La trève de la journée de Noël 1914

Reconstitution de la trève de la guerre 14-18... (Associated Press)

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Reconstitution de la trève de la guerre 14-18 en Belgique.

Associated Press

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Raf Casert
Le Soleil

(PLOEGSTEERT) Des cadavres de soldats jonchaient le sol du no man's land séparant les lignes britanniques et allemandes en ce premier Noël de la Grande Guerre, quelque part dans les Flandres. Il faisait froid. Soudain, les pauvres hères grelottant dans les tranchées entendirent un chant de Noël: «Still Nacht, Heilige Nacht» («Ô Sainte Nuit»). Ce 25 décembre 1914 restera dans la mémoire de ceux qui vivront cet instant rare mais magique.

Les soldats qui, la veille encore, s'acharnaient à s'entretuer, quittèrent leur abri, cherchant dans le paysage désolé un brin d'humanité. Ces militaires se dévisagèrent avant de s'avancer les uns vers les autres. Et là, au lieu d'échanger des coups de feu, ils se donnèrent des poignées de main et même des cadeaux. Unilatéralement, ces jeunes hommes s'accordèrent une trêve, illuminant une époque sombre. Pour un bref moment, ce coin de terre des Flandres, ce terrible champ de bataille, cet enfer, devint un lieu d'espoir.

«Pas un coup de feu ne fut tiré», nota avec émerveillement le lieutenant Kurt Zehmisch, du 134e régiment saxon, dans son journal personnel.

De l'autre côté du front, le soldat Henry Williamson, des Fusiliers de Londres, s'étonna de la bienveillance manifestée par l'ennemi. «Oui, pendant toute la journée de Noël. N'est-ce pas merveilleux ?»

Peu en croyaient leurs yeux.

La trêve permit aux soldats de retrouver et d'enterrer les corps de leurs camarades tués. Ailleurs, les combats se poursuivirent.

Six jours auparavant, le commandement britannique, encore peu préoccupé par le sort de ses hommes, ordonna une petite attaque contre un saillant occupé par les troupes ennemies près du bois de Ploegsteert. «Il s'est déroulé un certain nombre d'offensives locales dont les historiens n'ont jamais raconté les péripéties, mais qui furent coûteuses en vies humaines», dit Piet Chielens, conservateur du musée In Flanders' Fields, à Ypres, en Belgique. L'assaut frontal mené sans tirs d'artillerie en appui dans un secteur défendu par un réseau de fils barbelés fut vain.

Certains cadavres étaient si mutilés qu'on ne pouvait pas les identifier. Aujourd'hui, les pierres tombales serrées les unes contre les autres rappellent l'horreur de cette journée.

Il n'est donc pas étonnant que tant de soldats étaient à la recherche de la moindre parcelle d'espoir en cette journée de Noël 1914.

Frank et Maurice Wray, de la Brigade des Fusiliers de Londres, s'apprêtaient à monter la garde quand ils entendirent, provenant des lignes allemandes, des chants communs aux deux nations. «Nous sentîmes une vague de nostalgie nous envahir», écrivirent-ils plus tard dans un article.

À l'aube, un Allemand s'écria: «Nous être gentils, nous pas tirer». Et comme l'indiquèrent les frères Wray, un armistice non officiel fut établi dans ce secteur. Les hommes, extrêmement prudents, craignaient un mauvais coup de l'ennemi. Quelques gestes de bonne volonté suffirent à réchauffer l'ambiance.

M. Chielens raconte que des scènes similaires se sont déroulées à une trentaine d'endroits éparpillés sur plusieurs kilomètres en Belgique. D'autres fraternisations ont eu lieu sur d'autres secteurs du front occidental qui allait de la mer du Nord à la Suisse.

Certains connaissaient la langue de l'autre. La plupart se parlèrent par signes. On s'échangea des cadeaux: du corned-beef, de la bière ou d'autres souvenirs. On disputa même des matches de soccer.

Le soldat Werner Keil écrivit son nom sur une feuille de papier et la remit avec un bouton d'uniforme au caporal Eric Rowden des Fusiliers de la Reine de Westminster. «Nous avons rigolé en oubliant la guerre», écrivit Rowden, alors âgé de 19 ans.

Mais la guerre refusait de céder tout le terrain. Dans les environs de Ploegsteert, environ 250 personnes perdirent la vie à Noël, souligne M. Chielens.

Au loin, dans les quartiers généraux, l'esprit de Noël ne tomba pas sur le commandement, qui craignait une perte de combativité chez ses hommes las de quatre sanglants mois de guerre. «On me dit que le général et son état-major sont furieux mais ils ne peuvent rien faire pour arrêter (les fraternisations)», nota le caporal Robert Hamilton, du 1er bataillon des Royal Warwickshire.

Les officiers supérieurs parviennent à arrêter le mouvement. Les fraternisations ne furent pas répétées au cours des Noël subséquents.

Le brigadier-général Horace Smith-Dorian écrivit une note confidentielle: «(Ces trêves) illustrent l'apathie dans laquelle nous sommes en train de sombrer». Il menaça d'avoir recours à des mesures disciplinaires contre ceux qui seraient tentés de récidiver.

«Les généraux s'en rappelèrent dans les environs de Noël de 1915, 1916 et 1917. Ils ont tout fait pour éviter la possibilité même de trêves. Les bombardements furent délibérés et très intenses», dit M. Chielens.

Une chose ne cessa pas: le massacre sans merci.

Un cimetière jouxte le monument rappelant les matches de soccer disputés le 25 décembre 1914, à Ploegsteert. Trois soldats du 27e bataillon australien y reposent en compagnie de 223 camarades. La date de leur mort ? Le 25 décembre 1917.

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