Accès au logement: de la «sélection», pas de la «discrimination», dit un propriétaire

À 69 ans, le propriétaire d'immeuble Gilles Viel dit... (Photo Ève Guillemette)

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À 69 ans, le propriétaire d'immeuble Gilles Viel dit avoir appris de ses mauvaises expériences. «Au début, tu essaies d'être gentil, correct. Et à un moment donné, tu y goûtes. Chat échaudé craint l'eau.»

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(Québec) «Je ne peux pas faire entrer une famille avec de jeunes enfants dans un bloc de personnes âgées... On ne fait pas de "discrimination", mais on fait de la "sélection".»

Gilles Viel a été «touché» par le récit publié dans Le Soleil de lundi. Celui d'un couple qui se plaint d'avoir de la difficulté à dénicher un appartement parce que les propriétaires ne veulent pas d'enfants. Lorsque nous avions appelé la responsable de la location du logis convoité, elle nous avait ouvertement dit qu'il était inutile que les familles se déplacent pour une visite puisque le logement ne sera pas octroyé à un ménage avec des petits. C'est illégal puisque discriminatoire.

Gilles Viel compatit, même s'il n'est pas concerné par ce cas précis. Il connaît toutefois bien le domaine de la location de logements. Il est propriétaire. De combien d'immeubles? «Suffisamment» pour s'assurer un revenu de retraite agréable, répond-il. «On en a assez pour ne pas demander la charité à personne. Au moins une vingtaine.»

Des locataires, il en a plusieurs. Et il se dit bien sensible à leurs droits. «Tout le monde a le droit de vivre... mais il ne faut pas être naïf», nuance-t-il. «Il faut protéger ses arrières. Il y a deux côtés à une médaille.»

Mauvaises expériences

«On administre en bon père de famille. Avec une espèce de gros bon sens», fait-il valoir. Un «gros bon sens» parfois «chamboulé» par la Régie du logement et la Charte des droits et libertés qui encadrent ce secteur d'activité afin d'éviter les abus et la discrimination.

«On est en mode accueillant... mais on a fait nos classes.» Il revendique ouvertement le droit des propriétaires au libre choix. «Ces immeubles-là, c'est vous qui payez les factures, qui les entretenez. Vous vous assurez que ce soit un milieu de vie agréable, pas tumultueux.»

Sinon, le téléphone sonne, les voisins se plaignent, s'engueulent. «Les blocs appartements, c'est un kaléidoscope de la vie, un échantillonnage, un morceau de planète.»

«Dans nos immeubles, il faut apprendre à se protéger.» Comment? En faisant une première «sélection» au téléphone. «On choisit, sans faire de discrimination», insiste-t-il. «Et on demande des références.»

Il ne promet ensuite jamais un appartement à une personne qui le visite. Jamais. Parmi ceux qui sont intéressés, il fera un autre tri. Lorsqu'il doute, il exige une caution, que quelqu'un se porte garant du bail.

Pourquoi tant d'efforts? Entre autres, afin de séparer les profils: les familles dans un immeuble, les animaux dans un autre, les aînés ensemble. «On essaie d'avoir une certaine homogénéité», explique-t-il, ouvertement.

Si tout le monde a un chien, personne ne peut se plaindre de l'autre. Si les jeunes enfants pleurent, se lèvent, se couchent autour de la même heure dans tous les logis d'une tour, chacun est heureux, selon lui.

De toute façon, enchaîne Gilles Viel, les locataires recherchent souvent l'uniformité. Les retraités, lorsqu'ils arrivent, s'inquiéteraient: «C'est-tu tranquille dans le bloc?» Il répond par l'affirmative. «Est-ce que ces gens-là ont le droit à la tranquillité? Ma réponse, c'est oui.» Donc, pas de jeunes, pas de famille, pas d'étudiants dans les immeubles pour personnes âgées.

Lui-même se vante d'avoir 6 enfants et 11 petits-enfants. Son expérience lui aurait toutefois appris que les locataires d'un certain âge préféreraient un voisinage semblable.

À prendre ou à laisser

Pour maintenir un climat agréable, il va plus loin : «Nos immeubles ont des règlements. Quand ça ne plaît pas... y'a de la place ailleurs.» C'est à prendre ou à laisser.

Des exemples : pas de talons hauts dans les logements aux planchers de bois franc; question de bruit sur la tête du voisin du bas. Pas de patins à roues alignées dans l'appartement non plus.

Obligation, aussi, de fermer son réveil-matin avant de quitter le logement! Une locataire a déjà oublié le sien avant de partir à Rimouski. C'était un appareil qui augmentait le volume progressivement... «J'en ris des fois!»

Certains conflits aboutissent cependant à la Régie du logement. Comme ce jeune qui ne voulait pas baisser le volume de sa musique préférée... Il est finalement parti. Et a eu de la difficulté à se trouver un autre logement, les propriétaires appelant M. Viel pour une référence.

Les dossiers de santé mentale seraient cependant les plus lourds. Il y a eu cette femme quasi parfaite «au début», 40 ans, belle voiture... «Ça a été l'enfer!» Bipolaire, elle changeait ses serrures, remplissait celles de ses voisins de colle.

Mais même s'il déploie plusieurs stratégies afin de «choisir» ses locataires, Gilles Viel convient que les cas problèmes ne sont pas nombreux. «Je considère que 99 % des gens sont des bonnes personnes.»

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