Des résidents de Québec toujours sans nouvelles de leurs proches au Népal

Dans la vitrine de l'épicerie Deshi Bazar de... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Dans la vitrine de l'épicerie Deshi Bazar de la rue Saint-Joseph Est sont affichées des photos du séisme survenu au Népal. Le commerce invite les passants à donner quelques dollars pour aider les sinistrés.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Êtes-vous inquiet? Aucun son n'est sorti de sa bouche. Les traits de son visage sont tombés, son regard s'est embrouillé. Bhakta Bahadur Ghimire a simplement hoché la tête sur le côté, comme on le fait au Népal pour acquiescer. Inquiet? Très inquiet.

«Ma femme est Népalaise... Nous avons reçu des nouvelles que quelques membres de la famille sont corrects. Mais pour quelques-uns, on n'a pas de nouvelles encore, on ne sait pas ce qui s'est passé.» Angoissant tandis que le nombre de blessés, de morts, grimpe rapidement depuis le puissant séisme survenu samedi. Lundi, on en était à plus de 4300 décès.

Nous l'avons croisé entre les étals du Marché Népalais de l'avenue Eugène-Lamontagne, près du Colisée. Lui est originaire du Bhoutan. Mais comme la majorité de ses compatriotes maintenant installés à Québec, il a longtemps habité dans un camp de réfugiés du Népal avant d'être accueilli ici. Et il y a tissé des liens solides.

Aussi, son frère est toujours dans un camp de l'est du Népal. Il va bien, cette zone n'ayant pas été trop secouée.

Les clans des deux soeurs de sa femme, dont des enfants, logeaient cependant au coeur de Katmandou, au coeur de la dévastation, explique-t-il. Et il n'est pas possible de les joindre. On a même tenté de contacter des proches d'une autre ville pour leur demander de se rendre dans la capitale dans l'espoir de les retrouver... mais eux aussi sont aux abonnés absents.

Chhali Maya Gajner avance dans le même brouillard. Ses appels téléphoniques n'ont pas été fructueux. «J'ai essayé d'écrire un message par Facebook aussi et ils n'ont pas répondu.»

Elle doit donc se contenter de bribes d'informations relayées par d'autres expatriés. Il semble que ses proches ont été vus à Katmandou, vivants. «Ils sont dehors, pas à la maison.» Même la belle-mère de sa soeur, dans la grande ville pour recevoir des traitements contre le cancer, serait sur le pavé.

Le sentiment d'impuissance est vif. «On ne peut pas faire grand-chose. On ne peut rien faire à part prier et ramasser un peu de fonds», regrette Chhali Maya Gajner, maintenant interprète pour les Népalais de Québec.

L'impuissance, on l'a ressentie à fond à l'épicerie Deshi Bazar (Indien, Népalais, Bengladeshi...) de la rue Saint-Joseph Est, dans Saint-Roch. Dans la vitrine, bien en vue, des photos des effets du séisme survenu au Népal. On veut montrer, on veut inviter les passants à donner quelques dollars pour aider les sinistrés.

Autour de nous, des clients originaires des contrées lointaines. Ils discourent dans une langue asiatique, mangent un morceau de coco coupé avec un grand couteau.

Derrière le comptoir, Bir Rai navigue sur le Web pour nous montrer des photos, une vidéo filmée au Népal. Il y a plus de 4000 morts, insiste-t-il, troublé. «Ils sont en train d'en trouver encore; ils sont en train de chercher encore.»

Bir Rai est aussi originaire du Bhoutan. Mais il a vécu longtemps au Népal; 17 années dans un camp de réfugiés du district de Jhapa. «Mon troisième frère est encore là-bas.» Heureusement, il a finalement réussi à lui parler au téléphone dimanche soir. Pour lui, tout va bien.

Des parents de Saint-Augustin dénoncent le consulat canadien

Des parents de Saint-Augustin dénoncent vivement le gouvernement canadien qui n'aurait pas apporté le soutien nécessaire à leur fille qui se trouve à Katmandou.

«Ce n'est pas normal qu'un pays comme le Canada ne puisse pas aider les gens à l'étranger mieux que ça!» charge la mère, Esther Boulay. «Heureusement, elle n'est pas blessée et elle a pu récupérer ses biens... parce que c'est loin [le Népal].»

Julie - c'est sa fille - bosse pour une entreprise touristique qui s'active en Asie. Dès le séisme, elle a appelé ses parents. En pleine nuit. Elle ne voulait pas qu'ils s'inquiètent à leur réveil en découvrant les nouvelles du jour. 

«Lorsque le tremblement de terre a eu lieu, elle était dans son appartement du 10e étage», raconte sa mère qui lui parle régulièrement. La voyageuse d'expérience a pris la poudre d'escampette, le temps que les secousses cessent.

Julie a ensuite entrepris des démarches : elle se serait rendue au consulat canadien afin de s'inscrire. Sauf qu'on l'aurait repoussée en lui demandant d'effectuer la démarche par Internet... malgré les pannes de courant.

«On s'attend à ce que le gouvernement canadien nous aide quand on est à l'étranger, critique Esther Boulay. Vu qu'il ne pouvait l'aider, ma fille est allée à l'ambassade française. Ce n'est pas normal.»

Amertume

«On est un peu déçu de la non-disponibilité du consulat», renchérit le père, Jacques Turcotte. Dans une lettre envoyée au Soleil, il est particulièrement amer : «Merci Canada pour ton support, surtout en cette semaine où on paie nos impôts. Je suggère de garder quelques dollars pour procurer des crayons et du papier au consulat canadien à Katmandou.»

Au ministère des Affaires étrangères, le porte-parole François Lasalle tente de minimiser l'importance du consulat canadien à Katmandou : il s'agit seulement du bureau d'un consul honoraire, dit-il. Pourtant, dans les communiqués du ministre Rob Nicholson, on invite bien les citoyens en difficulté à contacter le «Consulat canadien à Katmandou»...

Mais M. Lasalle indique qu'il serait préférable de ne pas se rendre sur place en personne. Il convient que le gouvernement canadien préfère les inscriptions par Internet ou par téléphone.

Et Julie, elle fera quoi maintenant? Étonnamment, les touristes débarqueraient encore au Népal. Jacques Turcotte nous explique qu'elle se rendra donc dans la ville de Pokhara sous peu pour s'y reposer et accueillir des visiteurs amateurs de randonnées en montagne. Les circuits seront «réorganisés», mais pas annulés.  

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