Lutte contre l'itinérance: Québec a cédé aux exigences d'Ottawa

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Le maire de Montréal, Denis Coderre, a confié que l'approche fédérale n'était pas acceptable et ne pouvait répondre à une problématique aussi complexe que l'itinérance.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
Québec

Ottawa a bel et bien réussi à imposer ses conditions à Québec pour l'utilisation des fonds fédéraux destinés à la lutte contre l'itinérance et ce, malgré deux résolutions unanimes de l'Assemblée nationale lui demandant de maintenir les orientations traditionnelles de la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI).

Bien que la ministre québécoise responsable du dossier de l'itinérance, Lucie Charlebois, ait nié à plusieurs reprises avoir cédé aux exigences fédérales, les documents et informations obtenus par La Presse Canadienne démontrent que 65% des fonds fédéraux destinés aux régions de Montréal et de Québec devront être consacrés à l'approche «Logement d'abord», soit la même norme que celles imposée par le gouvernement conservateur à d'autres grandes villes canadiennes, notamment Toronto et Vancouver.

Or, ces deux régions - qui regroupent Montréal, Laval, les Laurentides, Lanaudière, la Montérégie, Québec et Chaudière-Appalaches - accaparent à elles seules 83% de l'enveloppe fédérale annuelle de 18 millions $.

L'approche «Logement d'abord», rebaptisée «stabilité résidentielle avec accompagnement» par Québec, vise à soutenir financièrement l'installation d'itinérants chroniques et épisodiques dans des logements privés, avec l'appui des ressources communautaires. Même si tous les intervenants reconnaissent que cette politique peut avoir son utilité, ils précisent qu'elle ne peut répondre à tous les besoins et qu'elle ne devrait pas accaparer une part aussi importante de l'enveloppe car cela signifiera la mise à mort d'autres projets tout aussi utiles pour s'attaquer à une problématique complexe qui doit être abordée sur plusieurs fronts.

La Stratégie fédérale, créée en 2001, avait toujours permis au Québec d'utiliser ces fonds selon ses priorités. Ottawa avait toutefois annoncé son intention d'imposer une politique de Logement d'abord dans le budget de 2013, ce qui avait mené au dépôt des deux résolutions adoptées à l'unanimité, l'une le 30 avril 2013 et l'autre le 25 septembre 2014. La ministre Charlebois était au nombre des députés ayant présenté la dernière motion.

Mme Charlebois avait promis de négocier avec Ottawa pour maintenir le caractère généraliste de la SPLI. Or, au début de décembre, lors d'une visioconférence avec les Agences de santé des régions concernées et des représentants des groupes communautaires, la responsable du dossier de l'itinérance au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Lynne Duguay, annonçait qu'un accord de principe avait été conclu avec Ottawa et que le gouvernement fédéral avait exigé que 65% de l'argent soit consacré à une approche de logement d'abord, selon plusieurs témoins.

Mme Duguay n'a pu être rejointe pour une entrevue, le ministère indiquant qu'elle n'était «pas disponible».

La ministre Charlebois, lors de deux entrevues avec La Presse Canadienne, a répété à quelques reprises que l'entente de principe ne contenait aucune proportion chiffrée pour l'allocation des fonds et que d'octroyer des fonds au logement était au coeur de sa propre politique, en ligne directe avec celle de sa prédécesseure péquiste Véronique Hivon. Mme Charlebois a cependant ajouté à quelques reprises qu'elle ne pouvait laisser l'argent du fédéral sur la table.

Le bureau de Mme Charlebois a toutefois refusé de fournir de copie de cette entente de principe fédérale provinciale, affirmant qu'elle est «confidentielle».

Les organismes communautaires n'ont donc eu d'autre choix que de présenter des projets prévoyant 65% de dépenses consacrées au la stabilité résidentielle avec accompagnement, comme l'exigent les Plans communautaires.

Mme Charlebois a d'ailleurs insisté à quelques reprises sur le fait que les Plans communautaires avaient été préparés en collaboration avec le milieu et que son ministère n'avait pas imposé la norme de 65% des sommes consacrés à la stabilité résidentielle avec accompagnement.

Toutefois, une source à l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal a confirmé à La Presse Canadienne que la norme de 65% était «une orientation du ministère» et que les organismes n'avaient eu d'autre choix que de l'accepter.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a également confié à La Presse Canadienne que l'approche fédérale n'était pas acceptable et ne pouvait répondre à une problématique aussi complexe que l'itinérance. Estimant qu'il s'agit là d'un enjeu électoral, M. Coderre a indiqué qu'il mettrait tous les efforts, en collaboration avec les maires des autres métropoles canadiennes, pour faire reculer le gouvernement fédéral dans ce dossier.

Les régions de Drummondville, Sherbrooke, Saguenay, Trois-Rivières et Gatineau, qui se partagent les 17% restants de l'enveloppe fédérale, doivent pour leur part consacrer 40% des sommes à des projets axés sur l'approche Logement d'abord.

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