Des cris du coeur adressés à Philippe Couillard

Marilou Levasseur et Roxanne Langlois, toutes deux Gaspésiennes... (Collaboration spéciale Gilles Gagné)

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Marilou Levasseur et Roxanne Langlois, toutes deux Gaspésiennes d'adoption, sont outrées par les coupes en développement réalisées par le gouvernement de Philippe Couillard.

Collaboration spéciale Gilles Gagné

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Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Maria) La vague de compressions tous azimuts du gouvernement de Philippe Couillard pousse un nombre grandissant de personnes de tous les horizons à manifester leur opposition, notamment les jeunes.

«Je ne suis pas une personne qui s'engage sur tous les fronts. Mais là, je me suis sentie attaquée. J'ai pensé : "Je vais écrire quelque chose et si les gens se sentent touchés, tant mieux."»

Outrée par-dessus tout par les coupes concentrées en développement régional annoncées par le gouvernement québécois, Roxanne Langlois, 27 ans, Gaspésienne d'adoption arrivée en août 2011, parle ainsi d'un texte mis en ligne le 9 décembre, dans lequel elle s'adresse directement au premier ministre Philippe Couillard.

Touchés, les gens l'ont été. Le texte dépasse 19 300 clics en 10 jours! Les commentaires viennent de Gaspésie, mais aussi de partout au Québec. Les félicitations fusent, et une seule critique était enregistrée samedi. Roxanne Langlois avoue être dépassée par l'ampleur de sa lettre.

Dans «À toi Philou», elle tutoie M. Couillard, précisant garder le vouvoiement pour ses supérieurs, les personnes âgées, les gens qu'elle respecte, et qu'il n'entre pas dans cette dernière catégorie.

Elle lui raconte pourquoi elle est venue en Gaspésie en 2011, «pour un an», parce qu'elle se disait que dans cette région, «les gens ont un talent particulier pour le bonheur [...] ils complotent ensemble chaque matin dans le dos du malheur [...] La Gaspésie que tu t'acharnes à détruire a mis sur mon chemin des gens et des moments incroyables. Elle m'a vu rire et pleurer, foncer et douter, mais surtout grandir [...] Au lieu de bougonner, je souris quand un commerce est fermé le dimanche parce qu'à quelque part, un père de famille joue avec ses enfants».

Elle explique sa colère. «Ce pacte fiscal débile m'a indignée, fâchée, découragée, insultée [...] T'as pris ma Gaspésie à bout de bras pis tu l'as "shakée" ben fort jusqu'à ce qu'elle perde sa CRE, ses CLD. Jusqu'à ce que des jobs tombent à terre, jusqu'à ce tout ce qui s'est bâti à grands coups d'années mange une mornifle.»

D'autres jeunes en Gaspésie s'expriment sur l'austérité instaurée par le gouvernement Couillard. À Bonaventure, Marilou Levasseur, graphiste arrivée dans la région en 2007, a écrit un texte présenté lors de la première manifestation du mouvement Touche pas à ma région, le 30 octobre.

«J'explique mon amour pour la région. Je suis entourée de plein de gens intéressants [...] J'ai trouvé l'esprit de communauté. Tu es quelqu'un ici. Il y a toujours une main tendue [...] C'est venu me chercher, les compressions. C'est la façon, sans considération pour la perte d'expertise. Ce qui m'inquiète, c'est qu'on coupe dans les bassins de compétences [...] Tout est mis dans la cimenterie [de Port-Daniel, actuellement en construction]. Je n'imagine pas mes enfants travailler là», dit Mme Levasseur.

«On s'attaque à ma décision de m'établir ici [...] L'économie s'est diversifiée. J'ai le goût que ça continue et là, on nous coupe le gaz», ajoute-t-elle, choquée de voir que le gouvernement a confié le contrôle de ce qui reste de budget de développement aux maires. «Ça prend des élus et ça prend des citoyens.»

Combattre l'impuissance

Toutes deux tentent, chacune de leur côté parce qu'elles ne se connaissent pas, de combattre l'impuissance, en espérant que l'élan de solidarité débouchera sur des solutions, notamment pour retenir les jeunes, «attirés en Gaspésie par plus de 20 ans d'efforts», dont ceux des organismes fauchés par le gouvernement, disent-elles.

«On se demande où ça va arrêter. Les gens ont l'impression de manger une claque par jour, de se relever et d'en manger une autre», résume Mme Langlois.

Travaillant en développement économique, Roxanne Langlois promet pour 2015 de «continuer d'aimer ma région deux fois plus fort pour compenser tes idioties [...] Je vais me joindre au mouvement et [...] comploter tous les matins dans le dos du malheur. Contre toi et ton gouvernement, Philippe».

Vers une mobilisation organisée

Quelques manifestations ont eu lieu en Gaspésie depuis octobre pour dénoncer les mesures d'austérité du gouvernement Couillard dans les programmes publics en général, et dans les organismes de développement en particulier. S'il n'en tient qu'au comité Touche pas à ma région, il y en aura d'autres en 2015.

Président de la Commission jeunesse Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et président jusqu'à jeudi dernier du maintenant défunt Centre local de développement (CLD) de Côte-de-Gaspé, James-Alexander Keays est l'un des meneurs de Touche pas à ma région, et croit qu'à court terme, le mouvement doit nécessairement faire de l'éducation populaire.

«Nous sommes plusieurs à être indignés, de par nos emplois. Mais on s'est rendu compte que bien des gens ne voient pas l'impact de l'abolition de la CRE [Conférence régionale des élus], des CLD et le reste. Ce sont des projets novateurs, toute l'expertise perdue et à Gaspé seulement, 15 millions $ en masse salariale qui vont s'envoler», précise M. Keays.

En 2006, la Gaspésie et les Îles ont réussi à enregistrer un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans, une première parmi les régions québécoises depuis des décennies, et une tendance qui a marqué la plupart des années depuis, même si 2012-2013 a fait exception.

De la grogne chez les six préfets

Les six préfets de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont à leur tour exprimé leur dissidence jeudi par rapport au gouvernement du Québec en refusant de faire ce qu'il attend d'eux, créer un comité de transition pour liquider les engagements de la Conférence régionale des élus (CREGIM), comme l'exige le projet de loi 28. «Nous ne sommes pas des liquidateurs, mais des développeurs oeuvrant à l'occupation dynamique de nos territoires. Il revient au gouvernement d'assurer pleinement sa compétence et sa responsabilité dans ce dossier en liquidant lui-même les engagements de la CREGIM», indique le président de la Table des préfets, Jean-Guy Poirier. Ils s'opposent aussi à l'utilisation du Fonds de développement régional pour la liquidation de l'organisme, jugeant que cet argent doit servir à appuyer des initiatives faisant avancer la Gaspésie et les Îles.

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