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Drogues de synthèse: un Québécois sur quatre connaît un toxicomane

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Le sondage précise que ce sont les jeunes de 18 à 34 ans qui sont le plus au fait de l'existence des drogues de synthèse.

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(Québec) La consommation de drogues de synthèse comme le speed, l'ecstasy ou le GHB est en santé dans la région de Québec. C'est du moins ce qui ressort d'un sondage CROP commandé par l'organisme Portage, à l'aube de la semaine de prévention contre la toxicomanie.

Selon cette enquête provinciale qui sera dévoilée lundi, 25 % des personnes sondées dans la région de la Capitale-Nationale connaissent au moins un utilisateur de drogues dites de synthèse ou chimiques - comme le GHB, les amphétamines, les méthamphétamines, les «sels de bain», l'ecstasy, la kétamine ou le crystal meth.

En comparaison, ce taux atteint 14 % dans la région de Montréal. Une donnée qui laisse croire aux intervenants de Portage qu'il y a beaucoup de travail à faire pour contrer la montée de ce type de substance dans la capitale.

«La consommation est très, très présente dans la région de Québec», déplore Claudia Savard, directrice du Centre de jour pour adulte toxicomane de Portage, à Québec. Ses observations sur le terrain concordent, dit-elle, avec les résultats du coup de sonde. «L'an dernier, 20 % de la clientèle avait comme principale problématique les drogues de synthèse. La proportion est montée à 30 % cette année. [...] Et je ne parle pas des personnes dont la consommation de ces drogues est secondaire. Plusieurs continuent de consommer cannabis et cocaïne, et associé à ça, ils consomment aussi les nouvelles drogues.»

Le sondage précise que ce sont les jeunes de 18 à 34 ans qui sont le plus au fait de l'existence des drogues de synthèse. Dans cette tranche d'âge, près du tiers des jeunes interrogés à travers la province connaît un consommateur.

Selon CROP, plus de la moitié des jeunes de Québec croit qu'il est plus facile sinon aussi facile de se procurer ces drogues en comparaison avec des produits plus traditionnels comme la marijuana. Pour MmeSavard, cette accessibilité complique grandement le travail de prévention. Les produits se trouvent dans la rue, dans les écoles secondaires, voire dans les écoles primaires. «C'est fabriqué dans des laboratoires clandestins. Ça se fabrique à peu de coûts. [...] On peut trouver des comprimés pour 5 $ [tout dépendant du type de drogue]», souligne-t-elle. Le GHB, sous forme liquide, est aussi répandu.

La drogue la plus populaire de la région serait le speed. Tout comme pour l'ecstasy, les comprimés ont différentes formes ou différentes couleurs pour séduire une clientèle de plus en plus jeune. «Les comprimés sont souvent attirants. [...] Ce sont des drogues qui sont très prisées.» Qui plus est, elles sont produites sur le marché noir, rendant presque impossible pour un consommateur de savoir ce qui se trouve dans ces substances illicites.

La première utilisation d'une drogue de synthèse peut se faire aussi tôt qu'avant l'âge de 15 ans, estime Portage. «Dans nos programmes de thérapie, on retrouve des gens de plus en plus jeunes. Il y a une dizaine d'années, la moyenne d'âge était 30 ans. J'accueille aujourd'hui énormément de jeunes adultes de 18, 19, 20 ans qui sont déjà dépendants», rapporte Mme Savard. Ces jeunes ont souvent transité par un centre jeunesse pour mineurs avant d'arriver chez les adultes.

Si Québec est active, elle semble pour le moment éviter le fléau de la méthylènedioxypyrovalérone (MDPV), communément appelée «sels de bain». Selon Portage, aucune intervention pour un cas de dépendance à cette drogue n'a été répertoriée à Québec, bien que la substance soit disponible. Les sels de bain sont au coeur de la campagne de prévention de Portage à Montréal cette année. «Ce qui se passe à Montréal va généralement finir par toucher Québec», au dire de Claudia Savard. En mai seulement, les autorités ont dénombré une quinzaine de décès liés aux drogues de synthèse dans la métropole. Rien de tel n'a été répertorié à Québec.

Un total de 1000 personnes, dont 218 dans la région de Québec, ont participé au sondage du 14 au 18 août 2014 par le biais d'un panel Web.

La semaine de prévention contre la toxicomanie a lieu du 16 au 22 novembre.

5 $
Prix de certains comprimés de drogues de synthèse
25%
des gens de la région de Québec connaissent quelqu'un qui consomme des drogues
30%
des Québécois de 18 à 34 ans connaissent quelqu'un qui consomme des drogues de synthèse

Les services d'urgence aux premières loges

En tant qu'intervenants de première ligne, les ambulanciers sont aux premières loges pour constater les effets parfois violents des drogues de synthèse. Et bien souvent, ils arrivent dans la phase la plus aiguë du buzz.

Les paramédicaux de la région de Québec sont bien informés des effets des drogues chimiques. Chaque fin de semaine, les chances sont bonnes de tomber sur un jeune en détresse physique ou psychologique liée à sa consommation.

«Les gens avouent peu qu'ils consomment [ce genre de drogues]. Ils ne le disent pas, ils sont comme gênés», explique Martin Bérubé, superviseur à la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ). «Souvent, on va le savoir quand ils sont rendus inconscients dans l'ambulance et qu'on pose des questions à leur entourage. [...] Des fois, on apprend après l'intervention que ce sont des personnes qui ont un problème de dépendance.»

M. Bérubé est ambulancier depuis maintenant 18 ans et a suivi des formations pour être informé des symptômes typiques liés à la consommation de substances chimiques. Mais comme il est impossible de savoir ce qui se trouve dans certains comprimés ou encore la concentration de produits chimiques dans une drogue, peu importe la forme qu'elle prend, il devient difficile d'évaluer chaque cas.

M. Bérubé ajoute que l'utilisation des drogues est souvent jumelée à une consommation d'alcool, notamment dans les bars. «On ne sait pas ce qu'il y a comme produit [dans une drogue], et en plus c'est parfois mélangé [avec d'autres produits].»

Événements festifs

Les demandes de soins d'urgence pour une surconsommation ou une intoxication surviennent généralement lors d'événements festifs. «On a des hausses marquées lors des raves.» Les autorités prévoient le coup et surveillent attentivement la situation lorsque de tels rassemblements sont tenus. «S'il y a du mauvais stock qui circule [dans la foule], on va le savoir assez rapidement. Les revendeurs sont là et la drogue est passée directement sur le site. Si on a plusieurs cas d'intoxication avec les mêmes symptômes, on présume qu'ils ont tous consommé la même affaire.» Les effets vont des irrégularités cardiaques aux troubles de démence, en passant par les convulsions.

Martin Bérubé se souvient qu'à ses débuts comme ambulancier, le PCP et le speed étaient les drogues à la mode. Mais selon lui, il y a une nette augmentation de la popularité des drogues de synthèse. Ce qui le frappe le plus, c'est le degré de dépendance qu'atteignent les utilisateurs.

«La dépendance est tellement forte. Ils vont vivre une mauvaise expérience ou finir inconscients, ils vont en reprendre pareil. C'est vraiment très dangereux.»

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