Thomas De Koninck: l'homme aux 1001 questions

Le bureau de Thomas De Koninck, au pavillon... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Le bureau de Thomas De Koninck, au pavillon Félix-Antoine-Savard, au coeur du campus, déborde de livres qui nourrissent ses réflexions.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le professeur Thomas De Koninck habite le paysage philosophique de la capitale depuis un demi-siècle. Homme de foi et de principes, grand penseur devant les thèmes existentiels qui taraudent l'humain depuis des millénaires, l'octogénaire demeure très actif et garde toujours intact son sens du questionnement. Comme un certain Petit Prince...

Foi de Thomas De Koninck, «la priorité des priorités» pour une société doit être l'éducation. Tout repose sur cette valeur cardinale qui permet aux citoyens de ne pas se laisser berner par le premier venu. «S'il y a un endroit où il ne faut pas couper, c'est l'éducation. Si les citoyens sont ignares, ils vont se faire prendre par n'importe quel démagogue qui flatte, flatte et flatte...»

Assis dans son bureau du pavillon Félix-Antoine-Savard, Thomas De Koninck parle d'une voix douce et feutrée. Les grandes envolées ne sont pas sa tasse de thé. Derrière lui, par la fenêtre, une vue imprenable sur le campus où il a fait ses débuts dans l'enseignement, à l'automne 1964.

Autour de lui, des livres, des livres, encore des livres, autant de livres qui lui rappellent l'étendue de son... ignorance. «Je ne suis pas sage, je ne sais rien. C'est ce que Platon appelait la double ignorance : savoir qu'on ne sait rien. Je me méfie des gens qui pensent tout savoir.»

La philosophie est l'art de la sagesse, également celle de se poser des questions sur notre monde. Et des questions, le professeur n'a jamais fini de s'en poser à force de réfléchir. Sur le sens de la vie, le bonheur, la foi, la dignité, la liberté, la vérité, sans oublier l'ultime question, celle de la mort. Tout cela en s'inspirant des grands penseurs de l'histoire dont les enseignements demeurent toujours pertinents, surtout dans une société complexe et en perte de repères, où l'information circule à une rapidité phénoménale.

«La philosophie s'avère plus nécessaire que jamais parce que nous avons besoin d'une vision globale et concrète qui tient compte de cette complexité. Un accent très fort est mis sur la technologie, c'est très bien, mais tout devient très vite passé de mode, dépassé.»

La marmite philosophique

Tombé jeune dans la marmite philosophique - son père Charles, qui a donné son nom au pavillon des sciences sociales de Laval, a été comme lui doyen de la faculté de philosophie - Thomas De Koninck a dirigé plus de 200 mémoires de maîtrise et thèses de doctorat. Cette proximité avec la jeunesse et ses idées continue de l'animer. Et ce qu'il voit des nouvelles générations d'étudiants le rassure.

«On a de très bonnes recrues, très disciplinées. Les étudiants des dernières années sont particulièrement éveillés, avec une ouverture sur le monde. Ils sont prêts à contribuer à bâtir une nouvelle société, un monde meilleur. On a vu les préoccupations des jeunes en 2012 [lors des manifestations du printemps]. Ils voulaient démontrer leur opposition à la marchandisation de l'éducation, à un déséquilibre de financement au détriment des humanités, qui demeurent très importantes.»

De toutes les grandes questions qui préoccupent le philosophe, celle de la mort s'impose de plus en plus dans son esprit. À bientôt 81 ans, difficile d'en être autrement. «Je m'intéresse beaucoup à la question de Dieu, même si les baby-boomers au Québec éprouvent du ressentiment à l'égard du passé. Ça se pose, la question de Dieu devant la beauté de l'univers, du cosmos. Ça ne s'est pas fait tout seul tout ça. Toute cette beauté fait croire en Dieu.»

Vivre jusqu'au bout

À titre de philosophe, Thomas De Koninck plaide une approche différente du consensus juridico-politique en matière de soins en fin de vie. Mourir dans la dignité ou l'aide médicale à mourir, très peu pour lui. «On joue sur les mots, lance-t-il. On est contre le suicide et là, on serait pour le suicide assisté... Ça manque de réflexion. On prive les gens d'un cheminement important.» Pour lui, seuls les soins palliatifs ont le mérite de respecter l'être humain. «Ce qui est très beau [avec les soins palliatifs], c'est de permettre aux gens de vivre leur liberté jusqu'au dernier instant, c'est important de respecter cette zone de liberté. Puisque c'est la fin de ma vie, tout d'un coup, je peux m'accomplir, je peux changer intérieurement. Celui qui est faible et dans un état de dépendance, il reste un être humain. Ce n'est pas une dignité décorative.»

La légende du Petit Prince

L'histoire est entrée dans la légende et Thomas De Koninck est le premier incapable de départager le vrai du faux. Antoine de Saint-Exupéry se serait inspiré du gamin curieux qu'il était, lors d'une visite au domicile familial, dans le Vieux-Québec, en 1942, pour écrire son célèbre livre Le Petit Prince, vendu à 145 millions d'exemplaires. «Il a aussi pu s'inspirer d'autres enfants qu'il a croisés, c'est très plausible.» De cette rencontre, Thomas De Koninck conserve un «souvenir affectif attachant». Il se souvient d'un «grand gaillard planté dans le milieu du salon, avec les enfants». L'homme était le seul adulte à s'intéresser aux plus petits. «Il écoutait nos questions, nous montrait des dessins, nous fabriquait des avions en papier.» À son avis, il existe une «sorte de coïncidence dans le temps» qui fait que la théorie voulant qu'il ait servi d'inspiration au romancier tient la route. «Le livre a été publié à New York en 1943 et en France en 1946. Il avait déjà fait les dessins et peut-être écrit les textes après son séjour à Québec. Mais comme j'ai toujours dit : le Petit Prince, c'est Saint-Exupéry.»

En rafales

Un politicien

Socrate, parce qu'il posait beaucoup de questions... (rire). Pour son amour de la vérité, sa recherche du vrai, la reconnaissance de son ignorance.

Un personnage historique

Périclès (mort en 429 av. J.-C.). Il avait un grand souci du bien commun. Il n'était pas là pour se servir, mais pour servir. Aujourd'hui, c'est trop souvent le contraire.

Un auteur

Shakespeare. Toutes les grandes questions philosophiques sont dans son oeuvre. C'est génial, tellement riche et écrit dans une langue fabuleuse. Ça demeure aussi très actuel.

Un film

Des hommes et des dieux (du réalisateur français Xavier Beauvois, sur l'assassinat des moines de Yibhirine, en 1996, lors de la guerre civile algérienne). Un témoignage extraordinaire.

Une pièce

Hamlet, un chef-d'oeuvre incomparable, et Antigone, de Sophocle.

Un peintre

Rembrandt, sans doute parce que j'ai vu beaucoup de ses tableaux dans ma jeunesse. J'apprécie particulièrement L'homme au casque d'or. Il y a aussi le peintre hollandais Johannes Vermeer et sa toile La jeune fille au turban (aussi appelée La jeune fille à la perle).

Un chanteur

J'aime bien Félix Leclerc. Je l'écoute encore très volontiers. Un personnage authentique, simple, attachant.

Un musée

Le Louvre, que j'ai beaucoup fréquenté à une certaine époque.

Une ville

Paris, même si ce n'est pas très original. Chaque fois que j'y vais, je me sens chez moi.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer