Charb: «Je préfère mourir debout que vivre à genoux»

Le dessinateur-vedette et directeur de Charlie Hebdo, Stéphane... (Photo AFP)

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Le dessinateur-vedette et directeur de Charlie Hebdo, Stéphane Charbonnier (Charb) avait été placé en 2013 sur la liste des personnalités à abattre pour «crime contre l'islam». Il est au nombre des 12 personnes qui ont été assassinées mercredi.

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(Québec) «Je préfère mourir debout que vivre à genoux.» C'est ainsi que parlait en 2012 le dessinateur-vedette et directeur de Charlie Hebdo, Stéphane Charbonnier, alias Charb. Mercredi, il est tombé sous les balles lors de l'attentat qui a aussi emporté sept de ses collègues, un économiste, un visiteur et deux policiers.

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La dernière caricature - hélas prémonitoire - de Charb

Ce grand défenseur de la liberté d'expression, pourfendeur de tous les intégrismes, vivait sans attaches. «Je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit», disait l'homme de 48 ans en entrevue au journal Le Monde.

Depuis un incendie criminel dans les bureaux de Charlie Hebdo en 2011, Charb vivait avec une présence policière constante pour assurer sa protection. En 2013, il avait été placé par Al-Qaida sur la liste des personnalités à abattre pour «crime contre l'islam».

Une réalité avec laquelle il composait, selon son ami Jean-François Nadeau, directeur adjoint de l'information du Devoir.

S'il décrit celui qu'il connaissait depuis 20 ans comme un homme «très doux, très sympathique» à l'immense sens de l'humour, pas question pour M. Nadeau de verser dans le human interest en révélant des détails de leur amitié.

Ce qui importe, dit-il, est que l'assassinat de Charb, la façon «la moins intelligente de faire taire quelqu'un», illustre la liberté de presse, la vraie. Cette liberté de rire de tout et de penser différemment. Une liberté dont Charb et ses collègues de Charlie Hebdo ont testé les limites, au péril de leur vie. «La liberté de la presse ne s'use que si on ne s'en sert pas», a dit M. Nadeau en entrevue au Soleil.

Et son ami Charb ne visait pas que les intégristes islamiques. «Les catho y passaient, les juifs aussi», dit-il à propos du dessinateur qui était aussi «un chroniqueur extraordinaire à la plume bien affûtée» avec qui il «n'était pas toujours d'accord».

À travers de nombreux dessins et albums à l'humour féroce, Charb, qui a pris la tête de Charlie Hebdo après le départ de Philippe Val en 2009, a eu d'innombrables cibles, de la cigarette à Nicolas Sarkozy.

Cabu, Tignous et les autres

Des cibles, les copains de la rédaction de Charlie Hebdo n'en manquaient pas. Aucun sujet n'échappait aux coups de crayons des autres grands noms du dessin de presse tués hier. Cabu, véritable légende qui aurait eu 76 ans la semaine prochaine, était un pilier de Charlie Hebdo auquel il collaborait depuis 1970. De son vrai nom Jean Cabut, il avait aussi collaboré à la revue Hara-Kiri avec une autre victime de la fusillade, Wolinski. Grand amateur de jazz et père du chanteur Mano Solo, mort du sida en 2010, Cabu voyait l'humour comme une véritable arme. «Notre ressort est de dénoncer la bêtise en faisant rire», a-t-il dit en 2012.

En plein dans la même veine que son collègue assassiné, Bernard Verlhac, alias Tignous, pour qui la satire était l'antidote à la bêtise. «Pour énerver les cons, on est manifestement utiles», a déjà dit le dessinateur mort à 57 ans.

La fusillade a aussi tué le dessinateur Philippe Honoré. L'homme de 73 ans aura été le dernier à publier une image sur le compte Twitter de Charlie Hebdo mercredi matin. On y voyait le chef de l'organisation État islamique, Abu Bakr Al-Baghdadi, souhaiter ses voeux pour le Nouvel An. «Et surtout la santé», disait-il dans le dessin mis en ligne quelques minutes avant que les forcenés ne fassent irruption dans les locaux de Charlie Hebdo au nom de l'islam radical.

***

Les 12 victimes

  • Stéphane Charbonnier (Charb), dessinateur et directeur, 47 ans 
  • Jean Cabut (Cabu), dessinateur, 75 ans
  • Georges Wolinski, dessinateur, 80 ans
  • Bernard Verlhac (Tignous), dessinateur, 57 ans
  • Philippe Honoré, dessinateur, 73 ans 
  • Bernard Maris, économiste et chroniqueur, 69 ans
  • Michel Renaud, invité
  • Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse
  • Mustapha Ourrad, correcteur
  • Frédéric Boisseau, agent d'entretien, 42 ans
  • Franck Brinsolaro, policier, 48 ans
  • Ahmed Merabet, policier, 42 ans

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Georges Wolinski

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Wolinski, un demi-siècle de dessins sans tabous

Cynique, provocateur, un brin scatologique, Georges Wolinski a été le père spirituel d'une génération de dessinateurs français. Doyen de la rédaction de Charlie Hebdo, l'homme de 80 ans affrontait tous les tabous, qu'il soit question de relations de couple, de sexualité ou de politique. Même la perspective de sa propre mort n'échappait pas à l'humour cinglant du dessinateur, né à Tunis en 1934 d'une mère franco-italienne et d'un père juif polonais. «Je veux être incinéré. J'ai dit à ma femme: "Tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme cela je verrai tes fesses tous les jours"», rappelait mercredi le quotidien Le Monde.

Entré au magazine Hara-Kiri dans les années 1960, Wolinski a collaboré à de multiples publications françaises pendant un demi-siècle, de Libération à Paris Match en passant par Le Nouvel Observateur. Dans un portait consacré hier au dessinateur, Le Figaro soulignait l'autodérision dont faisait preuve Wolinski en publiant sa maxime favorite: «Je suis un con. Mais quand je vois ce que les gens intelligents ont fait du monde...» Plus tendre, il admettait à Europe 1 l'an dernier que le dessin lui avait «sauvé la vie». «Je faisais ce qui me plaisait. Ce qui me plaisait est devenu un métier, et ça, c'est précieux.»

«On a décapité le dessin de presse français»

Le réveil a été brutal mercredi matin pour Patrick Chappatte. Le réputé BD-reporter, caricaturiste du Temps de Genève et collaborateur au New York Times, se trouvait à Los Angeles lorsqu'il a appris qu'il avait perdu des collègues qu'il admirait et respectait. Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré: des as de la plume qui, en mourant de façon si tragique, emportent avec eux un énorme morceau du monde du dessin de presse. Entretien.

Q Comment avez-vous réagi à la nouvelle?

R J'ai tout pris dans la figure en même temps au réveil. C'étaient des confrères. Pas des amis proches, mais on s'est côtoyés, notamment Tignous et Cabu. Un Cabu, un Wolinski, c'est des figures tellement énormes qui ont joué un tel rôle dans l'histoire du dessin de presse et de la satire. On a décapité le dessin de presse français. Ce qu'ils ont tué aujourd'hui, c'est impossible de le nommer.

Q Avez-vous l'impression d'exercerun métier dangereux?

R Pour tous les dessinateurs de presse, le monde a complètement changé après l'affaire des caricatures de Mahomet [au Danemark en 2006]. On savait qu'on était exposés, mais dans leur cas, c'était une réalité extrêmement concrète après l'attaque contre Charlie Hebdo [en 2011]. Mais on ne peut pas y penser, car si on y pense vraiment, on ne dessine plus. Tous les dessinateurs de presse savaient qu'un élément sombre planait. On savait, au fond de nous, qu'il y aurait du sang un jour. Mais c'est un massacre aujourd'hui.

Q Comment réagissez-vous devant l'important mouvement de solidarité à la suite du drame?

R Il est important de voir la conscientisation de tout le monde. On est tous en train de comprendre qu'il ne s'agit pas seulement de dessinateurs. Mais il s'agit de journalistes, de tout le monde. Tous les gens qui réfléchissent, qui rient, qui font de l'humour. Tout le monde a été attaqué. Je vais continuer mon travail. D'autant plus aujourd'hui, mais il y a une gravité et une tristesse qui sera portée pour toujours.

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