Charlie Hebdo: «On a le droit de faire tout ce qu'on veut»

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Charlie Hebdo ne s'en prend pas qu'aux religions, comme en témoignent cette une se moquant allégrement de Gérard Depardieu.

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(Québec) C'est quoi, Charlie Hebdo? La question que nous a balancée la direction de l'information du Soleil, vous vous l'êtes (probablement) posée: «... euh. Des dessins parfois grossiers, quelques controverses et...? Et quoi?» Disons qu'on n'en a pas souvent d'exemplaires dans les mains. Et que les rares irréductibles lecteurs québécois de l'imprimé satirique français ne doivent pas faire la file très longtemps devant les marchands de journaux dépositaires pour se ruer sur le numéro de la semaine...

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Charlie Hebdo ne s'en prend pas qu'aux religions, comme en témoignent cette une se moquant allégrement de Nicolas Sarkozy.

Alors, Charlie Hebdo, c'est quoi? «Pas de posture, pas de comédie, pas de putasserie, pas de tricherie, pas de raffinage, du brut, de l'honnête!»

Pas très clair! Mais c'est ainsi que le chef de la rédaction, Stéphane «Charb» Charbonnier, décrivait son journal dans la préface d'un récent ouvrage: Charlie Hebdo, les unes, 1969-1981. Et des interviewers de France Culture de l'inviter à expliciter: «La plupart des journaux se font avec de grands professionnels de la presse qui ont fait des études pour ça, qui sont journalistes», a-t-il répondu au cours de leur entretien d'octobre. «Charlie Hebdo, c'est d'abord aussi bien l'ancienne formule que la nouvelle, c'est un journal de lecteurs. C'est un journal de lecteurs qui sont déçus par ce qu'ils trouvent en kiosque ou chez leur marchand de journaux et qui décident finalement de faire le journal de leurs rêves. On a le droit de faire tout ce qu'on veut, ben faisons le journal qu'on a envie de lire toutes les semaines.»

«Ce qu'on veut», disait-il. Cherchez sur le Web, regardez les titres et les caricatures des premières pages! Jésus complètement nu qui a une relation homosexuelle avec le Père tout en ayant le Saint-Esprit dans le derrière. Ou encore ce dessin de l'acteur Gérard Depardieu en exil pour payer moins d'impôt: «La Belgique peut-elle accueillir tout le cholestérol du monde?»

Vous en voulez encore? Une autre avec l'ancien président Nicolas Sarkozy, de retour sous les projecteurs politiques, dépeint en Jésus lançant un: «Laissez venir à moi les faibles d'esprit» devant de vieilles dames lui donnant leur argent: «Il revient».

Mais c'est plus pour ses dessins du «prophète» Mahomet que le monde connaît vaguement Charlie Hebdo. Comme ce dessin où le chef spirituel islamique semble fort dépité: «Mahomet débordé par les intégristes: "C'est dur d'être aimé par des cons."» Dans un autre, le chef religieux prie à quatre pattes, nu, l'organe reproducteur bien en vu, une étoile jaune dans le derrière: «Mahomet: une étoile est née!»

Les catholiques n'étaient pas en reste, tant s'en faut; allez voir la caricature du Père, du Fils et du Saint-Esprit en coït pour vous en convaincre. Imaginez ensuite l'ancien pape, une taupe sortant de sa soutane vis-à-vis de son sexe : «Une taupe au Vatican! Ça me change des enfants de choeur!»

Bonne dose de génitalité

«On a le droit de faire tout ce qu'on veut», disait Charb. Beaucoup d'illustrations très mordantes, voire vitrioliques. Des enquêtes, des textes aussi. Des débats sociaux attaqués de front sans dentelles... mais avec une bonne dose de génitalité.

Mais d'aucuns ne rigolaient pas. En 2006, notamment, il y avait eu un premier «épisode» Mohamed. Charlie Hebdo avait repiqué des caricatures du «prophète» qui avaient fait scandale au Danemark.

En 2011, d'aucuns ne rigolaient toujours pas. Un cocktail Molotov avait été lancé sur les anciens locaux de l'hebdo satirique. Le site Web avait été attaqué, des menaces proférées contre les artisans du journal... La une de la semaine suivante affichait un caricaturiste embrassant goulûment, baveusement même, un musulman barbu: «L'Amour plus fort que la haine.»

Mais Charb, le dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, menait les troupes sans baisser son arme, son stylo. «On n'a pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre», disait-il au journal Le Monde.

Voilà qui suivait la ligne idéologique implantée dans la rédaction depuis la fondation en 1969-1970. La liberté est toutefois coûteuse. Charlie Hebdo n'avait pas de publicité, comptait sur ses lecteurs pour financer l'opération. Faute d'un nombre suffisant d'aficionados, le titre était disparu en 1981, rappelle Libération.

À la sauce de gauche

Mais une nouvelle équipe l'avait ressuscité en 1992. Et avait poursuivi sur le chemin de la controverse, de la satire sociale et politique: la liberté d'expression totale à la sauce de gauche. Encore une fois, cette liberté était difficile à rentabiliser. L'indignation est forte à la suite de l'attentat d'hier, mais les vrais lecteurs étaient peu nombreux. Notamment parce que le journal s'appuyait sur les ventes en kiosque alors que les marchands de journaux sont en voie de disparition dans l'Hexagone. L'équipe avait récemment appelé les amateurs à l'aide.

Pour rattraper le lecteur, Charb cultivait donc des projets d'expansion numérique: «Le Charlie Hebdo tel qu'on le connaît, on va le mettre sur le numérique et on fera payer. Il n'est pas question qu'on le livre gratuitement dans la mesure ou ça représente un travail et dans la mesure aussi où on ne veut pas être dépendant de la publicité; on ne veut pas infliger aux gens qui vont sur Internet ce qu'on ne veut pas infliger aux lecteurs qui nous lisent sur le papier.»

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