Journée internationale des femmes: cinq luttes qui restent à finir

Une cinquantaine de personnes ont battu samedi le... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

Agrandir

Une cinquantaine de personnes ont battu samedi le pavé de la ville de Montréal en prévision de la Journée internationale des droits des femmes.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) La Journée internationale des femmes est l'occasion de célébrer le chemin parcouru pour l'atteinte de l'égalité des droits, mais aussi de se rappeler que certaines luttes ne sont pas terminées. Le Soleil s'est penché sur cinq enjeux qui sont toujours d'actualité pour les femmes en 2015.

Violence conjugale

S'il fallait croire les gens qui répondent aux sondages, la violence conjugale se répartirait équitablement entre les hommes et les femmes, explique Louise Langevin, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval.

Toutefois, quand la définition du gouvernement du Québec de la violence conjugale est appliquée - soit qu'il s'agit d'un conjoint qui prend le contrôle de l'autre -, les femmes se retrouvent plus souvent victimes. «Les femmes peuvent être violentes, mais étant donné que les hommes sont plus forts physiquement, elles sont plus en danger. La violence conjugale peut aller jusqu'à l'homicide.»

Si le portrait de l'agresseur est dur à dessiner, celui des victimes est plus défini. «Ce qu'on sait, c'est que plus les femmes sont jeunes, peu instruites, autochtones ou immigrantes et qu'elles sont vulnérables économiquement, plus elles sont à risque d'être victimes de violence conjugale», indique Mme Langevin.

Selon les chiffres de 2013, publiés en 2015 par le ministère de la Sécurité publique, la violence conjugale touche plus de 18 000 personnes de 12 ans et plus au Québec. Il s'agit du quart des crimes contre la personne. Chaque année, les coûts de cette violence se chiffrent à 219 $ par personne, précise Mme Langevin.

Agressions sexuelles

Les femmes ne sont pas les seules à subir des agressions sexuelles, mais elles sont surreprésentées dans les statistiques : 82,8 % des victimes d'agression sexuelle en 2013 étaient des femmes contre 17,2 % d'hommes. La majorité d'entre elles avaient moins de 18 ans au moment de l'agression.

Loin du scénario de l'inconnu dans une ruelle, l'agression sexuelle survient le plus souvent dans une résidence privée. L'agresseur et la victime se connaissent. Selon les statistiques 2013 sur les infractions sexuelles au Québec du ministère de la Sécurité publique, les crimes sexuels sont en hausse. Louise Langevin, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval, précise cependant qu'il est possible que ces chiffres soient en croissance parce que les agressions sont plus souvent dénoncées. Les campagnes de prévention et les mouvements comme #AgressionNonDénoncée encouragent les victimes à briser le silence, explique Mme Langevin, qui rappelle que la honte et la culpabilité restent toujours des obstacles à la dénonciation.

Plafond de verre

Dans les entreprises, le plafond de verre craque, mais ne se brise pas aisément. Selon l'Enquête 2012 sur la population active, adaptée par l'Institut de la statistique du Québec, les femmes demeurent sous-représentées dans les emplois de gestion par rapport à leur poids total sur le marché de l'emploi.

Chercheuse à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, Ève-Lyne Couturier jette une partie du blâme sur le biais implicite, soit de préférer inconsciemment un homme à une femme pour des postes décisionnels. Une même compétence sera jugée sur une échelle différente selon si elle est présente chez un homme ou chez une femme.

Ce biais entre également en jeu lorsqu'il est question de la vie familiale et du fait d'avoir oui ou non des enfants. «On ne réfléchit pas au fait qu'un père aussi doit prendre des congés», explique-t-elle. «Cette réflexion-là traverse beaucoup moins l'esprit quand vient le temps d'engager un homme ou de lui donner une promotion. Comme si la conciliation travail-famille était uniquement féminine.»

Selon Katia de Pokomandy-Morin, directrice générale du YWCA Québec, les femmes ont aussi moins tendance à lever la main et à prendre leur place, ce qui leur coûte des opportunités.

Écart salarial

Le salaire des femmes «est toujours d'environ 0,75 $ pour chaque dollar qu'un homme gagne», explique Carol-Anne Gauthier, doctorante à la Chaire Claire-Bonenfant. «Dans une même entreprise, pour le même travail, il y a de fortes chances qu'on retrouve des inégalités.»

L'écart est surtout présent dans les entreprises de 200 employés et plus et dans les milieux non syndiqués. Entre le salaire horaire moyen d'un homme et d'une femme, on retrouve 4,19 $ d'écart, précise l'Institut de la statistique du Québec, selon l'Enquête sur la rémunération globale. Si les femmes sont défavorisées dans les métiers à prédominance masculine et ceux sans prédominance, l'écart n'est pas significatif dans les métiers plus traditionnellement féminins.

L'écart ne se retrouve pas qu'entre employés d'une même compagnie, mais dans l'ensemble des métiers. «Étant donné que les compétences masculines [par exemple, le travail manuel] sont plus valorisées, les emplois "masculins" sont généralement mieux payés, et ce, pour des niveaux de compétence égaux», indique Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques.

Droits reproductifs

Au Québec, l'avortement est légal jusqu'à la 23e semaine de grossesse. Et les frais de l'intervention sont remboursés par la RAMQ. Légale ne veut cependant pas dire accessible. Selon une étude d'IRIS sur le privé et la santé reproductive des femmes publiée en 2011, les points de service seraient mal répartis dans la province. Dans les régions dites «éloignées», les points de service sont plus rares sur un vaste territoire et les femmes doivent alors se déplacer sur de longues distances pour avoir accès au service. «Il faut que les gouvernements continuent à investir pour que les femmes aient un accès réel au service», affirme Louise Langevin, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval.

En matière de droits reproductifs, la professeure rappelle qu'ils ne sont jamais acquis et que le recul est toujours possible. «Aussi longtemps que les conservateurs seront au pouvoir, il faut veiller au grain. Ça fait combien de projets de lois, de motions, de résolutions qu'ils déposent pour essayer de limiter l'accès à l'avortement?»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer