Mylène Paquette: femme à la mer

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Prise dans un tourbillon médiatique depuis son retour, Mylène Paquette parcourt la province pour donner des conférences. Elle peaufine un projet multimédia où le spectateur pourrait vivre la sensation d'être lui-même au milieu de l'océan.

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(Québec) Le 13 novembre 2013, Mylène Paquette devient la première femme du continent à traverser l'Atlantique à la rame en solitaire. Un périple de 4300 kilomètres, d'Halifax à Lorient, en France, ponctué d'épisodes de découragement et de remises en question, mais aussi de souvenirs exaltants. Un an plus tard, Le Soleil s'est entretenu avec elle, à l'occasion de la sortie du livre relatant son expérience, Dépasser l'horizon. Rencontre avec une jeune exploratrice à la recherche d'absolu, qui ne rêve que d'une chose : reprendre la mer.

Lorsque Mylène Paquette a eu l'idée saugrenue de traverser l'Atlantique à la rame, presque tout le monde dans son entourage a eu la même réaction : pourquoi? Edmund Hillary, premier homme à escalader l'Everest, avait répondu : «Parce qu'il est là.» Pour la jeune femme, le bien-fondé de son aventure relevait également de l'absolu, de l'intangible. «Je devais écouter mon intuition.»

Attablée avec Le Soleil dans un restaurant du quartier Lebourgneuf, la Montréalaise de 36 ans avoue que son projet a suscité son lot de questionnements chez ses parents et amis. Son père l'a très mal pris, imaginant sa fille courant au-devant du danger. Sa mère a essayé de la convaincre de «penser à autre chose, ça va te passer». Mais son idée était plus forte que tout. «Je te jure que j'ai essayé, mais ça faisait deux ans que j'y pensais. Il fallait que je passe à l'action, que je crève l'abcès. J'étais à la recherche de quelque chose. À l'hôpital [Sainte-Justine], comme préposée aux bénéficiaires, je savais que je n'étais pas à ma place.»

«Au début, ça me frustrait de me faire demander pourquoi», poursuit-elle. Je mettais ça sur le dos du sexisme. Si j'étais un gars, on ne me demanderait pas de me justifier. On ne demande pas pourquoi aux gars qui vont aux Jeux olympiques en bobsleigh. On ne demande pas aux gars du Vendée Globe pourquoi ils font ça.»

Des raisons pour succomber au découragement et faire marche arrière, Mylène Paquette en a eu des tonnes. Sa recherche de financement a été la croix et la bannière. «Au début, je me posais deux questions : combien ça coûte et combien de temps ça va prendre? Une chance que je n'ai pas eu la réponse [environ 210 000 $ et 129 jours], sinon je ne serais pas partie...»

Crainte de l'eau

Par le plus grand des paradoxes, l'eau est un élément que Mylène Paquette aime et craint à la fois. Avec sa soeur et son père, un grand amateur de pêche et de bateaux, elle a passé, enfant, ses fins de semaine d'été sur les lacs. En ski nautique, elle n'éprouvait aucune crainte, du moment qu'elle restait à la surface. Une fois dans l'eau, c'était une tout autre histoire.

«Regarde, j'ai pas peur. J'en bois, ça va très bien...» lance-t-elle, d'un rire saccadé à la Julie Snyder, en levant son verre d'eau. Puis, reprenant son sérieux : «J'ai le vertige quand je suis immergée, je perds un peu la carte. Faut vraiment que je me contrôle. Si quelqu'un est près de moi, ça va. Mais seule, immergée, weurk!, j'aime pas ça...»

Cette crainte inexplicable, la jeune navigatrice a dû en faire abstraction lorsqu'en pleine traversée, elle a été forcée de descendre sous l'eau, avec un masque de plongée et une truelle, afin de déloger les dizaines de coquillages qui, collés à la coque, ralentissaient la progression de son esquif, le Hermel. «Je savais que j'aurais à le faire, mais j'ai repoussé ce moment le plus loin possible.»

Mais l'élément le plus dramatique de son périple transocéanique est survenu à proximité des hauts fonds de Terre-Neuve. La navigatrice et son bateau tournaient en rond, portés par les courants. Désespérée, elle a pensé faire demi-tour. «J'étais sûre que j'allais ruiner ma vie avec ce projet. Je n'étais même pas au quart du voyage, je voulais rentrer.»

Rester zen

Une fois la confiance revenue au profit d'une météo plus favorable, Mylène Paquette a poursuivi son chemin, à coups de plusieurs heures de rame les jours de beau temps et de réclusion forcée lorsque la mer se déchaînait.

Malgré ce qu'on peut croire, les multiples chavirements de son embarcation, une dizaine au total, ne l'ont pas effrayée outre mesure. Bien attachée, la tête protégée par un casque, la jeune femme essayait de rester zen. «Quand le bateau chavire, il revient à l'endroit tout seul, ce n'est pas dramatique. C'est plus doux que ce qui précède, alors que tu entends le bruit de l'impact des vagues sur la coque. C'est surtout les bris au bateau qui m'inquiétaient.»

Une fois revenue sur le plancher des vaches, les jambes molles et ankylosées, l'exploratrice s'est prêtée à la ronde des entrevues avant de réclamer ce dont elle rêvait depuis quatre mois : une douche et une salade de fruits avec de la crème fouettée... «Ce qui m'avait manqué aussi, c'était d'être en contact avec des humains, niaiser et perdre son temps à faire du potinage...»

La nouvelle vie de Mylène Paquette est maintenant essentiellement faite de conférences aux quatre coins du Québec. Elle est ambassadrice pour la Fondation David Suzuki au Québec. «Je voulais être navigatrice et mon rêve ne fait que commencer. Mais sur un voilier cette fois, parce que je suis tannée de ramer...»

L'exaltant «mirage» du Queen Mary 2

Mylène Paquette a connu le moment le plus exaltant de sa traversée de l'Atlantique lors de sa rencontre avec le Queen Mary 2, le 27 septembre 2013. Après 84 jours en mer, entre cinq chavirements et deux énormes tempêtes, la jeune femme croyait avoir la berlue à la vue du mastodonte des mers. «Ç'a été incroyable cette rencontre, c'était inespéré. On aurait dit un mirage.»

Le capitaine du paquebot de 3873 passagers et membres d'équipage avait accepté de dévier légèrement de sa route afin de fournir à la jeune navigatrice un nouveau téléphone satellite, objet indispensable à la poursuite de sa traversée.

«Mon équipe avait tout préparé. J'ai vu le navire sur mon GPS avant de le voir arriver à l'horizon», explique-t-elle. Sur une pancarte qu'elle tenait à bout de bras, ces quelques mots : Thank YouQueen Mary 2.

Sur le pont, les passagers crient son nom, sifflent, applaudissent. Une vague d'amour et de solidarité. Ici et là, elle distingue son prénom qui revient en boucle dans une ritournelle chantée en anglais. «Je me sentais comme une rock star. Il y en avait des gens, par contre, qui avaient l'air de dire : "Mais qu'est-ce qu'elle fait là, elle?"»

En plus de lui permettre d'obtenir le précieux téléphone et de briser un moment sa solitude, cette rencontre fournit l'occasion à l'exploratrice de manger autre chose que des plats lyophilisés : fruits et légumes, pain, pâtisseries, vin, du thé à profusion, yes my dear. On lui avait aussi refilé des conserves de sardines... qu'elle avait déjà plein son bateau.

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