chef de police, Roger Lemire, doit admettre que le règlement est «difficile» et «délicat» à faire respecter.Par chance, la météo estivale n'invite guère à se découvrir d'un fil.

Le 8 juillet, les producteurs de fraises lancent un cri d'alarme. Le froid et la pluie font craindre une récolte désastreuse. Une caricature montre alors un prêtre qui vocifère contre l'été, «la saison la plus dangereuse pour l'âme», à cause des robes et des shorts trop courts.

Derrière lui, un passant se permet un commentaire révélateur. «Moi, c'est surtout l'été qui me semble trop court.»

Jamais sans ma bombe

À l'autre bout du monde, plus de 600 000 soldats nord-coréens ont envahi la Corée du Sud, le 25 juin. Pour en finir, les États-Unis jonglent brièvement avec l'idée d'utiliser la bombe atomique. Le général américain Douglas MacArthur imagine même une solution radicale «pour obtenir la paix en 10 jours». Il suffit de larguer une trentaine de bombes atomiques dans le nord de la Corée, pour créer un vaste no man's land radioactif que personne n'osera traverser.

L'arme atomique continue à être entourée de mystère. Le gouvernement des États-Unis vient à peine de publier un livre intitulé Les effets des armes atomiques. On peut y lire qu'advenant une attaque, «votre vie dépend de la vitesse avec laquelle vous pourrez vous éloigner de la bombe durant... la première seconde». Rassurant, non?

Le physicien Albert Einstein a été plus clair sur le danger qui guettait l'humanité en cette ère atomique. «Je ne peux pas prévoir quel genre d'armes on utilisera pour la Troisième Guerre mondiale, a-t-il philosophé. Mais je sais que la Quatrième se fera à coup de bâtons et de pierres.»

La peur du communisme va bientôt engendrer toutes sortes d'histoires invérifiables. À la fin juillet, des sous-marins soviétiques sont aperçus au large de Terre-Neuve, dans les eaux canadiennes. Le 19 août, le Vatican doit démentir la rumeur «frivole» voulant qu'il déménage à Québec advenant une guerre atomique.

Aux États-Unis, le sénateur Jos McCarthy cherche des traîtres à la solde de Moscou un peu partout, même dans l'industrie du cinéma. Une vraie chasse aux sorcières. «Jos ne serait même pas capable de trouver un communiste sur la place Rouge, au centre de Moscou, résume un journaliste de l'Associated Press. Mais il est sénateur, alors il faut l'écouter.»

À Québec aussi, la police traque les communistes. Le 7 juillet, quatre pacifistes venus de Boston sont arrêtés sur le traversier Québec-Lévis. Le Soleil explique qu'on les soupçonnait d'être des communistes. En août, des milliers de feuillets intitulés Pas de Canadiens en Corée sont lancés depuis les toits des édifices du quartier Saint-Roch. Les auteurs parviennent à prendre la fuite.

À la fin de l'été, les espoirs d'une paix rapide en Corée s'amenuisent. On craint que le conflit s'éternise. Un étrange phénomène se produit alors dans les épiceries de Québec : le sucre se fait de plus en plus rare parce que les gens l'accumulent en prévision d'un éventuel rationnement!

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Tant pis pour les prudents

Il est vrai que la ville de Québec a des soucis plus immédiats. Dans le Vieux-Québec, L'Action catholique rapporte que les pickpockets ont fait leur apparition. On signale aussi un phénomène entièrement nouveau : le vol de bicyclettes...

Depuis quelques années, les accidents de voiture atteignent l'ampleur d'une épidémie : 405 en juin 1950, 396 en juillet. Même la voiture officielle du premier ministre Duplessis est impliquée dans un accident, dans le parc des Laurentides. Le «chef» s'en tire avec une côte cassée.

Pour mettre de l'ordre dans la jungle automobile, Québec veut plus de stationnements. Elle envisage même de faire stationner des voitures sous la terrasse Dufferin! On rêve aussi à de grandes artères, pour décongestionner la ville.

«Avant 1950, la ville de Québec n'a pas de route de contournement, explique l'historien Jean-Marie Lebel. Toute la circulation qui passe par le pont de Québec doit emprunter le chemin Saint-Louis.»

«La situation change, à partir de l'été 1950. Le boulevard Laurier constitue la grande nouveauté. Avec lui, on aménage une nouvelle entrée de la ville. Tout le secteur bourdonne d'activité. On a commencé à y construire un premier motel!»

La banlieue va bientôt se développer à toute vitesse. Aux États-Unis, la popularité de la maison unifamiliale ressemble déjà à un raz-de-marée. En 1946, on avait construit 114 000 maisons unifamiliales. En 1950, le nombre passe à 1,7 million.

L'année 1950 insolite

La croissance économique est de retour. Mais pas pour tout le monde. À Québec, des gens continuent à prendre le train pour aller coloniser de nouveaux territoires. Comme au temps de la crise.

Le 11 juillet, 25 chefs de famille partent pour Hauterive, non loin de Baie-Comeau, afin de défricher des terres. À terme, ils doivent s'adonner à la culture... maraîchère.

Apparemment, tout le monde juge parfaitement réaliste de gagner sa vie à faire pousser des légumes, au Québec, autour du 49e parallèle.

Il est vrai que l'été 1950 fournit bien d'autres affaires agricoles insolites. Le 8 juillet, la Tchécoslovaquie accuse les États-Unis d'avoir secrètement répandu des doryphores, plus communément appelés «bibittes à patates», sur ses champs de pommes de terre.

L'affaire prend vite des proportions démesurées. L'ambassade des États-Unis à Prague tente de la désamorcer par l'humour. Elle dit avoir confiance que le doryphore ne «grignotera» pas les liens d'amitié entre les États-Unis et la Tchécoslovaquie.

Toujours sur la scène agricole, le premier ministre Duplessis part en guerre contre la margarine, à la mi-juillet. Il l'accuse de faire une concurrence déloyale au beurre, avec sa coloration jaune. «Les cultivateurs ont le droit à la protection du gouvernement et ils l'auront», tonne le premier ministre.

Qui aurait pu lui expliquer que l'affaire ne connaîtrait son dénouement que 58 ans plus tard, en 2008?

À peine plus visionnaire, le gouvernement fédéral de Louis St-Laurent promet une réforme complète du Sénat canadien, avant... 1952-53.

Qui aurait pu lui expliquer que la réforme attendrait toujours 65 ans plus tard, en 2015?

Pour en savoir plus

› David Halberstam. The Fifties, Ballantine Books, 1994.

› Jacques Lacoursière. Histoire populaire du Québec (tome IV), Septentrion, 1997.

› Jean-Marie Lebel. Les chroniques de la capitale : Québec 1608-2008, Les Presses de l'Université Laval, 2008.

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