Saint-Thomas-d'Aquin: du (jeune) monde à la messe

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Depuis cinq ans, la messe des jeunes du dimanche soir attire plus de 300 personnes.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Une messe du dimanche soir qui rassemble plus de 300 jeunes adultes. Un «bistro du curé» au sous-sol de l'église, avec bière, nachos et pizza. Un jeune prêtre et deux vicaires, dont un rescapé de la culture punk, qui préfèrent l'authenticité des rencontres aux grands sermons. À l'heure où les églises se vident de leurs fidèles, la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin, à Sainte-Foy, semble avoir découvert la recette magique pour ramener les brebis égarées au troupeau. Incursion au coeur d'un phénomène pastoral inédit à Québec.

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Martin Lagacé, un rescapé de la culture punk, et Alexandre Julien sont les deux vicaires au coeur du renouveau charismatique de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin.

Le Soleil, Yan Doublet

En ce dimanche soir des Rameaux, l'église est presque remplie au maximum de sa capacité. Uniquement des jeunes de 18 à 35 ans qui font le choix de la foi plutôt que de La Voix. Des jeunes hommes, des couples avec leurs enfants, quelques ados. À l'arrière, quelques-uns attendent pour passer au confessionnal. Des pères déambulent pour calmer leur poupon, tout en prêtant l'oreille à la lecture de l'Évangile. Bienvenue à la messe la plus courue en ville par la jeunesse, celle de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin.

À l'heure où plusieurs églises ferment, faute de financement et de jeunes pour prendre la relève des têtes grises, le temple de la rue Louis-Jolliet, près de Myrand, fait figure d'exception. Depuis quelques années, un vent de renouveau souffle sur la paroisse avec l'arrivée de trois membres de la communauté de l'Emmanuel : le jeune prêtre Brice Petitjean ainsi que les vicaires Alexandre Julien et Martin Lagacé. Trois religieux en prise directe avec leur époque, qui privilégient une spiritualité de terrain aux grands sermons de leurs aînés.

D'une simple cérémonie tenue dans le choeur de l'église avec une poignée de fidèles, la messe dominicale attire cinq ans plus tard entre 300 et 350 personnes chaque semaine. Animation musicale avec orchestre live, chants religieux (quelques-uns en... latin), ambiance fraternelle, tout est mis en oeuvre pour séduire l'auditoire. Même si certains ne peuvent se retenir de pianoter sur leur cellulaire, l'assistance participe avec ferveur.

«On leur propose une liturgie différente. On essaie de les nourrir de nos prédications, de s'adresser à leurs besoins», explique Brice Petitjean, 36 ans, originaire de Metz, en France. «Les jeunes aiment se retrouver ensemble pour prier. Ça stimule leur foi de voir d'autres le faire.»

«Il est important d'être connecté au vrai monde, ajoute le vicaire Alexandre Julien, d'offrir une pertinence que le clergé a perdue au fil du temps.»

La proximité de l'Université Laval et des cégeps Garneau et de Sainte--Foy compte beaucoup dans l'achalandage à Saint-Thomas-d'Aquin.Les étudiants africains et latinos sont nombreux. Inscrite en relations internationales et affaires publiques à Laval, Raphaëlle Bérubé, 20 ans, avoue avoir redécouvert sa religion après un séjour humanitaire en Afrique. «J'avais pris mes distances à l'adolescence, mais en venant ici, j'ai senti un renouveau de l'espoir. Je ne suis pas la seule, il y a plusieurs autres jeunes à le vivre. Il n'y a pas seulement la messe, il y a plein d'autres activités pour nous. On est toujours bien accueillis.»

Débarqué à Québec il y a un an et demi, Brice Petitjean peut compter sur deux vicaires qui avaient contribué à semer les graines de cette petite révolution charismatique, les pères Alexandre Julien et Martin Lagacé. Deux religieux qui ont ramé un max avant de trouver leur vocation. Une expérience qui leur est utile auprès des jeunes à la recherche d'un sens à donner à leur vie.

Passé rock'n roll

Originaire de Québec, le père Martin oeuvre à Saint-Thomas-d'Aquin depuis huit ans. Dans sa jeune vingtaine, il a flirté avec la culture punk. Cheveux en brosse, bottes de l'armée, épingles à couche sur ses vêtements, il a squatté la place d'Youville dans les années 80, terminant ses soirées au Shoe-Clack ou au Local, sur la musique de Nina Hagen. «No future» était sa devise. «J'étais pas mal rock'n roll. Je ne foutais rien. J'aimais sortir, cruiser les filles. C'est aussi là que j'ai atteint le fond du baril.»

Après s'être inscrit en philosophie à l'Université Laval, le jeune Martin est toujours habité par de grandes questions. Il flirte avec le marxisme, l'existentialisme. Jusqu'au jour où une retraite de cinq jours lui donne rendez-vous avec son destin. Un séjour en Europe, auprès de la communauté de l'Emmanuel, confirme son choix de la prêtrise.

«J'ai compris que seul l'amour de Dieu était capable de répondre aux questions les plus profondes que je me posais. Dorénavant, ma vie, c'était l'évangélisation», confie le vicaire de 54 ans, qui gratte encore de la basse avec ses ouailles dans un groupe baptisé Ad Extra.

«Poqué de la vie»

À 39 ans, Alexandre Julien, le plus jeune prêtre diocésain de Québec, n'a pas choisi lui non plus le chemin le plus fréquenté. Lui aussi, «un poqué de la vie avec ses démons intérieurs», a été rongé par les grandes questions existentielles avant de faire le saut à la prêtrise et d'atterrir à Saint-Thomas-d'Aquin, il y a cinq ans. Plusieurs intenses séjours aux Journées mondiales de la jeunesse, alors qu'il était à l'orée de la vingtaine, l'ont conduit sur le chemin de la révélation. Un voyage sac à dos en Europe, «pour travailler [sa] confiance en Dieu», a fini de convaincre l'étudiant en théologie qu'il était. «C'était devenu clair et fort.»

C'est avec l'étincelle dans le regard et d'une voix douce que le jeune prêtre, originaire de Pont-Rouge, raconte ses multiples sorties de plein air et de sport avec les jeunes, en raquettes, en jogging ou en canot à glace, sur le fleuve. Des jeunes qui ont besoin, comme lui, de donner un sens à leur existence.

«Il existe un vide chez eux. Aujourd'hui, on leur dit que tout est possible, qu'il n'y a pas de limites, dans la consommation de drogues ou les relations sexuelles. Ils ont vécu toutes sortes d'expériences décevantes, alors ils ont soif d'authenticité. Ces jeunes ont encore une fraîcheur, ils ne sont pas encore blasés. Ils ont encore le désir de faire quelque chose de meilleur, de changer le monde.»

«Les jeunes reçoivent beaucoup d'informations, mais peu de formation, termine le père Lagacé. Tout est possible aujourd'hui, mais comme l'a déjà dit Platon, la liberté peut aussi conduire à la tyrannie.»

Après la célébration religieuse du dimanche soir, le... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Après la célébration religieuse du dimanche soir, le prêtre Brice Petitjean retrouve ses jeunes ouailles au Bistro du curé, au sous-sol de l'église, autour d'une bière et d'une pointe de pizza.

Le Soleil, Erick Labbé

Le bistro du curé

Une fois la messe du dimanche soir terminée, le sous-sol de l'église Saint-Thomas-d'Aquin se transforme en lieu de rencontre pour les jeunes qui veulent poursuivre la soirée dans une ambiance conviviale, autour d'une bière ou d'une pointe de pizza. 

Le Bistro du curé, c'est le nom donné à ce local sans prétention qui ne cesse de gagner en popularité depuis son ouverture, il y a un an. Les jeunes y viennent pour jaser entre eux, disputer une partie d'échecs, rencontrer de nouveaux visages. L'endroit a beau être situé dans une église et se voir comme un prolongement de la messe, les conversations ne tournent pas nécessairement autour de la religion. Certains jeunes ne viennent pas à l'office religieux et descendent directement au bistro.

Au fond du local, le bar où vont et viennent les employés, des étudiants et de jeunes travailleurs, tous bénévoles. Quelques dizaines de tables, un coin détente avec sofa, chaîne stéréo et piano. Au mur, Jean-Paul II pose un regard bienveillant sur les invités. Les conversations sont joyeuses et l'ambiance, fraternelle, parmi la trentaine de jeunes présents en ce dimanche des Rameaux.

Avant l'ouverture du bistro, les participants à la messe dominicale avaient pris l'habitude de réserver le deuxième étage du café Au temps perdu, rue Myrand, à un jet de pierre de l'église. Or, le prix de l'addition a fini par peser lourd dans le budget de plusieurs, d'où l'idée d'un lieu, facile d'accès, où les jeunes pourraient se retrouver autour d'un verre et d'un casse-croûte à prix abordable.

«Chaque dimanche, il y a toujours de nouvelles figures. Ça vient même de la Rive-Sud», lance Raphaël De Champlain, 22ans, en dégustant une assiette de nachos. 

Épanouissement

Pierre-Emmanuel fréquente l'endroit depuis cinq ans, pour son plus grand épanouissement. Le chemin de croix et les affres de l'existence, il connaît. «J'étais un voyou, j'en ai fait des affaires qui se racontent pas dans le journal...», glisse-t-il, une branche de rameau à la main, recueilli lors de la célébration religieuse d'avant-bistro. 

«Avant, j'étais athée, je ne croyais en rien. Je n'avais plus envie de vivre, j'avais des problèmes de drogue, des idées noires. Je me dirigeais vers mon tombeau, comme un gars désespéré rendu au last call. J'avais plein de questions sans réponses.

«C'est le Bon Dieu qui m'a conduit jusqu'ici, poursuit-il. J'ai trouvé un logement pas loin, sur la rue Paradis, c'est un signe... Et je suis venu faire mon tour. J'ai aimé l'ambiance. J'ai décidé de prendre ma vie en main et me suis mis à prier.»

Le jeune travailleur de 32 ans ne voit pas le jour où il sautera un dimanche soir au Bistro du curé. «Je viens pour discuter, pour faire le point sur ma vie. C'est comme une routine. J'ai reconstruit ma vie sur des bases solides. Ça me recharge les batteries pour la semaine. Je viens chercher mon bonheur.»

La communauté de l'Emmanuel

Fondée en 1972 par Pierre Goursat, dans la foulée du Renouveau charismatique, la communauté de l'Emmanuel (qui signifie «Dieu avec nous») est une communauté catholique internationale reconnue par le Vatican comme une association publique de fidèles. Présent dans 59 pays, le regroupement compte 9000membres, dont des laïcs, des célibataires consacrés et quelque 240 prêtres. «Ses membres s'engagent à vivre ensemble l'adoration, la compassion, et l'évangélisation», peut-on lire sur le site de la communauté.

Carême 2.0

Temps de préparation à la commémoration de la Passion, le carême est associé chez les catholiques à une période de jeûne et d'abstinence de 40 jours. Les repas se font plus frugaux, on diminue les portions, la viande est moins souvent au menu. Mais aux yeux du père Alexandre Julien, ses ouailles gagneraient en spiritualité pendant cette période s'ils décidaient plutôt de prendre congé d'Internet, de Facebook et de tous les écrans, petits et grands. Même s'il possède un cellulaire, très utile pour envoyer et recevoir des textos, le père Alexandre croit qu'une sorte de carême 2.0 permettrait à chacun de retrouver sa liberté. «Ce sont des technologies utiles, mais qui amènent de nouveaux défis. Il faut savoir s'en servir intelligemment. C'est maintenant hyper facile de verser dans l'addiction. Autour de moi, je vois beaucoup de jeunes qui vivent accrochés à Facebook, aux jeux vidéo, aux sites pornographiques. Ils sont coincés dans un pattern vicieux. Ils sont à la recherche d'une consolation qui ne vient jamais. L'anecdotique prend le dessus sur les réalisations profondes. On perd le sens du moment présent et des moments privilégiés avec des personnes importantes dans notre vie. La culture du loisir a ses limites, il faut savoir prendre du temps pour les autres.»

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