Conversation 2015: entraîneures, médias et homophobie

L'organisatrice du colloque Conversation 2015, Guylaine Demers (à... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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L'organisatrice du colloque Conversation 2015, Guylaine Demers (à droite), professeure au Département d'éducation physique de l'Université Laval (à droite),en compagnie de Marion Lay (à gauche), médaillée de bronze ennatation aux JO de 1968, et de la fondeuse Chandra Crawford,gagnante de la médaille d'or en sprint libreà Turin, en 2006.

Photo Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) S'il n'en tient qu'à Guylaine Demers, organisatrice en chef du colloque Conversation 2015, portant sur la place des femmes dans le sport, l'événement sera de retour à Québec dans trois ans. Avec, comme objectif, de doubler le nombre de participantes.

«À 400 personnes, nous serions sold-out. Nous pourrions avoir plus de monde, mais tout va dépendre de la logistique», explique la professeure au Département d'éducation physique de l'Université Laval, fière du fruit des délibérations qui se sont déroulées pendant quatre jours au PEPS.

Présenté pour la première fois au Canada, le forum a attiré 200 femmes de huit provinces canadiennes et de 13 pays. Des athlètes, officielles, entraîneures et administratrices de fédérations ont fait le point pendant quatre jours sur différentes facettes du sport au féminin. Les hommes étaient les bienvenus, mais seulement quatre ont répondu à l'appel... «Ce sont pourtant eux qui ont le pouvoir. Ils ont des blondes, des filles, des soeurs», lance Mme Demers.

Le Soleil a retenu trois thèmes du colloque - le manque d'entraîneures, les médias et l'homophobie - et en a discuté avec Guylaine Demers, Marion Lay, ex-membre du comité exécutif du Comité olympique canadien et organisatrice du premier colloque sur le sport et les femmes (en 1974), ainsi que Chandra Crawford, ex-lauréate olympique en ski de fond, fondatrice du mouvement Rapides et radieuses, un organisme voué à la promotion du sport auprès des filles de 8 à 18 ans, qui tiendra sa première édition québécoise aujourd'hui au Peps.

Le manque d'entraîneures

Au Canada, à peine 20% des équipes sportives universitaires ont une femme à leur tête, alors qu'elles forment la moitié du contingent d'athlètes. Aux Jeux olympiques, 10 à 12 % des entraîneurs sont des femmes. À l'Université Laval, depuis le départ de Linda Marquis de l'équipe de basketball féminine, aucune équipe du Rouge et Or n'est dirigée par une femme. «Étonnamment, beaucoup de filles ne se voient pas entraîneures à la fin de leurs études universitaires, sans doute parce qu'elles ont souvent eu uniquement des hommes comme coachs. Il faudrait être capable de leur fournir une formation pour les amener à faire le saut.»

Pour Marion Lay, le faible nombre d'entraîneures est «un problème dans tous les pays du monde», mais le Canada tend à s'imposer comme un chef de file en ce domaine. «Aux Jeux du Canada, ce sont des femmes qui sont à la tête des équipes féminines, et des hommes qui coachent les équipes masculines.»

Au cours de sa carrière de fondeuse aux Jeux olympiques de Turin (2006, or en sprint libre), de Vancouver (2010) et de Sotchi (2014), Chandra Crawford n'a jamais travaillé sous la direction d'une femme. «J'ai tellement eu de batailles [verbales] avec mes coachs masculins», explique l'Albertaine de31 ans. «Les gars et les filles n'ont pas la même physiologie, on le sait, mais ils persistaient à bâtir un seul et même programme d'entraînement. Ça n'avait aucun sens. Ils étaient un peu inconfortables quand je posais des questions, comme si je ne leur faisais pas confiance.»

Les athlètes féminines et les médias

Au royaume du sport spectacle, les médias, surtout la télévision, mettent l'accent sur les athlètes féminines possédant le look le plus vendeur, dénonce Guylaine Demers. Que ce soit au golf, au tennis, les journalistes en ont le plus souvent que pour les athlètes «très belles et féminines». Une façon très réductrice de voir les choses, croit-elle. «Les athlètes qui ont les looks les plus féminins sont plus vendeurs. Eugenie Bouchard en est un bel exemple. On se permet de lui poser toutes sortes de questions ridicules qu'on n'oserait pas poser à un homme.»

En volleyball de plage, aux Jeux de Londres, les athlètes féminines ont eu gain de cause pour ne plus avoir à porter le bikini, contrairement à leurs homologues masculins qui pouvaient pratiquer leur sport dans les habits de leur choix, le plus souvent en camisole et short ample. «Le marketing du volleyball de plage repose beaucoup sur l'apparence des athlètes féminines et non leurs compétences athlétiques» s'insurge Mme Demers.

L'homophobie

Preuve que le sujet est délicat, l'atelier portant sur l'homophobie dans le sport a été le moins populaire du colloque. «Beaucoup de chemin reste à faire», croit Guylaine Demers, «tant chez les femmes que les hommes. C'est encore un sujet difficile à aborder. On fait encore le lien qu'une fille qui joue au hockey ou au rugby, qui a des comportements rudes et agressifs qu'on attribue généralement à un homme, est nécessairement lesbienne. De nombreuses filles refusent de s'inscrire juste à cause de cela. Même si elles ne sont pas homosexuelles, elles refusent d'être étiquetées. De la même façon, il y a des parents qui refusent d'inscrire leur fille au hockey, croyant qu'elle sera victime de recrutement et qu'elle deviendra lesbienne.»

Les femmes qui ont fait leur coming out, comme Charline Labonté, la gardienne de l'équipe olympique canadienne de hockey féminin, ont été très soulagées de le faire. «Elle a pu enfin se concentrer sur ce qu'elle était vraiment et montrer que son orientation sexuelle n'avait rien à voir avec ses performances sportives.»

Ouvertement homosexuelle, Guylaine Demers se souvient de ses années comme membre de l'équipe de basketball féminine du Rouge et Or, dans les années 80. «J'avais tellement peur qu'on découvre mon orientation. J'étais la première à rentrer dans la douche et la première à en sortir. Je ne voulais qu'on pense que je voulais regarder les autres [filles]. J'étais la championne des quick showers. Ça rentrait et sortait assez vite...»

Trop souvent, déplore Marion Lay, médaillée de bronze en natation aux Jeux olympiques de Mexico, en 1968, les athlètes sont tenus au silence lorsqu'ils sont témoins d'ostracisme et d'injustice à l'égard de coéquipiers homosexuels. «Ils devraient pouvoir vivre leurs valeurs au grand jour. Les statistiques montrent qu'il n'y a pas plus de gai(es) dans le sport que dans la population en général. Les parents ne doivent pas s'imaginer que leur fille va devenir lesbienne parce qu'elle fait du sport.»

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