Vigile pour Raïf Badawi à Québec

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(Québec) Trois ans qu'il est en prison. Trois ans qu'elle se bat pour que le roi de l'Arabie saoudite libère son mari, blogueur libéral condamné à 1000 coups de fouet, quelque 300 000 $ d'amende, 10 ans de prison et 10 autres années d'interdiction de sortir du pays...

Jeudi, elle était encore à l'Assemblée nationale. Ensaf Haidar essaie de tenir le coup : «C'est important pour Raïf, pour faire libérer Raïf», dit-elle au Soleil.

Hier, Ensaf Haidar était submergée. Elle s'est mise en retrait pour sécher ses pleurs pendant la vigile devant le parlement.

Hier, on soulignait le premier anniversaire de la prolongation de la peine de son mari, Raïf Badawi, la jeune trentaine. Pour ses prises de position sur le Web, il avait d'abord écopé 600 coups de fouet et sept ans de prison. C'était en juin 2012. Mais en mai 2014, sa peine a été alourdie. 

Comment va-t-elle? «Elle ne veut pas laisser ses émotions prendre le dessus sur son espoir, sur sa capacité de se mobiliser», a expliqué la traductrice - Mme Haidar préférait s'exprimer dans sa langue d'origine, l'arabe.

Devant l'Assemblée nationale, donc, elle participait à cette 17e vigile sous le sceau d'Aministie internationale. Autour d'elle, des militants. Plusieurs politiques aussi, surtout du Parti québécois. Nous avons entrevu Agnès Maltais, Maka Kotto, Pascal Bérubé, Carole Poirier, Jean-François Lisée, Stéphane Bédard. Chez Québec solidaire, Amir Khadir. Des libéraux, aussi : Christine St-Pierre et Luc Fortin, le député de Sherbrooke, ville où Ensaf Haidar a trouvé refuge avec ses enfants. 

«C'est rare, les moments, à l'Assemblée nationale, où nous parlons d'une même voix», a justement souligné la ministre St-Pierre. La députée a dit espérer que les membres du clan Badawi-Haidar deviendront «citoyens québécois».

Alors, Mme Haidar, tous ces élus vous aident vraiment? Ces appuis sont utiles, tapent sur les nerfs du royaume saoudien? «Tous les appuis sont importants. [...] Ça met de la pression et c'est bénéfique», évalue-t-elle. «Il faut continuer à faire une action après l'autre, à dire que Raïf n'a commis aucun crime. L'Arabie saoudite n'aura pas le choix de le libérer.»

Mais, tout aussi pesants que puissent être les élus québécois, c'est tout de même vers Ottawa qu'on faisait feu, jeudi. Il est temps que Stephen Harper interpelle directement le roi saoudien, réclame la directrice générale de la section canadienne francophone d'Amnistie internationale, Béatrice Vaugrante. Même si la famille de Mme Haidar a toujours la citoyenneté saoudienne, la diplomatie doit cesser de ménager la chèvre et le chou, juge-t-elle. «On a trop fait attention.»

«Les gouvernements comme l'Arabie saoudite attendent que nous oubliions Raïf Badawi», d'ajouter Agnès Maltais, du PQ. «Nous ne l'oublierons pas.»

Cette semaine, quelque 200 artistes du Québec ont d'ailleurs clamé qu'ils ne l'oublient pas. L'écrivain Richard Dallaire et le dramaturge Michel-Marc Bouchard ont écrit au premier ministre Harper pour qu'il se lève. La communauté artistique a cosigné les deux missives en masse. Dans la liste, on retrouve les Xavier Dolan, Michel Tremblay, Denys Arcand, Céline Bonnier, Dominic Champagne, Marie Laberge, Guylaine Tremblay... Avec Radio-Canada, Paris Match, la Presse canadienne, La Tribune, La Presse

D'autres appuis d'importance pour le prisonnier

Récemment, Avocats sans frontières Canada et le Barreau du Québec ont sauté dans la mêlée. Une aide professionnelle sera apportée à la «représentante légale» de Raïf Badawi devant le tribunal saoudien. Celle-ci n'est pas juriste... En plus, son avocat n'y sera pas puisqu'il a lui-même été emprisonné pour 15 ans.

En janvier, jusqu'au haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme était intervenu. Zeid Ra'ad Al Hussein était monté au créneau après la première séance de fouet. «J'en appelle au roi de l'Arabie saoudite d'exercer son pouvoir afin de mettre fin à la flagellation publique, en graciant M. Badawi, et à revoir de façon urgente ce type de sanction extrêmement sévère.» Depuis, les sessions hebdomadaires de 50 coups de fouet ont été reportées.

Appuis européens

En Europe aussi, des citoyens et des élus dénoncent l'emprisonnement de Raïf Badawi pour avoir exprimé ses opinions. En Suède, en Angleterre, en Allemagne, en France... Ensaf Haidar prendra d'ailleurs bientôt l'avion vers le Vieux Continent. Elle y recevra notamment, au nom de son mari, un prix pour la liberté d'expression.

Et le gouvernement saoudien, il en dit quoi, de toute cette pression internationale? Début mars, le royaume a dénoncé la campagne. Il repousse toute ingérence étrangère dans ses affaires politiques et judiciaires. Et assure respecter les droits de la personne. 

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