Daniel Gélinas: l'homme-orchestre qui voit grand

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Le grand patron du Festival d'été, Daniel Gélinas, se considère d'abord et avant tout comme «un gars de planification». Pour lui, il est essentiel de «savoir d'avance les affaires».

Le Soleil, Yan Doublet

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Festival d'été

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Festival d'été

Qu'il s'agisse de la programmation, des artistes qui viendront et des performances qu'ils offriront, vivez le Festival d'été de Québec au jour le jour avec l'équipe du Soleil. Ce rendez-vous culminera du 9 au 19 juillet 2015. »

(Québec) À la barre du Festival d'été depuis 14 ans, sauveur inespéré des Fêtes du 400e, membre de plusieurs comités à la Ville, Daniel Gélinas est un incontournable de la scène politico-culturelle de la capitale. Mais qu'est-ce qui fait encore courir ce grand amateur de jogging qui refuse les propositions pour se lancer en politique? Portrait d'un homme-orchestre qui dit carburer aux défis et, surtout, aux résultats.

Alors que le Festival d'été a le vent en poupe, que les plus grands artistes de la planète pop-rock s'y bousculent, le grand manitou Daniel Gélinas n'a pas encore le sentiment d'avoir fait le tour du jardin. Perfectionniste, il rêve de mener encore plus loin l'événement chéri des amateurs de musique de la capitale.

«Le public pense qu'on a atteint le maximum, notre plus grande vitesse de croisière, mais ce n'est pas le cas. Ça fait des années que je me demande comment faire pour être meilleur, pour faire mieux, pour atteindre un plus grand rayonnement international.»

Sur l'un des murs de son bureau, coin Charest et du Pont, quelques photographies témoignent de ses bons coups, les McCartney, Elton John, Roger Waters. On devine que Mick Jagger et les Rolling Stones trouveront bientôt une place de choix dans ce petit coin à souvenirs.

Si le Festival d'été fait partie des «trois ou quatre plus gros festivals d'Amérique du Nord», aux yeux du patron, il reste à faire parler de lui davantage à travers le monde. Le titre de «plus gros festival sous le radar», décerné récemment par le magazine Variety, lui fait certes un velours, mais il aimerait le voir prendre de l'altitude.

Difficulté d'adaptation

Adolescent, rien ne prédestinait Daniel Gélinas à la gestion de spectacles à grand déploiement. Après un séjour de deux ans en Algérie, avec un père fonctionnaire à l'Agence canadienne de coopération internationale, il débarque à la polyvalente Saint-Maxime, dans le quartier Chomedey-Laval. Un endroit qui ne lui a pas laissé de très bons souvenirs.

«Je n'arrivais pas à m'adapter. J'étais le plus jeune de la classe. On m'avait reclassé avec des élèves beaucoup plus vieux. Avec mon baby-face, en plus, ce n'était rien pour aider...»

Le jeune Gélinas éprouve du mal à se projeter dans l'avenir. «Il n'y avait rien de clair. Je n'avais aucune, mais quand tu dis aucune idée de ce que j'allais faire plus tard. Je trouvais tout compliqué. La fille du dépanneur, je trouvais ça compliqué son travail. Je me disais que je ne serais pas capable de faire la même chose. Je n'avais pas d'autre ambition que d'être bien. Mais ç'a été quand même de belles années...», glisse-t-il, dans un éclat de rire.

Un emploi d'été pour une compagnie d'installation de systèmes d'arrosage lui donne confiance en ses capacités. «J'ai été nommé chef d'équipe. Je me suis aperçu que j'arrivais à manager naturellement. Il n'y avait rien de forcé, même si les trois ou quatre autres gars étaient plus vieux que moi. J'ai beaucoup appris sur moi sans même m'en apercevoir.»

Malgré des notes scolaires «correctes», et des refus dans trois institutions collégiales, il parvient à entrer au Cégep de Trois-Rivières, la région qui allait lui servir de tremplin professionnel. À 22 ans, après un baccalauréat en sociologie à l'Université de Montréal, il revient dans la capitale trifluvienne pour faire une maîtrise en sciences du loisir à l'UQTR. Titre de sa thèse? «La participation des citoyens à la prise de décision en matière de loisirs dans les municipalités de moins de 5000 habitants.»

De fil en aiguille, il se retrouve directeur général de la corporation de développement économique de la région de Maskinongé. Son nom commence à circuler dans le milieu de la culture et des affaires. Il est appelé à la rescousse pour sauver de la faillite l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières. «Je devais y être trois ou quatre mois. J'y suis resté neuf ans...»

Il attrape la piqûre pour la gestion de spectacles. Il réussit un coup d'éclat avec son premier show extérieur, celui de l'ex-Jethro Tull, David Palmer, qui attire15 000 spectateurs au stade de baseball de Trois-Rivières, en juin 1991.

Lorsque le poste de directeur général du Festival d'été se libère, à la fin des années 90, une firme de chasseurs de têtes le soumet au conseil d'administration. On lui préfère Jean-Pierre Doucet. La seconde fois sera la bonne. Il est nommé d'office, sans entrevue.

À son arrivée, en janvier 2002, il revoit la structure de fond en comble. À titre de gestionnaire «qui aime savoir d'avance les affaires», il intègre des outils de planification, met fin aux déficits récurrents. «La gestion était "socialisante". Il y avait des déficits, mais ce n'était pas grave.»

Pas drôle et déprimant...

Si les amateurs de musique craquent pour le Festival d'été, il n'en a pas toujours été ainsi. Daniel Gélinas ne s'en souvient que trop bien. Lorsqu'il accède aux commandes, non seulement doit-il redresser les finances précaires de l'organisation, mais déployer une opération séduction auprès de la population et des médias.

«Le matin de la journée d'ouverture, lance-t-il, j'ai fait la tournée des radios du matin, c'était pas drôle. Le festival était très critiqué. C'était déprimant en simonak. En plus, il mouillait à siaux...»

«Je sentais que le festival était à un tournant, poursuit-il. Je savais qu'on était capable de jouer défensif, mais il fallait passer à l'offensive.» Son plan de match tient en cinq pages : ramener au bercail la jeune clientèle, présenter davantage de spectacles exclusifs, recruter de gros noms pour les Plaines.

Le pari s'avère payant. Les ventes de laissez-passer explosent, dopées par la venue des Scorpions, ZZ Top, Wyclef Jean et autres Bérurier Noir. Daniel Gélinas est aujourd'hui à la tête d'un événement au budget de 25 millions $, avec 40 employés permanents et plus de 500 au total lorsque la fête bat son plein.

«Le plus souvent, j'ai appris sur le tas. Je suis une personne de résultats. J'aime ça quand je vois ce qui arrive après. Et je ne veux pas avoir à m'expliquer pourquoi ça n'a pas marché.»

Les cinq membres de la formation classique de... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Les cinq membres de la formation classique de Genesis en 2014

Photothèque Le Soleil

Genesis sur les Plaines, «le top des tops»

Le groupe Genesis réunifié, Peter Gabriel et Phil Collins en tête, c'est le show ultime que Daniel Gélinas rêve de voir un jour sur les Plaines. «Ce serait letopdes tops, ce serait extraordinaire», lance celui qui voue une passion au rock progressif depuis son adolescence.

Le groupe britannique aux 150 millions d'albums vendus a fait l'objet de plusieurs rumeurs de réunification depuis sa dernière tournée, en 2007, mais rien ne s'est jamais concrétisé. «Je crois que la plupart des membres du groupe sont prêts. Steve Hackett le dit à qui veut bien l'entendre. Il y a peut-être une certaine résistance du côté de Peter Gabriel.»

Du grand patron de l'un des plus importants festivals musicaux d'Amérique du Nord, on se serait attendu à ce que Daniel Gélinas voue une passion inextinguible pour la musique sous toutes ses formes. Or, il est le premier à l'avouer, il n'est «pas vraiment un maniaque».

«Je n'ai pas la prétention de dire que je suis un connaisseur. Je ne suis pas capable de lire une partition, je ne joue d'aucun instrument, je fausse au boutte. Je n'achète plus beaucoup de CD. Chez moi, j'écoute un peu de musique à la radio. J'ai mes goûts personnels, mais je pense musique davantage en termes de business.»

Outre le rock progressif, ce père de deux enfants avoue un faible pour la musique classique, à cause des crescendos qui ont le don de l'inspirer. «La musique, pour moi, ça droit créer de l'émotion, avoir une résonnance intérieure.»

Terminée l'époque où il courait avec ses écouteurs. Ses séances de jogging, le long de la Saint-Charles, de ski alpin ou de vélo stationnaire se déroulent en silence. «Ça m'aide encore plus à réfléchir. Je dois me dépenser physiquement. Sans le sport, je ne pourrais pas faire ce que je fais. Le sport a un effet direct sur ma capacité à prendre la pression.»

Fêtes du 400e: la catastrophe évitée

Appelé en renfort à minuit moins une par le maire Labeaume pour sauver les Fêtes du 400e, il y a sept ans, Daniel Gélinas estime que l'avenir du Festival d'été était étroitement lié au succès ou non de l'événement.

«Le Festival ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui si le 400e avait été une catastrophe, croit-il. On aurait tous écopé. On aurait dit : voyez Québec, c'est un village, c'est pas sérieux... C'est la principale raison pour laquelle j'ai décidé d'y aller.»

Décembre 2007. Au cabinet du maire Labeaume, l'heure n'est pas aux réjouissances. Il faut trouver de toute urgence un timonier pour reprendre la barre. L'iceberg se profile à l'horizon. Le maire téléphone à Gélinas, alors sur une pente de ski, au Mont-Sainte-Anne. Ce sera lui l'élu, le nouveau capitaine. «Tu peux bien y réfléchir, mais t'as pas le choix», lui lance le maire. «Ok, mais je vais y penser pareil...» lui rétorque-t-il.

Sauver les meubles

Deux jours après Noël, Gélinas débarque au domicile de Labeaume. La députée fédérale Josée Verner est sur place, en compagnie de l'homme d'affaires Jean Leclerc. On lui dresse un compte rendu de la situation. C'est le début du compte à rebours et d'une laborieuse opération pour «sauver les meubles».

Gélinas passe des jours à potasser les budgets, les échéanciers, les contrats. Les bras lui tombent. À six mois de la date phare du 3 juillet, point d'orgue des festivités, l'essentiel des activités de la journée tient en un seul paragraphe. «Il n'y avait rien de fait. C'était vraiment tout croche. J'étais découragé. Sur le plan de la structure, il y avait un problème.»

Gélinas et son équipe se retroussent les manches. Tout se déroule «vite, vite, vite». Un «turn-over médiatique» est amorcé. La population est mise dans le coup. «Mon premier objectif était de laisser un souvenir impérissable aux gens d'ici. Quand tu fais des affaires à Québec, il faut que ce soit avec du monde de Québec. Les gens sont attachés à leur ville et voulaient que ça soit une réussite.»

The rest is history, comme disent les Anglais. Paul McCartney, Céline, Van Halen, le Moulin à images, Jorane et l'OSQ, le spectacle de Champlain devant l'Assemblée nationale, l'Opéra urbain, les feux d'artifice... Les foules affluent aux festivités. L'honneur de la ville est sauf.

De cette aventure casse-gueule, Daniel Gélinas en retire une grande fierté, même si avec le recul, il ne serait «pas sûr de refaire ce move-là».

«En même temps, à ce moment-là de ma carrière professionnelle, je crois que j'avais développé suffisamment de réflexes et d'aptitudes pour affronter ce genre de défi.»

***

Non à la politique

Comme toute personnalité qui connaît du succès dans sa sphère de travail, Daniel Gélinas a été courtisé par les partis politiques. Pendant les Fêtes du 400e, alors que se profilaient des élections provinciales, Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont (à l'époque de l'ADQ) ont sondé personnellement ses intentions.

«J'ai toujours dit non. Je ne me retrouvais pas là nécessairement. Je ne pense pas avoir la fibre de politicien. Je ne suis peut-être pas assez people, je préfère être underground

En rafale

Un politicien: René Lévesque. Pour sa vulnérabilité et ses défauts. Et son projet politique.

Un personnage historique: Napoléon

Un chanteur: Peter Gabriel. Pour l'innovation théâtrale et l'imaginaire de ses shows.

Un auteur: Yasmina Khadra. J'ai pas mal lu tous ses romans.

Un film: Le parrain

Une pièce de théâtre: Je ne suis pas un amateur de Michel Tremblay, mais j'ai trouvé fantastique l'adaptation musicale des Belles-Soeurs.

Un musée: le musée d'Orsay, à Paris

Un peintre: Salvador Dali

Une ville: Paris. C'est comme undeuxième chez-nous.

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