Gicleurs dans les résidences: une facture de 260 millions $

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Plus de la moitié des résidences privées pour aînés ne sont toujours pas protégées par des gicleurs.

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Pierre Pelchat
La Presse Canadienne
Québec

Il sera désormais obligatoire pour les résidences privées pour aînés déjà construites de se doter d'un système de gicleurs, a annoncé mardi le gouvernement du Québec.

Le gouvernement du Québec évalue qu'il en coûtera entre 220 et 260 millions $ pour munir de gicleurs les résidences pour personnes âgées qui n'en ont pas.

C'est ce qu'a indiqué, mardi, le ministre du Travail, Sam Hamad, lors de la conférence de presse pour annoncer l'installation obligatoire de gicleurs dans les résidences pour personnes âgées d'ici cinq ans. Cette mesure ne s'appliquera toutefois qu'aux résidences certifiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux. L'installation de gicleurs est une des recommandations du coroner Cyrille Delâge, qui a dirigé l'enquête publique sur le tragique incendie de L'Isle-Verte qui a fait 32morts l'an dernier.

«C'est le coût de l'ensemble des travaux. C'est un impact majeur et c'est là que le gouvernement a décidé d'intervenir, d'amener une aide financière pour alléger le montant des coûts», a affirmé le ministre.

Il n'a pas dévoilé les modalités de l'aide financière qui sera offerte aux propriétaires de résidences pour personnes âgées. Ces données seront contenues dans le prochain budget du ministre des Finances, Carlos Leitão.

Le ministre Hamad ne s'est pas avancé sur les risques que d'autres résidences pour personnes âgées abandonnent la certification du ministère de la Santé et des Services sociaux pour éviter d'investir dans l'installation coûteuse de gicleurs. Par ailleurs, des propriétaires pourraient refiler une bonne partie de la facture de l'installation de gicleurs à leurs locataires par une augmentation de loyer.

«Notre premier objectif est de diminuer la charge financière. Le deuxième est d'aider les résidences à installer des gicleurs. Le troisième est de s'adapter à la réalité des régions où les résidences sont plus petites et qui ont moins de moyens», a dit le ministre.

«Nous allons tenir compte des capacités financières. Nous allons tenir compte aussi des régions, du positionnement géographique et aussi, évidemment, des risques d'incendie», a-t-il ajouté.

Aussi, le ministre croit qu'il sera possible de réduire les coûts par l'installation de portes de sortie supplémentaires au lieu d'installer des gicleurs. «Je pense que Me Delâge va être aussi satisfait. Si on fait des portes de sortie à chaque étage, pour les maisons unifamiliales de deux étages et moins, ça va aider d'éviter de faire installer des gicleurs. Et vous comprendrez que, si je suis propriétaire d'unifamiliale de deux étages, bâtir un balcon, puis une sortie, c'est plus attrayant pour les personnes âgées que mettre des gicleurs qu'on ne voit pas, mais quand même sécuritaires», a-t-il dit.

M. Hamad a laissé entendre que le gouvernement pourrait intervenir auprès des propriétaires de résidences pour personnes âgées qui abandonnent la certification du ministère de la Santé et des Services sociaux pour ne pas être obligés d'investir dans l'installation de gicleurs.

sécurité d'abord

«C'est la deuxième étape. C'est d'aller plus loin tel que l'ont recommandé les chefs de sécurité incendie. Notre objectif, ce n'est pas de décertifier. C'est d'aider les propriétaires à avoir des résidences sécuritaires. Et ceux qui pensent qu'ils vont échapper à ça, on va suivre les travaux», a répondu le ministre.

Les résidences de type unifamilial logeant un maximum de neuf personnes âgées et les bâtiments d'un étage avec huit logements seront exemptés de l'obligation d'avoir des gicleurs.

Des établissements pourraient fermer

Plusieurs résidences pour personnes âgées seront forcées de fermer leurs portes ou seront transformées en immeubles locatifs si l'aide financière du gouvernement n'est pas suffisante pour les aider à installer des gicleurs. Depuis deux ans, plus de 200 résidences ont perdu leur certification du ministère de la Santé et des Services sociaux.

«Les résidences à risque sont celles qui hébergent entre 10 et 49 personnes. Il y en a 760 au Québec. Elles ne sont pas assez grosses pour payer les travaux et pas assez petites pour en être exemptées. Ce sont souvent celles qui n'ont pas de gicleurs, qui sont construites en bois et qui sont situées dans les villages», a expliqué, hier, au Soleil, le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins.

Il estime que les risques d'une nouvelle tragédie comme celle de L'Isle-Verte demeurent entiers même si la résidence pour personnes âgées est transformée en immeuble locatif pour ne pas avoir à appliquer la réglementation du ministère de la Santé et des Services sociaux.

«Le danger est que la résidence ne sera plus soumise à aucune réglementation, mais on a le même bâtiment avec les mêmes aînés dedans. C'est ce qu'on dit au gouvernement. Quand même que vous ajouteriez des loquets sur la porte d'en avant, si tout le monde sort par la porte d'en arrière, ça ne donne rien», a-t-il illustré.

Il ne croit pas que le gouvernement pourrait alors imposer l'installation de gicleurs dans ces résidences transformées en immeubles locatifs sans services aux aînés. «C'est impossible. Est-ce qu'on va obliger des gicleurs dans des duplex, des blocs appartements», a-t-il demandé.

M. Desjardins avance que la solution passe par une modulation de la réglementation gouvernementale. «Il ne faut plus du "mur-à-mur". Il y a une différence entre une résidence de 400 unités et une de 20. Il faut être plus exigeant là où il y a des gens en grande perte d'autonomie», a-t-il affirmé.

À son avis, une réglementation trop contraignante et non adaptée amène bien des propriétaires à ne pas l'appliquer. «On exige d'afficher le menu trois semaines d'avance dans la certification. Les propriétaires de petites résidences qui vont chez Costco et voient le poulet en spécial, ils ne peuvent pas l'acheter. Ce qui arrive, on met des menus au mur, mais ce n'est pas ça que les gens mangent», a raconté M. Desjardins.

Il dit toutefois avoir bon espoir que l'aide financière aux propriétaires de résidences pour personnes âgées sera suffisante pour faire les travaux. «C'est une bonne nouvelle en autant qu'on ait les détails du programme d'aide financière. Il va falloir qu'elle soit réelle», a-t-il dit.

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