Maisons de chambres: souvent le dernier filet avant la rue

«Dans les milieux communs, c'est là qu'il peut... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Dans les milieux communs, c'est là qu'il peut y avoir des frictions» - Martin Goulet, chambreur depuis 15 ans dans Saint-Sauveur

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Quelle perception avez-vous des maisons de chambres? Un lieu plutôt insalubre, un entretien spartiate, un mobilier d'un autre âge, une cuisine commune peu fonctionnelle, une salle de bain partagée? Un environnement peuplé par une faune bigarrée, baignant dans une certaine insécurité? Si c'est l'image que vous entretenez, vous avez... raison.

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«C'est un milieu de vie assez rock'n'roll!»  - Noël Grenier

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«C'est un milieu de vie assez rock'n'roll!» s'exclame Noël Grenier. En 10 ans, il a habité au moins sept chambres différentes. Du moins, ce sont celles dont il se souvient. «C'est du sport. Il y a beaucoup de monde mal pris là-dedans.»

Pour lui, le «gueulage de boisson», la drogue qui se vend sur place, les chicanes qui transpercent les murs bien minces, tout ça, c'est du passé. Un souvenir d'une époque au «mode de vie tout croche». Noël Grenier occupe maintenant un logement. 

Toutes les maisons de chambres ne sont pas insalubres, infestées, habitées par des personnes aux prises avec des démons envahissants, constate cependant le Comité Maisons de chambres, un groupe piloté par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale. Mais il ne faut pas chercher bien loin pour dénicher une résidence «inappropriée».

Chambreur depuis 15 ans dans Saint-Sauveur, Martin Goulet en convient. Il souligne toutefois que la quiétude et la propreté varient beaucoup selon le tempérament de voisins présents ce mois-là; ils changent souvent. «Dans les milieux communs, c'est là qu'il peut y avoir des frictions.»

Mais avec un faible revenu, difficile de se payer plus intime. «J'ai à peine 700 $ par mois.» La chambre accapare 375 $. 

Et ils sont nombreux dans ces maisons de chambres. Si on exclut les résidences pour étudiants, on estime qu'environ 1300 locataires de la capitale y logent, selon des chercheurs du CSSS qui viennent de publier une recension. La réalité est sans doute plus étendue, ceux-ci n'ayant pu visiter les logis clandestins.

Territoire défavorisé matériellement

Elles sont où, ces bâtisses-dortoirs? Visualisez la carte de la ville, pensez aux secteurs où s'installent souvent les moins scolarisés, les moins fortunés, les familles monoparentales, les divorcés, les gens seuls, les gagne-petit... L'équipe du GRIOSE, le groupe de recherche, écrit que «91,5 % des chambreurs habitent un territoire fortement défavorisé socialement, alors que 48 % d'entre eux habitent un territoire fortement défavorisé matériellement».

La concentration est particulièrement forte dans les quartiers Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Maizerets, Vieux-Limoilou ainsi que le Vieux-Bourg de Beauport. Beaucoup d'autres secteurs de la capitale abritent cependant quelques maisons de chambres.

Des crises, de l'insalubrité, des chicanes, du bruit, de la consommation d'alcool et de drogues, des personnes en état de désorganisation psychologique, des incendies..., les chercheurs ont observé la panoplie, confirme une d'elles, Michèle Clément. «L'intervention des policiers dans les maisons de chambres est loin d'être un phénomène isolé.» 

Vérifications faites, le Service de police de la Ville de Québec ne compile pas de statistiques précises sur ces résidences. L'agent Pierre Poirier, des communications, note néanmoins que la présence de plusieurs personnes dans un même lieu augmente les risques. «C'est sûr qu'il y a des clientèles qui sont diversifiées.»

Et ça sent la testostérone. D'une maison à l'autre, entre 70 % et 90 % des chambreurs sont des hommes. Plusieurs ont déjà vécu des épisodes d'itinérance. Les problèmes de santé mentale sont courants, la toxicomanie aussi. La population y est vieillissante. Et une relève émerge, souvent tout juste sortie des centres jeunesse.

«Une proportion importante de maisons de chambres n'apparaissent pas comme des milieux sains dans lesquels on peut vivre à long terme», remarque l'équipe de Michèle Clément. «Que ce soit en raison de la salubrité, du bruit, de l'exiguïté des lieux, il serait en effet difficile de retrouver ou maintenir un équilibre de vie dans un tel milieu.» 

Essentielles

Malgré tous les travers établis, les maisons de chambres sont essentielles, fait cependant valoir Suzie Cloutier, organisatrice communautaire au CSSS de la Vieille-Capitale. C'est souvent le dernier filet avant la rue. Pour d'autres, qui sont déjà sur le trottoir, la chambre exiguë représente la première marche à gravir pour s'en sortir. «Mais pour plusieurs, la maison de chambres va rester une destination finale.»

Le Comité Maisons de chambre veut donc préserver le réseau actuel de maisons de chambres. On aimerait donc s'inspirer de la métropole. Si un propriétaire veut vendre, un organisme communautaire pourrait racheter l'édifice pour le remettre en état tout en maintenant les loyers abordables. Ensuite, on y assurerait une intervention psychosociale. 

Le Comité Maison de chambres de Québec, c'est qui? Une série d'organismes communautaires d'aide aux démunis et de défense des droits y siègent. Aussi des représentants des centres de santé et de services sociaux de la capitale et de l'Institut universitaire en santé mentale. La Ville s'est également jointe au groupe.

Pour les chambreurs qui veulent s'impliquer, cherchez L'Avenue des chambreurs sur Facebook.

Une chambre à Québec

  • Cent vingt maisons totalisant environ 1300 chambres.
  • Le loyer mensuel varie entre 331 $ et 362 $ sans repas, de 695 $ à 777 $ avec repas.
  • Moins chère au sous-sol, plus si la vôtre est mieux insonorisée, si vous avez un balcon ou une rare toilette privée.
  • Toilette et cuisine partagées.
  • Chauffage et électricité toujours inclus.
  • 63 % sont meublées: lit, téléviseur, commode, lavabo, petit fauteuil.
  • Matelas «couramment» en mauvais état : «défoncé», «puant», «plein de punaises», «déchiré».
  • 64 % des maisons de chambres ont des laveuses et des sécheuses incluses dans le prix de location.
  • 70 % n'incluent pas le téléphone ou le câble.
  • Un bail écrit, connaît pas! 

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