Derniers adieux à 26 âmes délaissées

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(Québec) L'infirmier de la rue Gilles Kègle a porté à leur dernier repos samedi 26 personnes qui sont mortes dans l'indifférence. Un triste record. Parmi elles, un ami : Marcel Simard. La première personne qui l'a aidé à s'occuper des pauvres et des malades, en 1996.

«J'ai été 11 ans seul. À un moment donné, j'étais pus capable», raconte M. Kègle. Marcel Simard est donc arrivé dans sa vie comme une «lueur d'espoir». «Il travaillait comme moi 16 heures par jour, sept jours sur sept, mais il est allé jusqu'à épuisement. Après deux ans, il est tombé gravement malade», ajoute-t-il. Année après année, l'infirmier auxiliaire a donc continué de veiller sur son premier bénévole, jusqu'à il y a environ un mois. Marcel Simard a rendu son dernier souffle.

Lors de la cérémonie qui s'est tenue samedi à l'église Saint-Roch de Québec, Gilles Kègle a tenu à dire un petit mot sur chacun des défunts. À la fin, lorsqu'est venu le temps de parler de son ami, l'émotion l'a gagné. «J'étais très attaché. Il a fallu que j'arrête de parler», dit-il.

Depuis 19 ans, plusieurs personnes ont suivi la trace de M. Simard et ont aidé Gilles Kègle à soigner les itinérants dans la rue et à faire des visites à domicile aux personnes seules et souffrantes. La fondation qui porte son nom compte une trentaine de bénévoles réguliers. Elle reçoit aussi de l'aide de plusieurs jeunes étudiants en technique infirmière, en technique policière et en médecine. En tout, environ 300 personnes s'activent autour de M. Kègle chaque année.

Triste «record»

Organisées deux fois par année, à l'automne et au printemps, ces funérailles collectives accueillent normalement une quinzaine de défunts. Samedi, il y en avait 26, un «record» pour la Fondation Gilles Kègle. «Je suis vraiment dépassé par les événements. Je sais pas où me garrocher là, parce que ça en fait beaucoup, vraiment», lance M. Kègle, qui ne veut refuser personne. «On les accueille dans la dignité et on les enterre dans la dignité.»

Quand le défunt a travaillé au cours de sa vie, une partie des frais funéraires peut être assumée par la Régie des rentes du Québec. Le reste est fourni par la Fondation.

Même si leur corps n'a pas été réclamé au moment de leur mort, toutes les personnes enterrées samedi avaient leur histoire.

Comme cette dame qui était partie à l'aventure il y a 50 ans, et qui n'a jamais donné de nouvelles à sa famille. Ou cet itinérant qui est arrivé d'Halifax il y a quelques années et qui s'est lié d'amitié avec des bénévoles de la Fondation Gilles Kègle. Ou encore cet homme, dont on a retrouvé le frère, qui est maire d'une petite localité en France. «Je l'ai appelé pour lui dire que son frère était mort et je n'ai même pas eu de retour d'appel», raconte M. Kègle.

Ce sont surtout la morgue et le ministère de la Santé qui appellent M. Kègle lorsqu'ils ont un corps oublié sur les bras. L'infirmier de la rue a reçu il y a quelques années de la maison funéraire Lépine-Cloutier un lot au cimetière La Souvenance de Sainte-Foy pour y enterrer les cendres de ceux et celles qu'il refuse d'abandonner. Il y a en tout 1000 places, et 300 sont déjà prises. «Le dernier enterré là, ça va être moi!» lance l'homme de 72 ans.

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