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LES JEUNES DE LA RUE - 3e de 3

Squat Basse-Ville: une pause pour les fugueurs

Véronique Girard (à gauche) et Marie-Soleil Bruyère sont... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Véronique Girard (à gauche) et Marie-Soleil Bruyère sont aux commandes du Squat Basse Ville, un établissement qui vient en aide aux jeunes fugueurs.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) «On a déjà vu des jeunes arriver ici en robe de chambre, nu-pieds ou en sandales Croc...»

Véronique Girard et Marie-Soleil Bruyère en voient parfois de toutes les couleurs au Squat Basse-Ville, point de chute de quelques centaines de fugueurs chaque année. Ces adolescents savent qu'ils trouveront au coin des rues Notre-Dame-des-Anges et Saint-Anselme de quoi leur permettre de respirer un peu, loin du centre d'accueil ou d'un climat familial tendu.

Parfois, ce sont même les policiers qui vont les reconduire. «Il y a 10 ans, on ne voyait pas ça un policier venir porter un jeune ici, pour le faire réfléchir ou lui donner un petit break», note Véronique Girard, directrice générale par intérim de cet organisme qui a fait parler de lui, l'an dernier, en raison de ses ennuis financiers et de ses relations tumultueuses avec la Ville de Québec.

Faute de financement, la directrice générale de l'époque, Louise Fortin, avait été contrainte, en mars 2013, de procéder à des coupes et de transformer le Squat en refuge de nuit. Un an et demi plus tard, le conseil d'administration a procédé à quelques ajustements dans l'organigramme, mais la question des heures d'ouverture et du financement reste entière. Un «trou de services» subsiste dans l'horaire, les fins de semaine, du vendredi matin au lundi 16h. Un plan de redressement est en marche afin de revenir un service 24 sur 24, sept jours sur sept, l'objectif ultime de la direction.

Dans l'intervalle, «notre mission n'est pas remise en cause, au contraire», plaide Mme Girard, à la tête d'un organisme qui s'emploie depuis 15 ans à remettre les jeunes fugueurs sur les rails. En 2013, excluant un mois de fermeture, le Squat a comptabilisé 343 nuits d'hébergement. Plus de 60 % étaient des garçons, âgés en moyenne de 16,4 ans.

À l'étage, les 17 logements sociaux du Squat sont occupés en permanence par des jeunes de 18 à 25 ans qui s'y posent, le temps de planifier un retour aux études ou se préparer au marché du travail. La liste d'attente compte une quarantaine de noms. «C'est plus facile de mobiliser un jeune quand il a un toit sur la tête», explique Marie-Soleil Bruyère, coordinatrice des logements sociaux.

Les mineurs, eux, ne peuvent compter sur un hébergement permanent. Une fois l'autorisation du parent ou du tuteur légal obtenue, cinq nuits sont permises avant de penser à la suite des choses. «Généralement, on obtient une bonne collaboration du jeune, explique Mme Girard. On aime mieux le savoir ici qu'à la rue ou hébergé par un bonhomme. Ils ont besoin d'un break pour mieux voir clair, décanter. Le plus souvent, ils retournent volontairement au centre d'accueil ou dans leur famille.»

Plan B

Comme tous les organismes communautaires qui bataillent pour garder la tête hors de l'eau, le Squat Basse-Ville doit composer avec les coupes budgétaires. L'abolition annoncée des Agences de la santé et des services sociaux, bailleurs de fonds du Squat à hauteur de 200 000 $, n'est rien pour aider à voir clair. Et surtout pour aider à réimplanter un service à longueur de semaine, jour et nuit.

«Les jeunes ne savent pas où aller les fins de semaine [lors de la fermeture du Squat], déplore Mme Girard. Plutôt que d'être dans la rue, ils vont coucher chez des chums, à gauche et à droite, en traînant leur sac de poubelle. Ils vont s'entasser dans un studio, dans des conditions parfois insalubres, où ça risque de finir en bagarres. Il y a aussi toujours des gens malsains pour profiter du jeune. C'est le genre de plan B qui nous inquiète et qui risque de perdurer [lorsque le jeune s'y engage].»

Profilage et contraventions

Depuis les émeutes de la Saint-Jean, au milieu des années 90, la tension a beaucoup diminué entre les jeunes marginaux et la police de Québec. N'empêche, ils sont encore nombreux à dénoncer le profilage et la distribution tous azimuts de contraventions pour des infractions mineures.

Le mois dernier, la Ligue des droits et libertés réclamait un moratoire sur l'emprisonnement des marginaux incapables de s'acquitter d'amendes qui, mises bout à bout, peuvent représenter un montant impressionnant, parfois jusqu'à 50 000 $. Tout cela pour avoir flâné dans un parc, jeté un mégot de cigarette par terre ou avoir dormi sur un banc public.

«Rien ne justifie d'envoyer un jeune en prison parce qu'il a bu sur la rue, dénonce un travailleur de rue de la Maison Dauphine. Le jeune ne va pas apprendre. C'est abstrait pour lui. Ça va seulement contribuer à l'exclure davantage et le mettre encore plus en réaction contre la société. Un jeune peut se retrouver à 18 ans avec plusieurs milliers de dollars de tickets. Il va traîner longtemps un boulet de son passé.»

«Ce n'est pas la même application des lois pour tout le monde, c'est tellement arbitraire. On stigmatise les jeunes de la rue», renchérit un collègue.

La plupart des intervenants rencontrés par Le Soleil estiment que l'acharnement policier contre les jeunes marginaux est le lot d'une minorité d'agents. La majorité, dit-on, sait faire la part des choses.

Pendant ses mois d'errance, Philippe a reçu son lot de contraventions pour flânage. Une facture de plus de 500 $ qu'il n'a pas encore remboursée, espérant s'en tirer avec des travaux communautaires. Il n'en tient pas rigueur aux policiers. «Ils sont un peu tannants, mais ils ne sont pas méchants, juste à l'affût. Ils surveillent les vagabonds, mais pas au point de les harceler.»

Un protocole

«En général, ça va bien, mentionne Kenneth Edouard Risdon, directeur général de la Maison Dauphine. Si la police veut venir chercher un jeune ici, à moins d'une urgence, il y a un protocole à respecter. Le policier doit respecter le travail de l'intervenant et vice-versa. Mais il y a de l'éducation à faire des deux côtés.»

Reconnaissant qu'il y a «une problématique», la police de Québec explique que le «réflexe premier» des agents n'est pas de donner une contravention aux jeunes marginaux. «On sert des avertissements, on fait prendre conscience [du geste], mais arrive un moment où la répression devient la seule réponse», explique le porte-parole, François Moisan.

Le défi, poursuit-il, est de trouver le juste équilibre entre les plaintes des citoyens et la gravité de l'infraction. «Il faut penser au citoyen ordinaire que ça dérange. Si on arrêtait de donner des contraventions parce que beaucoup en ont reçu, ce serait du profilage dans l'autre sens», donnant au reste de la population l'impression d'être lésée. 

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