Le gouvernement Couillard met la hache dans les Forums jeunesse

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Les Forums jeunesse étaient sans nouvelle et sans financement du gouvernement Couillard depuis le 1er avril.

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(Québec) Après 15 ans d'existence, les forums jeunesse régionaux du Québec seront finalement abolis. Le gouvernement Couillard a choisi de transférer leurs sommes et leurs responsabilités aux carrefours jeunesse-emploi (CJE).

Les forums jeunesse mettront fin à leurs activités le 30 juin. D'ici là, ils devront collaborer avec le Secrétariat à la jeunesse (SAJ) pour faciliter le transfert.

La nouvelle a été confirmée mercredi par le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, au cours d'un bref point de presse tenu en compagnie de la députée de Charlevoix-Côte-de-Beaupré et adjointe parlementaire du premier ministre responsable de la jeunesse, Caroline Simard, et de la présidente du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec, Monique Sauvé.

«Il y a actuellement au Québec 200 000 jeunes entre 15 et 29 ans qui ne sont ni à l'emploi ni aux études. Ce que nous voulons, c'est un service direct pour les jeunes. On veut que ces jeunes-là se mobilisent, et le moyen qu'on va utiliser, c'est un partenariat avec les CJE», a expliqué M. Hamad.

Les 14 millions $ de crédits jeunesse qui avaient été confiés aux 19 forums jeunesse lors du dernier budget leur ont donc été retirés. À compter du 1er avril 2016, le SAJ financera à hauteur de20 millions $ le «créneau carrefour jeunesse» des 110 CJE.

«Les CJE recevaient déjà 10 millions $ du SAJ. Avec cette nouvelle entente, ils recevront 10 millions $ supplémentaires. Les 4 millions $ de plus que recevaient les forums jeunesse vont être utilisés pour d'autres services directs aux jeunes qui seront annoncés en temps voulu par le gouvernement dans le cadre de sa Stratégie action jeunesse», a précisé l'attaché de presse du ministre Hamad, Salim Idrissi.

Les sommes confiées aux CJE permettront notamment de financer des projets en persévérance scolaire et en entrepreneuriat, mais aussi des projets favorisant la participation citoyenne et l'engagement des jeunes dans le développement de leurs communautés, précise-t-on dans le communiqué diffusé par Québec.

Les CJE enthousiastes

Le directeur général du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), Alexandre Soulières, a accueilli la nouvelle avec enthousiasme.

«Québec veut investir pour les jeunes qui ne sont ni en emploi ni aux études, et c'est justement une de nos préoccupations. On a besoin de tous nos jeunes sur le marché du travail au cours des prochaines années», souligne M. Soulières, ajoutant que les CJE devront discuter avec le SAJ pour voir comment s'articulera le nouveau mandat qui leur a été confié.

Les CJE du Québec reçoivent actuellement 45 millions $ par année du gouvernement, précise le dg du RCJEQ. «L'enveloppe globale destinée aux CJE est restée la même, c'est la façon de distribuer les sommes entre les CJE qui a été changée [à l'automne]. Certains carrefours ont donc vu leur budget diminuer d'un maximum de 10 %», explique M. Soulières, ajoutant que cette redistribution visait à prendre en considération les nouvelles données démographiques.

Les CJE comptent environ1500 employés et accompagnent quelque 60 000 jeunes par année dans leurs démarches en employabilité, en persévérance scolaire et en entrepreneuriat jeunesse, évalue M. Soulières.

«Les CJE ont un lien privilégié avec la communauté [...]. Quand on parle de participation citoyenne, ça ne se limite pas seulement à faire de la politique, c'est aussi s'engager bénévolement sur des conseils d'administration et participer aux clubs des petits déjeuners, par exemple», dit M. Soulières.

Le dg du RCJEQ estime également que «les jeunes qui développent des valeurs liées à l'entrepreneuriat, comme le leadership et l'autonomie, sont des citoyens plus engagés dans leur milieu et leur société».

****

La FQM inquiète

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) s'inquiète de ce qu'il adviendra de la mission et des mandats qui étaient assumés par les forums jeunesse. «Maintenant qu'ils ont les budgets des forums, est-ce que les carrefours jeunesse-emploi auront les mandats de concertation, de rôle-conseil et, particulièrement, de soutien financier aux actions jeunesse structurantes? Il est impératif que le premier ministre, responsable du dossier jeunesse, rassure les régions et qu'il annonce que les mandats des forums, par et pour les jeunes, auront une pérennité», a déclaré par voie de communiqué le président de la FQM, Richard Lehoux, en prenant soin de préciser que la Fédération ne défend pas des structures, mais bien «les missions essentielles à l'occupation et à la vitalité des territoires». Selon M. Lehoux, les Forums jeunesse livraient «des actions concrètes afin de favoriser la représentation des jeunes en région et d'assurer la concertation entre les représentants des jeunes et les partenaires locaux et régionaux».

Indignation et incompréhension

Avec l'abolition des forums jeunesse, c'est la voix des jeunes en région qui s'éteint, déplore la présidente de la Table de concertation des forums jeunesse régionaux du Québec (TCFJRQ), Élise-Arianne Cabirol.

L'annonce a secoué les responsables des forums jeunesse, qui regroupent 80 employés et 300 bénévoles. «On ne comprend pas. Les explications données [par le ministre Sam Hamad] sont très faibles. Et comme le gouvernement n'a jamais voulu nous rencontrer pour en discuter, c'est difficile de savoir ce qu'il nous reprochait», a commenté au Soleil Élise-Arianne Cabirol.

Les forums jeunesse étaient sans nouvelle et sans financement du gouvernement depuis le 1er avril. Certains avaient dû mettre la clé dans la porte au cours des derniers jours. «Le gouvernement nous a traités de façon inacceptable. Il ne nous a pas traités comme les bons partenaires du SAJ qu'on a été», s'indigne Mme Cabirol.

Ce qui désole le plus la présidente de la TCFJRQ, c'est que le ministre Hamad n'a rien dit en point de presse sur la participation citoyenne et électorale des jeunes, l'une des principales préoccupations des forums jeunesse.

«Le mandat des forums jeunesse n'est pas le même que celui des CJE. On a travaillé beaucoup à augmenter la participation citoyenne des jeunes, à favoriser la relève d'administrateurs publics, de politiciens... Les forums jeunesse étaient les principaux porteurs de voix des jeunes de toutes les régions. Il ne faudrait pas s'étonner que cette décision alimente le cynisme de toute une cohorte de jeunes», dit Mme Cabirol, selon qui le gouvernement n'a fait que déshabiller un réseau pour en habiller un autre.

«Une aberration»

«En matière d'efficience, le gouvernement manque de cohérence. Abolir des organismes qui fonctionnent bien et qui performent est une aberration», a-t-elle ajouté plus tard dans un communiqué.

Mme Cabirol a l'impression que le gouvernement a jeté les forums jeunesse «avec l'eau du bain», pour la seule raison qu'ils n'entrent pas dans le moule de la nouvelle gouvernance territoriale.

Le président du Forum jeunesse de la région de la Capitale-Nationale, Félix Joyal Lacerte, qualifie la décision du gouvernement de «catastrophe» pour le développement régional. «Les CJE ont certes une expertise en jeunesse, mais pas nécessairement sous l'angle du rôle-conseil, de la représentativité régionale, du par et pour les jeunes», s'inquiète M. Joyal Lacerte.

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