Les commerçants de Saint-Roch proposent une clinique d'injection supervisée mobile

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À Vancouver, l'implantation d'Insite aurait eu des conséquences économiques malheureuses dans le quartier, plusieurs commerces du coin ayant plié bagage après avoir vu la clientèle changer.

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(Québec) Un service d'injection supervisée à domicile ou encore une clinique mobile. Plutôt que soit implanté un centre fixe en basse ville, les commerçants de Saint-Roch avancent l'idée d'aider les toxicomanes là où ils se trouvent pour éviter des conséquences économiques désastreuses.

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La directrice générale de la SDC Saint-Roch, Catherine Raymond, croit que le CLSC, qui se déplace déjà chez des patients, n'aurait qu'à ajouter le service d'injection supervisée.

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«Il y a moyen de faire quelque chose pour ces gens-là sans en venir à des solutions drastiques qui peuvent avoir des conséquences importantes pour le milieu. Je ne comprends pas pourquoi c'est encore à l'ordre du jour d'avoir un centre», lance la directrice générale de la Société de développement commercial (SDC) Saint-Roch, Catherine Raymond.

Selon elle, le nombre d'utilisateurs de drogues injectables dans la Capitale-Nationale ne justifie tout simplement pas les investissements que requiert l'implantation d'un centre d'injection supervisée. «Je ne veux pas contredire la Santé publique, mais ce n'est pas dramatique actuellement», avance-t-elle.

Le rapport du comité de travail coordonné par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale évalue à 900 le nombre d'utilisateurs de drogues intraveineuses à Québec. Mme Raymond dit avoir consulté des statistiques provenant d'autres villes indiquant que seulement 3 % de ce type de toxicomanes fréquentent les centres fixes qui y sont aménagés. «Ça voudrait dire de 30 à 60 personnes ici, c'est pas beaucoup pour toute l'infrastructure nécessaire!»

Les commerçants de Saint-Roch se sont toujours opposés à l'ouverture d'un centre d'injection supervisée, un projet qui nuirait grandement, selon eux, à la revitalisation du secteur. «On ne veut pas revenir à Plywood City!» illustre Catherine Raymond. À Vancouver, l'implantation d'Insite a eu des conséquences économiques malheureuses dans le quartier, souligne-t-elle, puisque plusieurs commerces établis dans le coin ont plié bagage après avoir vu la clientèle changer et devenir de moins en moins compatible avec leur offre.

La SDC craint également pour la mixité sociale, alors que d'importants efforts ont été faits au cours des dernières années pour attirer des familles ou des personnes âgées dans le centre-ville. La présidente est certaine que les résidents s'opposeraient aussi à l'aménagement d'un lieu fixe à deux pas de chez eux, surtout si une «zone franche», où la présence de drogue est tolérée par la police, est délimitée.

Aider autrement

Mais Catherine Raymond ne demeure pas moins convaincue que les toxicomanes ont besoin d'aide. «Il faut simplement trouver comment faire en sorte que l'intervention se fasse en enlevant les irritants», souligne celle pour qui la solution passe par un service à domicile ou mobile. La présidente de la SDC croit que le CLSC, qui se déplace déjà chez des patients, n'aurait qu'à ajouter le service d'injection supervisée. «On a la structure, on a juste à bonifier les services. Je suis sûre qu'au bout du compte tout le monde serait gagnant.»

Une clinique mobile pourrait également être envisagée. Dans les deux cas, souligne Mme Raymond, les usagers n'auraient pas à parcourir les distances parfois importantes qui les séparent du centre d'injection. Même si dans son rapport aucun lieu précis n'est indiqué, la présidente de la SDC croit que les autorités l'imaginent en basse ville, par exemple à la frontière de Saint-Roch et Limoilou. Pour les utilisateurs de drogues injectables habitant les quartiers Saint-Sauveur ou Vanier, la marche ou le trajet en autobus serait tout simplement inimaginable, surtout si leur consommation est importante et que leur état physique ne permet pas le déplacement, fait valoir Mme Raymond.

Celle-ci est convaincue que ses homologues des quartiers voisins partagent son avis et entend bien promouvoir ses idées auprès des acteurs impliqués dans le dossier, dont la Ville de Québec et les deux ordres de gouvernement.

Rien n'est exclu par les groupes communautaires

L'organisateur communautaire du CSSS de la Vieille-Capitale, Marc De Koninck, qui a coordonné la vaste étude ayant recommandé la mise en place d'un service d'injection supervisée (SIS) à Québec n'exclut pas la possibilité que celui-ci soit mobile.

«À cette étape-ci des travaux, il n'y a rien qui est fermé. Ça fait partie des choses que l'on va devoir évaluer», a affirmé M. De Koninck dans une entrevue au Soleil. Il souligne que ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le ministère de la Santé a choisi de parler de «service» d'injection supervisée plutôt que de «site» dans son acronyme.

«La plupart des villes dans le monde, c'est un endroit précis, mais il y a la possibilité d'avoir d'autres formules. Ce qui est sur la planche à dessin à Montréal, c'est trois sites fixes et un site mobile, il est tout à fait légitime que l'on évalue cette possibilité à Québec», renchérit l'organisateur communautaire, précisant toutefois que la clientèle réduite ici forcera probablement les autorités à faire un choix entre l'un ou l'autre des modèles plutôt qu'une mixité des approches. «Mais tout ça est très, très préliminaire», insiste-t-il.

Il rappelle que, de toute façon, tous les acteurs impliqués, tant les commerçants, les citoyens, les utilisateurs que les autorités, devront s'asseoir ensemble pour définir ce qui convient le mieux à Québec. «C'est d'ailleurs une des recommandations de l'étude que l'on impose un processus de consultation», souligne Marc De Koninck.

Pour le directeur de Point de repères, un organisme communautaire qui travaille notamment auprès des toxicomanes, il est encore trop tôt pour se prononcer sur la forme que prendra un éventuel SIS à Québec. Mais Mario Gagnon dit «bien aimer» l'idée de Montréal d'avoir un projet mixte, puisque des services 100 % mobiles pourraient faire en sorte que des utilisateurs oublient l'heure ou l'endroit où se trouve le personnel pour les aider.

M. Gagnon se réjouit par ailleurs de l'ouverture de la Société de développement commercial Saint-Roch, qui était autrefois complètement opposée à l'idée de l'implantation d'un SIS. Il souligne cependant que, contrairement à ce qu'affirme la présidente Catherine Raymond, aucune zone franche ne serait délimitée si un centre fixe voyait le jour.

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