L'évêché de Québec recevra les victimes alléguées du prêtre Jean-Marie Bégin

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Mgr Lacroix (photo) ne participera pas à la première rencontre avec les victimes alléguées d'abus sexuels commis par le prêtre Jean-Marie Bégin. Son «délégué» y sera cependant pour évaluer le dossier des plaignants. Il n'est pas exclu que l'archevêque se présente par la suite.

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(Québec) L'évêché de Québec accepte une «rare» rencontre. Des victimes alléguées d'abus sexuels commis par le prêtre Jean-Marie Bégin seront reçues par les hautes instances catholiques du diocèse... Il n'est cependant pas question pour l'Église d'admettre quelque tort que ce soit.

Voilà quelques années que Pierre Bolduc tente, sans succès, d'obtenir un rendez-vous avec l'archevêque Gérald Cyprien Lacroix. Il dénonce depuis un bon moment les agressions sexuelles que lui aurait fait subir le curé Bégin. 

Au bout du fil, il est émotif. Le ressentiment et les mauvais souvenirs s'entrechoquent. Il est question du chalet du prêtre, lieu honni, du lit au presbytère. Il est question d'actes qu'aucun enfant ne devrait supporter.

Le curé Bégin est mort. Mais, de son vivant, il aurait agressé plusieurs garçons, selon Pierre Bolduc. Pour lui, et trois autres, le drame se serait produit dans la région de Thetford Mines durant les années 70. Il craint toutefois que l'homme de foi ait volé bien plus d'enfances dans les différentes paroisses où le diocèse l'a affecté, dont au moins une dans la capitale : Saint-Jean-Baptiste-Vianney, Robertsonville, Duberger...

«C'était le modus operandi.» Quand un curé se faisait pincer dans des positions embarrassantes qui sortaient du cadre de ses fonctions religieuses, l'Église l'envoyait dans une autre municipalité, avance M. Bolduc. «Retirer le prêtre de cette paroisse et l'envoyer dans une autre paroisse.»

Pierre Bolduc voudrait discuter avec Mgr Lacroix les yeux dans les yeux, voudrait que le religieux fasse amende honorable. Pierre Bolduc veut des excuses pour lui, mais aussi pour les trois autres hommes rapiécés qui se sont joints à sa croisade; d'autres victimes alléguées du curé Bégin.

«Oui, on va le rencontrer», répond le directeur des communications de l'Église catholique de Québec, Jasmin Lemieux-Lefebvre. «On rencontre systématiquement toutes les personnes qui en font la demande.»

La procédure en pareille circonstance est établie dans le Protocole diocésain en cas d'allégation d'inconduite, d'agression sexuelle commises par des membres du clergé ou des personnes mandatées en pastorale, fait remarquer M. Lemieux-Lefebvre. Qu'est-ce qu'on y apprend? D'abord que Mgr Lacroix ne participe pas à la première rencontre. Son «délégué» y sera cependant pour évaluer le dossier des plaignants. Il n'est pas exclu que l'archevêque se présente par la suite.

Les victimes alléguées du prêtre Jean-Marie Bégin ne seront pas les premières à participer à une telle réunion. Mais les précédents sont «rares». L'Église ne nous a pas fourni de statistiques : «C'est vraiment un petit nombre», dit toutefois M. Lemieux-Lefebvre. «Chaque cas est un cas de trop.»

Les prêtres comme des «salariés» indépendants

Pierre Bolduc et ses compagnons ne doivent par contre s'attendre à aucune forme de compensation. «C'est toujours à l'auteur des dommages d'assumer la responsabilité», tranche le porte-parole de l'évêché. L'Église considère que les prêtres du diocèse sont des «salariés» indépendants qui doivent répondre de leurs actes. L'Église offre aux victimes «un accompagnement sur le plan spirituel et/ou psychologique».

Au téléphone, Pierre Bolduc fulmine. «Ils ont brisé des vies d'enfants. [...] Ils viennent nous dire qu'ils ne sont pas responsables de leurs prêtres... Je suis désolé, mais je n'embarque pas là-dedans. C'est scandaleux, c'est un manque de respect total envers les victimes, c'est un manque d'empathie. [...] Les dommages, vous faites quoi? Ils vont me dire : "On va prier pour vous"?»

Il demande à Gérald Lacroix de mettre de côté le débat juridique pour se concentrer sur les souffrances qu'il aurait écopées. «C'est des atrocités que j'ai subies.» Une enfance volée, des relations avec les femmes difficiles... «Quel montant vous pouvez mettre sur une vie gâchée? Je m'en fous du montant. C'est la justice que je veux.»

«Partout dans le monde, on indemnise. Pourquoi ici on ne le fait pas?» Pierre Bolduc espère que Québec suivra.

L'Église du repentir

«Il faut continuer à faire tout le possible pour déraciner de l'Église la plaie des abus sexuels sur les mineurs et ouvrir une voie de réconciliation et de guérison en faveur de ceux qui ont été abusés.»

Le pape Jorge Mario Bergoglio a écrit à ses troupes, début février, pour annoncer que la Commission pontificale pour la protection des mineurs entamera finalement ses travaux bientôt. Un an après sa création, «tous les membres se rencontreront à Rome pour la première fois». Elle a pour mandat de «mettre en oeuvre les actions nécessaires pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables et donner des réponses de justice et de miséricorde».

«Que les pasteurs et les responsables des communautés religieuses soient disponibles à rencontrer les victimes et leurs proches : il s'agit d'occasions précieuses pour écouter et pour demander pardon à ceux qui ont beaucoup souffert», lit-on dans la missive attribuée au chef de l'Église catholique romaine.

Accompagnement immatériel

On insiste : «Les familles doivent savoir que l'Église n'épargne pas ses efforts pour protéger leurs enfants et qu'elles ont le droit de s'adresser à elle avec une pleine confiance, car elle est une maison sûre. On ne pourra donc pas accorder la priorité à tout autre type de considérations, de quelque nature qu'elles soient, comme par exemple le désir d'éviter le scandale, car il n'y a absolument pas de place dans le ministère pour ceux qui abusent des mineurs.»

Il n'est cependant pas question de compensation pour les victimes. On leur proposera plutôt un accompagnement immatériel. «Comme expression du devoir de l'Église de manifester la compassion de Jésus envers ceux qui ont subi des abus sexuels et envers leurs familles, les diocèses et les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique sont exhortés à mettre en place des programmes d'assistance pastorale, qui pourront s'appuyer sur le soutien de services psychologiques et spirituels.» 

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