2000 marcheurs disent «non» à la peur à Québec

La marche, qui s'est déroulée sans incident, s'est... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La marche, qui s'est déroulée sans incident, s'est terminée devant le consultat général de France où la foule a entonné en choeur «La Marseillaise».

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Ils étaient quelque 2000 marcheurs, dimanche à Québec, pour témoigner de leur solidarité au peuple français, rendre hommage aux victimes de l'attentat et dire non à la peur.

Rarement aura-t-on vu autant de personnes faire si peu de bruit. Le respect et le devoir de mémoire ont marqué ce rassemblement silencieux qui a conduit les marcheurs de l'Assemblée nationale jusqu'au consulat de France, rue Saint-Louis.

Plusieurs brandissaient un crayon, symbole de la liberté d'expression. Stéphane Gagnon était l'un d'eux. «Il y a eu un carnage incroyable. On ne peut pas rester insensible à ça», lance-t-il pour expliquer sa présence à la marche.

Au verso d'une affiche sur laquelle on pouvait lire le désormais célèbre «Je suis Charlie», Raymond Chaix avait écrit : «Je n'ai même pas peur.» Comme s'il faisait un pied de nez à la terreur que les extrémistes tentent d'instaurer.

«Je suis d'origine française et j'ai des cousins juifs, raconte l'homme qui vit au Québec depuis 38 ans. On a toujours résisté en France. Mon père a été déporté et ma mère a fait partie de la résistance. On sait ce que c'est, l'oppression. Et ça [l'attentat], c'est de l'oppression interne. C'était impossible de ne pas venir aujourd'hui.»

Aurore Vial habite le Québec depuis huit ans. La Française d'origine ne pouvait imaginer manquer le rendez-vous. «On se bat pour la liberté», rappelle-t-elle.

Bruno Roy en était à sa première marche symbolique. Il s'est vraiment senti interpellé par les événements dramatiques. «J'aime beaucoup la France et j'aime beaucoup les Français. J'ai des amis français. C'était donc important de montrer qu'on est solidaire.»

Le consul général de France à Québec, Nicolas Chibaeff, était visiblement ému de cette autre marque d'appui témoignée depuis l'attentat.

«Je suis très touché. Je sens cet élan de solidarité très fort. Cette communauté d'esprit entre Français et Québécois autour de valeurs communes», a-t-il commenté, pendant que plusieurs entonnaient l'hymne national français devant le consulat, au terme de cette action symbolique.

Appel à l'inclusion

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ouvrait la marche. Il s'est adressé aux médias après avoir signé un livre de condoléances à l'intérieur du consulat.

«On doit être également confiant et affirmer encore une fois notre foi dans la démocratie, dans les libertés», a-t-il dit, refusant de croire que les médias d'ici comme ailleurs pourraient maintenant s'autocensurer. Il s'est d'ailleurs réjoui du fait que des médias québécois ont publié des caricatures de Charlie Hebdo peu après l'attentat.

Il a aussi tenu à lancer un appel à l'unité et l'inclusion. «La pire chose à faire, c'est de nous retraiter dans la crainte ou au contraire nous retraiter dans la stigmatisation ou dans l'exclusion des gens, ce qui est également une victoire pour les gens qui ont posé ces gestes.

«Ces fanatiques, ces extrémistes violents, ils se nourrissent de l'exclusion. Ils ont besoin de voir ça dans nos sociétés. Alors quand ils voient les citoyens unis de toutes les origines qui disent non à ce qu'ils font, on gagne», conclut-il.

Des milliers de manifestants à Montréal

Par ailleurs, des milliers de citoyens ont également marché au centre-ville de Montréal en silence. Les participants, munis de leurs crayons et de leurs affiches avec le slogan célèbre «Je suis Charlie», ont convergé dans le quartier des spectacles avant de se diriger vers le consulat général de France.

Les dignitaires présents - dont le maire de Montréal, Denis Coderre, le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc, ainsi que plusieurs ministres québécois - ont ouvert la marche, se tenant tous par le bras.

Arrivés au consulat général, après avoir observé une minute de silence, les manifestants ont entonné spontanément l'hymne national de la France, La Marseillaise.

Plusieurs Montréalais d'origine française sont venus dénoncer ce qu'ils considèrent comme une attaque à l'un des «piliers» de leur démocratie, soit la liberté d'expression. Selon eux, il faut se tenir «debout» pour défendre Charlie Hebdo, qui avait le droit de se moquer de toutes les religions, dont l'islam, disent-ils.

Denis Coderre s'est dit «fier» que ses concitoyens montrent ainsi leur solidarité envers les Parisiens. Il croit qu'il faut rester vigilant pour ne pas qu'un drame semblable se reproduise, tout en évitant de «faire des amalgames» dans une ville multiculturelle comme Montréal.

Avec La Presse Canadienne

Des musulmans condamnent l'attentat

Parmi les marcheurs, quelques Québécois de confession musulmane ont tenu à dénoncer les meurtres commis au nom d'Allah.

«Je condamne ce qui s'est passé. C'est un devoir pour nous tous comme musulman de condamner ça», s'exclame Mohammed Zaari Jabiri, sachant bien que certains membres de sa communauté sont mal à l'aise. Ce qu'on craint ici à Québec, c'est qu'on importe la peur, la crise identitaire qui sévit en France. On doit s'exprimer et dire qu'on vit tous ensemble et que l'islam n'est pas un danger», soutient-il.

Un avis partagé par Imane Chibane. «C'est un crime contre l'humanité et contre l'islam aussi. On ne se sent pas responsable de ce qui est arrivé, mais nous aussi, on trouve ça abominable», assure-t-elle, rappelant qu'un policier musulman, qui défendait sa patrie, est au nombre des victimes de l'attentat.

Elle aussi croit que plusieurs musulmans sont gênés et ont peur. Mais elle pense que ça ne doit pas les empêcher de communiquer, de participer à la discussion sur les événements et sur les dangers de l'extrémisme religieux.

M. Jabiri souhaite maintenant que l'attentat ne sape pas le travail d'intégration qui est fait. «Je trouve ça mal que 0,001 % qui sont fous de Dieu mettent en arrière tout ce que les musulmans d'ici construisent pour s'intégrer.»

Rachid Elfaiz est imam à la mosquée de la Capitale. Lui aussi était présent à la marche. Même s'il désapprouve les caricatures de Charlie Hebdo, il réitère que rien ne justifie les gestes posés par les terroristes. «L'islam est pacifique. Nous ne souscrivons pas aux actes de violence.»

***

La Librairie Pantoute versera des dons

Initiative originale de la Librairie Pantoute qui remettra à Reporters sans frontières 10 % des ventes de tous les titres publiés par Les échappées, maison d'édition créée par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. La même remise s'applique pour des titres publiés auprès d'autres maisons d'édition par les dessinateurs Wolinsky, Charb, Cabu, Tignous et Honoré.

Reporters sans frontières a pour mission de protéger la liberté d'expression et d'information. Cet engagement de la librairie prend fin le 28 février.

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