Imposante cure pour les fortifications négligées

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(Québec) Les fortifications de Québec souffrent. Négligées durant des années, elles se sont dégradées. Presque 40 % des 4,6 kilomètres de murs de pierres doivent être restaurés. Dans plusieurs sections, il y a urgence; ce sont des «secteurs rouges», selon le jargon de Parcs Canada. L'automne dernier, Ottawa a donc allongé 30 millions $. Visite dans un des gros chantiers de la vaste entreprise: la casemate 24, dite casemate de la glacière.

Le contremaître en maçonnerie responsable du chantier de... (Photo Le Soleil, Frédéric Matte) - image 1.0

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Le contremaître en maçonnerie responsable du chantier de la casemate de la glacière, Réjean Charron, discute avec l'archéologue Robert Gauvin, gestionnaire des ressources culturelles, Parcs Canada, unité de gestion de Québec.

Photo Le Soleil, Frédéric Matte

Un aperçu du chantier de la casemate de... (Photo Le Soleil, Jean Marie Villeneuve) - image 1.1

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Un aperçu du chantier de la casemate de la glacière, qui doit être déconstruite, puis reconstruite. Le vieux mortier qui retenait l'ensemble serait complètement foutu.

Photo Le Soleil, Jean Marie Villeneuve

> Suivez le guide!

L'archéologue Robert Gauvin, gestionnaire des ressources culturelles chez Parcs Canada, est notre guide pour la découverte de la casemate de la glacière.

Il faut d'abord passer sous les fortifications, dans un des tunnels qui mènent aux plaines d'Abraham depuis le chemin d'accès de la Citadelle. Ces tunnels sont des poternes. Ils permettaient aux militaires de se déployer même quand les grandes portes du Vieux-Québec étaient fermées.

Par deux tunnels, ils arrivaient dans des casemates, dont celle qui est présentement restaurée. «Une casemate, c'est un bâtiment qui est à l'épreuve des bombes.»

Sur le toit et à l'intérieur, on installait des canons. On pouvait aussi y loger. Dans la casemate de la glacière, il y avait une cheminée et un potager! Le potager était une cuisinière de briques; des trous sur le dessus faisaient office de ronds pour les chaudrons.

Dans le mur, on voit encore les fenêtres par lesquels sortaient les boulets des canons. Si on visait seulement des troupes à pied, on tirait plutôt des espèces de boîtes de conserve pleines de plombs.

Un peu plus loin, au bout de la construction, on peut, en outre, entrer dans l'ancienne salle d'aisance. Déchets et autres rejets tombaient dans un bassin qui se déversait à l'extérieur. Là, on était de corvée pour vider la fosse...

> Site stratégique

À l'époque, le site était stratégique. Voilà pourquoi on y a aménagé ces bâtiments de défense.

En 1745, sous les ordres de l'ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Lery, les Français ont entrepris de protéger la cité. Les Anglais avançaient déjà sur la Nouvelle-Écosse. Quelques bouts de murs existaient, mais ils voulaient compléter le cordon défensif. En 1749, ils ont ajouté les casemates pour installer plus de canons dans ce secteur.

«C'est un endroit qui était stratégique», raconte l'archéologue Robert Gauvin, de Parcs Canada. D'ailleurs, les Français, qui ont été battus en 1759, sont revenus à la charge dans ce secteur l'année suivante. Sous le commandement du chevalier de Lévis, ils ont bombardé en direction de la casemate... Les murs français protégeaient maintenant l'ennemi! Malgré une victoire à Sainte-Foy, les cousins ont dû se replier; l'arrivée de navires britanniques en renfort a coupé court à leurs ambitions.

Puis, les Anglais se sont mis à l'aise! Ils ont modifié le toit de la casemate qu'ils n'aimaient pas. Ils ont recouvert de briques l'intérieur de la poterne y menant...

Les Étatsuniens ont aussi tenté leur chance. En 1775, ils ont mené une attaque de diversion dans ce secteur, tandis que d'autres troupes attaquaient plus loin, décrit Robert Gauvin.

La construction de la Citadelle, vers 1820, 1830, a toutefois modifié le site. Une grande section de fortifications qui se trouvait derrière la casemate a été pulvérisée, littéralement. On a creusé des galeries sous les murs et le talus pour y déposer des barils de poudre! Radical.

> Dernières rénos en 1930

C'était la crise économique. Il fallait faire travailler les chômeurs. Le gouvernement avait donc recruté les sans-emploi pour retaper les fortifications de Québec.

La dernière grande rénovation remonte à 1930, raconte l'archéologue Robert Gauvin, gestionnaire des ressources culturelles chez Parcs Canada. L'eau et le gel ont eu le temps de se jouer du mortier et des pierres.

D'autant plus que dans les quelques mètres d'épaisseur de l'ouvrage, on trouve encore beaucoup d'éléments d'origine. «La pierre qu'on voit dans le fond, ça date de 1749. Les ouvriers fouillent dans le régime français. C'est très vieux», décrit-il.

> «C'est magané!»

«C'est magané!» constate Réjean Charron, contremaître en maçonnerie responsable de la déconstruction, puis de la reconstruction, de la casemate de la glacière. Le casque sur la tête, les bottes dans la boue, il nous pointe les vieilles pierres datant souvent du XVIIIe siècle... Selon lui, il y avait vraiment urgence de restaurer ce segment des fortifications de Québec adossé à la Citadelle: «C'était obligatoire pour ne pas le ramasser à terre.»

Le vieux mortier qui retenait l'ensemble serait complètement foutu. Ne resterait que du sable entre les pierres.

Les ouvriers doivent prendre des photos de l'ouvrage. Ensuite, chacun des blocs qui composent les murs extérieurs est retiré. Puis ils sont tous numérotés avec un médaillon métallique, un numéro qui est inscrit sur les clichés pour qu'on puisse rebâtir comme l'original. Et si une pierre est brisée, un maçon doit en tailler une nouvelle aux mêmes dimensions.

Derrière les façades, c'est pire. Le cancer a complètement rongé le coeur des fortifications. «La pierre du noyau on l'enlève parce qu'elle est vraiment finie», indique M. Charron. Le centre de la vénérable construction doit être refait à neuf.

Il y a beaucoup d'ouvriers sur le chantier. Ça fourmillait lors du passage du Soleil. Pour vous donner une idée de l'ampleur, un des gestionnaires de Briquetal, l'entreprise choisie par Parcs Canada pour les travaux, nous a dit utiliser jusqu'à 600 poches de mortier... par jour, soit 10 palettes d'environ 1,5 tonne chacune.

Un chantier est aussi apparu rue des Remparts:... (Photo Le Soleil, Jean Marie Villeneuve) - image 2.0

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Un chantier est aussi apparu rue des Remparts: un contrat de deux ans qui vaut 4,3 millions $.

Photo Le Soleil, Jean Marie Villeneuve

> Facture salée

Vous verrez peut-être le chantier de la casemate de la glacière en vous rendant au Festival d'été. À gauche, en entrant sur les Plaines, près de 3 millions $ seront dépensés cet été et le suivant pour sauver cette portion des fortifications de Québec.

Ce n'est qu'un début. Des barrières sont aussi apparues dans le Vieux-Québec, rue des Remparts. Là-bas, le contrat de deux ans vaut 4,3 millions $, note la gestionnaire des relations externes de Parcs Canada, Marie-Josée Bissonnette. En plus, trois autres contrats d'envergure restent à signer pour des travaux sur autant de sections abîmées des fortifications de la capitale.

On est en rattrapage. En cinq ans, on escompte avoir dépensé les 30 millions $ promis par le premier ministre Stephen Harper durant une visite à Québec, mi-décembre.

Ce ne sera toutefois pas suffisant pour retaper tout ce qui doit l'être. Une collègue du Soleil révélait récemment qu'il faudrait au moins 35 millions $ afin de maintenir en état et arrêter la dégradation des vieux murs.

Aussi, attendez-vous à des «surprises». Comme le souligne Réjean Charron, contremaître en maçonnerie chez Briquetal: «Ce sont des chantiers difficiles à évaluer par les architectes et les ingénieurs. Il y a toujours des surprises.»

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